Pascal Robaglia : "Le mal de dos est un scandale sanitaire"

"J’ai mal au dos », voici une expression qui revient très souvent dans les foyers occidentaux. A tel point que celui cette pathologie a reçu le titre de mal du siècle. Au fil des ans de plus en plus de spécialistes se sont penchés sur la question, voici quelques informations à ce sujet qui relève du scandale sanitaire...

"Mal du dos, mal du siège", selon Pascal Robaglia "Mal du dos, mal du siège", selon Pascal Robaglia
Le mal du siège

Si l’on en croit le spécialiste Pascal Robaglia, le mal de dos est le témoin d’une époque. Une période de l’histoire de l’humanité durant laquelle la majorité des homo sapiens sapiens s’est brutalement retrouvée assise, plus de huit heures par jour. « Du bureau au canapé et du canapé à la lecture dans le lit, notre dos n’a pas eu le temps de s’adapter à ces nouvelles contraintes. Surtout, le manque d’activité d’une partie de la population a favorisé la constitution de contractures musculaires à répétition autour des zones de douleurs », indique-t-il. Et de poursuivre : « le pire ce sont les personnes qui se mettent brutalement au sport ou qui font des efforts pour lesquels leur corps n’est plus préparé comme autrefois, par exemple à la naissance d’un enfant. Les colères, mettre l’enfant dans le siège auto alors que l’on est en retard, ce sont des sources de tension autant musculaire que psychologique qui favorise l’éclosion du mal de dos. L’absence de gainage musculaire fait souffrir le bas du dos ou le siège, car la personne reporte trop le poids ou l’effort sur cette partie du corps. L’absence de muscles abdominaux notamment devient un petit drame personnel au quotidien. » René Gradel, coach sportif et ostéopathe va dans le même sens en préconisant l’activité sportive plus que l’immobilisme. Selon ce dernier, le simple fait de marché ou de nager permet d’étirer des muscles qui travaillent en tension au quotidien et de muscler d’autres parties du corps. Selon lui, il existe peu de sports traditionnels à risque pour la colonne vertébrale et il faut aller au-delà de certaines idées reçues autour du footing ou de la nage.

Mal de dos ? Le bon traitement, c'est le mouvement. © Assurance Maladie


Reconnaître son mal de dos

Comme le souligne Pascal Robaglia, la prise en charge du mal de dos représente un véritable casse-tête autant pour les médecins que pour l’assurance maladie. Chaque année cette dernière voit un cas sur cinq de mal de dos se terminer en arrêt de travail. Du côté des médecins, le diagnostic peut devenir un véritable parcours du combattant. S’il existe des patients qui développent des pratiques à risque pour leur dos ou possèdent des antécédents familiaux de fragilité, sur les 9 Français sur 10 qui expérimenteront un mal de dos dans leur vie, la majorité n’aurait besoin que de mouvement et d’étirements à l’heure de la pause café. « Surtout, poursuit Pascal Robaglia, le mal de dos est souvent lié à un stress psychologique, une petite douleur apparaît, les muscles se contractent autour, ils n’ont pas l’occasion de se détendre, le patient souffre plus et cela débouche sur un mal-être qui engendre du stress. La boucle est bouclée et le médecin aura souvent bien du mal à le faire admettre à son patient ! L’important est donc de conscientiser les gens, pour qu’ils soient capables d’identifier un mal de dos. Malheureusement, être à l’écoute de son corps n’est pas toujours facile et tout ne passe pas par le Yoga. Comme il existe différentes pratiques de ce dernier, chaque corps a besoin d’un remède naturel différent, que ce soit la musique, la danse, les échecs, une conversation avec un ami ou du sport. » Kiné, Xavier Dufour voit ainsi des patients qui abandonnent le sport qui leur tient à cœur, alors que, selon lui, « le premier critère, c’est le plaisir », qui libère ces fameuses hormones du plaisir qui permettent de se sentir mieux... Et donc de se détendre.

