Biennale de Venise : A Murano, Loris Gréaud vitrifie le temps...

Avec The Unplayed Notes Factory, le plasticien français Loris Gréaud ressuscite depuis mai dernier et jusqu'en novembre, l’ancienne verrerie de Campiello della Pescheria, sise sur l’île de Murano et fermée depuis plus de 60 ans...

Après une gestation de cinq ans, la résurrection de l'usine de Murano a enfin eu lieu. Pour s'en convaincre, entrons dans l'ancienne verrerie de Campiello della Pescheria à l'abandon depuis 60 ans. On découvre, en levant la tête, un plafond aux allures de grotte, composé d'un peu plus de 1000 pièces en verre soufflé. Chaque pièce se compose de médulleuse de verre. Chacune d'elle est unique car elle est soufflée dans un moule en bois tapissé d'argile, déformé à chaque soufflage. Un verre d'autant plus unique qu'il est issu de sable en provenance de sabliers usagers. Loris Gréaud voulait en effet du sable sur lequel des hommes ont projeté du temps qu'il entend ainsi « cristalliser ».

Loris Gréaud, The Unplayed Factory © GREAUDSTUDIO

Dans le chahut d'un atelier, un maître-verrier et ses deux assistants soufflent des formes. Sitôt prêtes, ces bulles de verre sont accrochées à un système de suspension aérien, avant d'être, pour certaines d'entre elles, de manière aléatoire, irrémédiablement brisées. Les morceaux de verre, balayés par les assistants sont récupérés et immédiatement remis dans le fourneau pour, à nouveau, être soufflés sous forme de verre.

Très rapidement, on réalise qu'on fait face à une usine et à un chef de production qui bégaient. Au-delà du tableau vivant, on bascule dans une boucle poétique très courte.

Pour offrir cette expérience, l'acte fondateur du plasticien français fut le retour de l'électricité dans cet inutile sarcophage de béton. A la manière d'un Professeur Frankenstein, Loris Gréaud a rallumé les fourneaux. L'électricité est un thème fondamental. Elle prend une forme extraordinairement précise avec la revitalisation de l'endroit. Pour l'anecdote, Loris Gréaud explique « qu'il a fallu éteindre une avenue entière sur l'île de Murano pour faire revenir l'électricité de puissance et réactiver cette machine... »

Accessoirement, ce qu'il ne ressuscite pas est restitué par des sonorités aussi ciselées que fidèles par une habile création sonore. Y compris pour les odeurs de feu et de vapeur et, naturellement, les lumières et les flammes... Pour autant, ce n'est pas une reconstitution. On est littéralement conquis par le fantôme de l'activité, entre la vie et la mort de manière assez conciliaire. Il y a un côté noir dans le travail de Loris Gréaud. C'est absolument clair. On le retrouve dans la cuisson, le fondu, l’incandescence de la verrerie vénitienne.

L'expo présentée en off à Venise cet été intrigue d'abord par son titre. Comme le rappelle le commissaire de l'exposition, Nicolas Bourriaud, "Unplayed notes Factory" exprime « cette note qui n'est pas jouée, par rapport à une partition, une suspension et une virtualité. » En écho aux autres projets éponymes dévoilés depuis 2012, « cette succession de projets dans divers environnements architecturaux  tend, explique Gréaud, non pas à rapprocher des lieux et des contextes, mais bien à valoriser l’espace qui réside entre les œuvres. Ceci afin de dessiner un spectre d’intentions, de narrations, dont la trajectoire et le chemin qui les relient, forment une expérience à part entière. Résistant à toute description ou classification, The Unplayed Notes n’a cessé d’interroger l’espace de l’art, et révèle la porosité qui existe entre le réel et la fiction.

On retrouve à Murano l'emprunte de la version « Unplayed notes » à Dallas, marquée du sceau de la destruction – l'expo était saccagée quelques minutes seulement avant le vernissage. Le passage entre la vie et la mort est cher à Gréaud selon qui la vie et la mort peuvent se renverser concrètement. Au fond, selon lui l'essentiel est « le point de passage ». Mais comment l'exprimer ? L'artiste de 38 ans a choisi de montrer un objet qui se volatilise d'un côté et produit une forme nouvelle en empruntant un cycle infini.

NS

LORIS GREAUD - THE UNPLAYED NOTES MUSEUM - OPENING REPORT! - DALLAS CONTEMPORARY - 2015 © GREAUDSTUDIO

Y aller

Loris Gréaud, The Unplayed notes Factory, jusqu'au 26 Novembre 2017. Un projet spécial de Glasstress, avec le mécénat du Fonds de Dotation Emerige et l’aide de SFX Designer et Fondazione Berengo.

Horaires de l'exposition:
Samedi, Dimanche et Lundi de 13h à 16h.
Site officiel

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