Pour Pascal Robaglia, Macron épargne les œuvres d'art par goût personnel...

Pascal Robaglia (1) apporte un éclaircissement sur la politique globale du président Macron vis-à-vis de l'art. Le galeriste parisien revient notamment sur quelques points tels que la réforme de l'ISF, la fiscalité des œuvres d'art et ses avantages, ainsi que le goût du nouveau président pour l'art contemporain, notamment dans la décoration du palais de l’Élysée...

Macron encourage-t-il l'acquisition d’œuvre d'art en vertu d'un penchant naturel ?

A l'inverse de la plupart des présidents français qui se sont succédé au pouvoir, le couple Macron a décidé de prendre ses appartements à l’Élisée. Par la même occasion, le président et son épouse Brigitte Macron ont eu la volonté d'apporter une touche de modernité dans ces lieux. « Une grande rénovation, remarque le connaisseur. Cette petite retouche concerne la décoration intérieure du palais. Le couple a pris en effet la décision de changer les meubles ainsi que les œuvres d'art qui ornent l'endroit. Le galeriste parisien rappelle que diverses règles doivent être respectées dans ce cas. Selon cet expert en la matière, les Macron ont toute la liberté de sélectionner les œuvres d'art ainsi que les meubles qui vont être installés dans leurs appartements privés. Pour ce qui est des salles de représentation, ils doivent faire leur choix parmi les stocks de l’État en piochant dans le Mobilier national.

Selon la législation française, ce denier prend en charge l'approvisionnement en meubles et autres objets de décoration des bâtiments étatiques. Cette institution est localisée au même endroit que la Manufacture des Gobelins avec laquelle elle noue une relation très étroite. Le bâtiment est implanté dans le 13ème arrondissement de Paris. Selon Pascal Robaglia, la Manufacture des Gobelins existe depuis l'Ancien régime. Elle s'appelait à cette époque « Garde-meuble de la Couronne ». Le Mobilier National est une vraie caverne d'objets dotée de plus de 100.000 objets - dont 25 000 ornent les ministères et résidences présidentielles.

« Les responsables du Mobilier national ont vraiment dû se creuser la tête car le couple Macron leur a envoyé des demandes hors du commun et, en particulier, en matière d'objets d'art contemporain » révèle Robaglia.

Ces artistes présents au Château

Depuis Pompidou, c'est la première fois qu'un couple présidentiel sollicite des objets et des œuvres d'art contemporain : « c'est très flatteur pour les artistes dont la plupart sont vivants ! » selon Pascal Robaglia. D'après les indiscrétions, c'est la Première Dame elle-même qui est allée au Mobilier national et au Fonds national d'art contemporain chercher et récupérer les mobiliers qui orneront son propre bureau dont la collection qui s'y trouve est signée par la célèbre designer Matali Crasset.

On note tout particulièrement dans la rénovation du Palais, la touche originale implantée par le président dans le salon d'angle. Auparavant, cette pièce était réservée aux conseillers spéciaux des présidents. Aujourd'hui, elle est devenue le bureau du président Macron. Afin de se démarquer, l'ancien candidat à la présidentielle a accroché dans ce lieu la Marianne de Shepard Fairey. Cette artiste américaine est connu dans le monde après avoir créé le célébrissime portrait de Barack Obama en bleu blanc rouge avec la mention « Hope ». Selon Robaglia, Brigitte Macro aurait fait part auprès du conservateur du Musée Picasso, de son envie de recevoir, tous les ans, une toile de sa collection...

De là à dire que Macron joue les mécènes...

« L'art est un « investissement hobby par excellence » considère Pascal Robaglia. Raison pour laquelle on l'assimile à une catégorie d'actifs alternative disposant d'un caractère patrimonial. Effectuer un placement dans l'art se traduit par une volonté d'immobiliser un capital dans la durée. « Mais attention, prévient le collectionneur, cet investissement n'engendrera pas de bénéfices. Et l'obtention des plus-values lors de la revente n'est pas assurée ». De plus, le collectionneur d'art doit prendre en considération divers paramètres : les frais liés à la conservation de la peinture ou de la sculpture, l'assurance, et la protection de l'objet...

L'art fait partie des actifs de placement les plus avantageux parce qu'il assure la mise en place d'un patrimoine. Il propose également divers avantages fiscaux. Ceci reflète la volonté du gouvernement à inciter les contribuables à la création de patrimoine artistique.

Toujours exemptées d'ISF, les œuvres d'art se verront également exonérées d'impôts sur la fortune immobilière (ou IFI) qui a pris la place du dispositif fiscal ISF depuis janvier. D'après l'expert en art, cette disposition fera naître une conséquence importante : elle encouragera les particuliers à se constituer un patrimoine artistique qu'ils pourront léguer à leurs descendants en forme de donation ou succession. « De quoi leur permettra d'éviter une situation d'indivision... ». L'expert poursuit son analyse par le fait que lors d'une éventuelle revente, le collectionneur peut opter pour le régime d'imposition de la plus-value sur les biens meubles. Dans ce cas, il peut favoriser une taxe forfaitaire. Mais, il a également le choix de se tourner vers le régime général sur la plus-value. Cette seconde option est accompagnée d'une réduction annuelle en fonction de la durée de possession.