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Connaître l’origine de son mal de dos

Lombalgie, nerf sciatique mal positionné, vertèbres déplacées, inflammation, les causes du mal de dos sont nombreuses et il est nécessaire de connaître l’historique de sa douleur pour améliorer le diagnostic. Certaines pathologies nécessitent un traitement de fond comme les hernies discales ou les arthroses sévères et il est nécessaire de faire très attention pour ne pas abîmer davantage son dos. Consulter un spécialiste de manière préventive est important. Un ostéopathe ou un kiné connaissent le corps par cœur et sont souvent à même de découvrir une anomalie importante ou ses conséquences sur le corps. « En sport comme dans la vie quotidienne, il faut être à l’écoute de son dos, rappelle Pascal Robaglia. Mais cela ne veut pas dire s’arrêter à la moindre suspicion de douleur. Il faut analyser cette dernière, voir s’il n’y a pas une position ou des mouvements quotidiens qui la favorise. » Ainsi, une personne assise le dos courbé devant son ordinateur aura besoin de le déplier régulièrement. A contrario une personne droite devant son établi, devra courber régulièrement le dos. 

Traiter son mal de dos

Difficile de savoir comment traiter son mal de dos. Il n’y a pas de solution miracle, mais la plupart du temps le dos se remet naturellement d’une petite douleur, qui ne représente en fait qu’une alerte. Une vertèbre légèrement déplacé pourra se remettre en place toute seule par exemple, mais si elle continue à être mise sous pression par un muscle trop tendu, cela sera impossible. Les contractures musculaires sont souvent le résultat d’une position assise ou une station derrière un bureau prolongée. Cela débouche aussi sur des tassements de vertèbres. Un phénomène amplifié par la perte de musculature liée à cette position. «
C’est un peu comme les astronautes qui rentrent de leurs séjours avec des douleurs à n’en plus finir au niveau des jambes et du tronc les premières nuits, précise Pascal Robaglia. Cela est dû à une atrophie musculaire qui se résorbe peu à peu. Il travaille physiquement pour que leurs muscles supportent de nouveau le poids du corps. C’est un peu comme les astronautes qui rentrent de leurs séjours avec des douleurs à n’en plus finir au niveau des jambes et du tronc les premières nuits, précise Pascal Robaglia. Cela est dû à une atrophie musculaire qui se résorbe peu à peu. Il travaille physiquement pour que leurs muscles supportent de nouveau le poids du corps.
C’est ce que devrait faire toute personne assise plus de quatre heures par jour ! » Endiguer le mal de dos est possible sans descendre de sa chaise. Il suffit souvent d’apprendre quelques mouvements clés comme le fait d’enrouler progressivement le dos tout en descendant ses mains vers les chevilles avant de remonter lentement, ou, en se tenant bien droit sur votre siège, d’amener votre menton vers l’arrière comme si vous souhaitiez le faire toucher avec votre cou. Il est aussi possible de modifier régulièrement sa position en veillant à avoir l’écran de son ordinateur à hauteur et en face des yeux la majorité du temps, tout en conservant le dos le plus droit possible. En cas de douleurs répétées, la prise de paracétamol peut être salvatrice. En se soulageant, votre corps se détendra de lui-même et les douleurs musculaires s’estomperont. En revanche, interdiction formelle de prendre des anti-douleurs plus invasifs de son propre chef. Et puis… n’oubliez pas la bonne vieille solution du coussin sous les fesses pour les soulager et éviter que la douleur ne remonte dans le dos. Il faudra néanmoins veiller à ce que le coussin ne fasse pas basculer le bassin vers l’arrière.



Le mal de dos : un signe précurseur

« Après plusieurs décennies à le prendre trop au sérieux, la mode est aujourd’hui de minimiser ce problème, complète notre spécialiste du dos. Néanmoins, il faut aussi prendre en compte que notre colonne vertébrale et tous les nerfs qui la parcourent sont une véritable autoroute de l’information pour notre corps. Nos organes vitaux sont aussi tous très proches de notre dos. Le mal de dos peut ainsi être un signe précurseur d’un problème d’estomac ou d’intestin par exemple. Dans ce cas, il faut absolument consulter un médecin et faire les examens correspondants. » Bien moins grave, le mal de dos est aussi le signe d’une mauvaise alimentation ou d’un corps qui est trop sollicité. Seul remède, baisser le rythme, dormir, manger aux horaires des repas sans regarder la télévision ni lire… Et aller se soulager quand l’envie est pressante !

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