La chimère de la déparisianisation

"Les Parisiens n’ont jamais de leur ville le plaisir qu’en prennent les provinciaux. D’abord, pour eux, Paris se limite à la taille de leurs habitudes et de leurs curiosités. Un Parisien réduit sa ville à quelques quartiers, il ignore tout ce qui est au-delà qui cesse d’être Paris pour lui. Puis il n’y a pas ce sentiment presque continu de se perdre qui est un grand charme", Aurélien, Aragon.

 

Une partie des dites « Grandes Ecoles » sont parisiennes, leurs professeurs sont en partie parisiens, les sièges sociaux des futurs employeurs sont en partie parisiens, néanmoins, tel le lapin d’un chapeau de magicien a jailli ce merveilleux concept : la déparisianisation. On voudrait même en faire un mot d’ordre : déparisianisez les écoles !

 Je déparisianise, tu déparisianises, il déparisianise, en voilà un refrain bien vide…

Quand vient la confrontation à la réalité, lorsqu'on regarde ce qui se passe derrière le voile, entre les murs de ces chères écoles, l’étiquette de « provincial » vous est d’emblée attribuée par vos charmants concurrents venus à pied à l’oral alors que vous avez dû faire des heures de train. D’ailleurs le C.V. n’est plus seulement de mise dans le monde professionnel, il est réclamé à peine tombé du berceau du lycée, et lorsque le jury voit le nom d’un établissement qui ne rime pas en « y », « IV » ou « and », une grimace presque imperceptible se dessine sur leur visage pour ensuite laisser place à un désintérêt royal. Vous êtes le jeune Rastignac méprisé dans le salon de Madame de Restaud. Vos parisiens de concurrents auront le privilège des anecdotes dudit jury face à leur C.V. propret : « Oh j’ai été au même lycée ! Mais il y a bien longtemps, vous ne deviez même pas encore être née *rires* il a bien changé non ? *sourire* »

Souriez : il vous faudra plus de vos dix doigts pour compter le nombre de parisiens sur des promotions d’une vingtaine d’étudiants.

Je déparisianise, tu déparisianises, elle déparisianise…

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