La fiscalité des œuvres d'art et ses avantages

« L'acquisition d'une œuvre ne dispense pas du paiement de la TVA, mais jouit d'autres privilèges fiscaux » sourit malicieusement Pascal Robaglia. Pour l'achat d'une œuvre ou d'une collection d'art auprès d'une galerie, l'acheteur devra toujours s'acquitter d'une TVA de 20%. Pour une transaction directe avec l'artiste, l'acquéreur verra sa TVA réduite à 5,5% - une disposition appliquée depuis le 1er janvier 2015. Cet abattement concerne essentiellement les importations d'œuvres d'art. Outre ces avantages fiscaux accordés aux particuliers, une autre forme de réduction est également octroyée aux entreprises qui se procurent des travaux originaux d'artistes toujours en vie et qui bénéficieront par la suite d'une exposition publique.

La revente de toute œuvre d'art fait aussi naître une myriade d'avantages significatifs. Dans le cas où le bien serait revendu à moins de 5000 euros, le propriétaire sera exonéré de taxe sur le prix de vente. Cette disposition est cependant caduque si la revente concerne un ensemble.

A l'inverse, si la vente dépasse 5000 euros, une taxe forfaitaire sera appliquée. Celle-ci sera de 19% avec des prélèvements sociaux de 15,5 %, : soit 34,5% au total. Il faut tout de même noter qu'il est possible de bénéficier d'un abattement de 5% par année de détention à compter de la 3ème année. Ceci permettra à la personne de jouir d'une exonération complète après 22 ans de détention.

Pascal Robaglia précise pourtant qu'à partir de l'année prochaine, l'imposition sur les œuvres d'art jouira d'un renforcement plus ou moins léger. La CSG augmentera de 1,7 %, et la taxe sur les plus-values sera fixée à 36,20 %. La détention d'œuvres d'art est donc neutre fiscalement, ce qui permet de retarder calmement la période propice pour la rétrocession. Les individus, qui ne sont domiciliés fiscalement en France, ne peuvent pas bénéficier de ces exonérations et il en est de même pour les ventes dans les musées ou dans les bibliothèques.

 

(1) Pascal Robaglia est galeriste en île de France depuis une trentaine d'années. Il s'est notamment fait connaître grâce à son mode d'exposition dans un penthouse à Neuilly dans lequel les œuvres étaient disposées in situ. Avant de transférer cette galerie originale dans une maison du Vésinet. 

Du luxe à la peinture de maître

Pascal Robaglia aime se définir comme un homme ambivalent : à la fois sportif acharné et véritable amateur d'art. Ainsi après avoir suivi un cursus dans une grande école de commerce réputée, ce fringuant sexagénaire a ouvert sa propre galerie parisienne d'art (1991 - 2013) pendant près de 20 ans.

Présentation du cursus scolaire de Pascal Robaglia

Attiré par le monde de l'entreprise et les échanges internationaux, Pascal Robaglia (né en France le 27/02/1955) a intégré l’École Supérieure de Commerce de Reims en 1975 après avoir suivi une classe préparatoire aux grandes écoles de commerce à Friley (Paris). Diplômé en 1979 (Diplôme d’Études Supérieures Commerciale, Administratives et Financières), il a parallèlement effectué des stages à l'étranger (Arabie Saoudite, États-Unis, Asie...) pour des entreprises prestigieuses comme Hermès. Fortement impliqué dans la vie scolaire, Pascal Robaglia a aussi créé et dirigé avec succès la Junior-Entreprise de l’École Supérieure de Commerce de Reims. Ce caractère de fonceur est aussi démontré par ses activités sportives. Durant ses études, Pascal Robaglia pratique aussi l'alpinisme, le ski et la plongée sous-marine de façon intensive. 

Pascal Robaglia : une vie professionnelle en adéquation avec ses valeurs

Bien entendu ce jeune et dynamique étudiant promoteur a très vite été repéré par différentes entreprises internationales. C'est pourquoi une fois diplômée, Pascal Robaglia a immédiatement travaillé en tant que cadre supérieur chez Roger et Gallet puis au sein du groupe L’Oréal. Pascal Robaglia possède aussi une solide expérience dans le monde du luxe avec un poste au sein des parfums Van Cleef and Arpels. En 1991, il décide de vivre de sa passion et d'ouvrir sa propre galerie d'art avec son épouse Sylvie. Situé dans le faubourg Saint-Honoré, cet espace consacré à l'art surfe sur le concept de "l'art à domicile". Afin de satisfaire ses clients et de créer des univers fascinants, le couple Robaglia n'hésite pas à piocher dans différentes périodes artistiques avec des toiles anciennes comme très contemporaines. 

Un nouveau projet pour une nouvelle vie

De 1991 à 2012, la galerie du couple Robaglia connaît un franc succès et trouve sa réelle place sur le marché de l'art. Outre un chiffre d'affaire atteignant jusqu'à 3 millions d’Euros, la galerie participe aussi à des événements au Vésinet et à des salons en Belgique. Bien entendu elle réalise aussi des ventes auprès de clients étrangers (Canada, USA, Chine, Dubai...). Toutefois, à la suite du durcissement du marché de l'art (avec la concurrence des grandes maisons)et à des complications familiales (divorce et prise en charge des deux enfants), Pascal Robaglia met fin à son activité de galeriste en 2013. Suite à cette période difficile, il décide alors de se consacrer à ses exploits sportifs comme effectuer 10 000 mètre en athlétisme ou décrocher le brevet "Requin" en plongée sous-marine. Toutefois, Pascal Robaglia ne baisse jamais les bras et décide de continuer l'aventure artistique. Sa nouvelle galerie « Galerie Gilbert Bard » située au Vésinet accueille sur rendez-vous.

Ce rebondissement démontre les réelles capacités entrepreneuriales de Pascal Robaglia qui a su saisir les opportunités du marché afin de pouvoir continuer à vivre de sa passion : l'art et plus particulièrement la peinture.

 

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