La vérité nue sur l'historien Dimitri Casali

Dimitri Casali est historien et auteur de best sellers. Cet amoureux de l'histoire de France d'origine italienne, rappelle l'impérieuse nécessité d'intégrer par l'histoire de France, « une histoire unique faite de héros que le monde nous envie ». Il revient sur ses origines italiennes et le creuset français. Interview-confession.

Vous êtes un historien français, né en Algérie. Vous avez grandi dans la Ville Rose, pourriez-vous nous parler de vos origines à la fois Pied-Noir et toulousaine? 

Dimitri Casali lors de notre entretien Dimitri Casali lors de notre entretien
Dimitri Casali : Effectivement, je suis né à Constantine, alors Algérie Française. Je suis arrivé à Toulouse à l’âge de 2 ans, je suis donc profondément ancré dans le sud de la France. Par mes ascendants où le sang lucquois se mêle au Lauraguais, au Corbières, et même au «cathare», comme s'en enorgueillissait ma grand-mère paternelle. Cette dernière est née Couret, car fille de Jean-Marie Couret maire du village du même nom (arrondissement de Saint-Gaudens) près de Francazal, village de la Haute-Garonne en région Occitanie. Sa mère est Adeline Bonafous, née elle-même à Caudebronde dans l’Aude dans l'arrondissement de Carcassonne à 2 km de Cuxac-Cabardès. Mes autres ascendants, par ma mère Gisèle Girard, sont originaires de Coutances en Normandie et d’Alsace. Ils ont fui l’occupation allemande de 1870 pour essayer de tenter leur chance en Algérie. Nous sommes une vraie famille de pionniers. Afin de garder un lien avec ma ville d’origine, Constantine, ville fondée par l’empereur Constantin en 313, j’ai d’ailleurs donné ce nom à mon fils qui est devenu féru d’antiquité.

Toulouse, ville d'adoption de Dimitri Casali © DR Toulouse, ville d'adoption de Dimitri Casali © DR
Je grandis à Toulouse, la ville rose que j’adore, Allée des Demoiselles près des bords de ce canal du Midi cher à nos cœurs d’historien non loin du musée Georges Labit qui me marqua tout jeunot avec sa fameuse momie et ses stèles égyptiennes. Après une scolarité au collège Émile Zola au Buscat puis au lycée Berthelot, je décroche un bac B économique avant d’amorcer des études universitaires d’Histoire en 1980. Études que je reprendrai dix ans plus tard à Paris-IV la Sorbonne, menant à bien une maîtrise (mention très bien) sous la houlette de celui qui restera mon maître et mentor, Jean Tulard. Mon mémoire portait sur le mythe musical napoléonien où Beethoven et Berlioz côtoie Dire Straits et Elvis Costello.

Toulouse est une ville profondément musicienne, elle fut longtemps la ville du Bel Canto, l’art du chant lyrique qui nous vient encore une fois d’Italie. C’est dès le XIXe siècle, dans les grandes années du Romantisme, que la Ville Rose acquiert le titre de capitale du bel canto. Et cela a dû certainement m’influencer à Toulouse dans ma jeunesse la (bonne) musique était partout dans les salles de théâtre, dans les bars, dans les soirées privés, c’était merveilleux…

Votre nom de famille, Casali, est italien ?
Dimitri Casali : La famille de mon père vient de la ville de Lucques, en Toscane, que je ne connais toujours pas - mais que je rêve de visiter. Tout le monde, et mon père le premier, m’a parlé de cette cité historique splendide et chaleureuse. L’Italie est en effet ma seconde patrie et, par mes origines, un peu plus que tous les artistes puisque l’on dit que « l’Italie est la patrie des artistes ». L’Italie a tant apporté au monde : l'architecture, la peinture, la sculpture, les arts décoratifs, la musique, la littérature : quelle civilisation magnifique !

Paysage de Toscane © DR Paysage de Toscane © DR

Dans quelle mesure avez-vous été influencé par vos origines ? 

Dimitri Casali : Grand amoureux de la culture classique, des arts et de la musique en particulier, il est certain que mes origines françaises et italiennes m’ont influencé. Quant à mes origines méditerranéennes, elles ont façonné ma personnalité. Le drame de la guerre d’Algérie est très présent dans ma famille. Nous, petits Pieds-Noirs, gardons dans notre cœur ce sentiment de paradis à jamais perdu, si bien évoqué par Albert Camus quand il parle des humbles et des gens simples. Il est malheureusement mélangé avec celui d’un immense gâchis dû aux mauvais choix de nos hommes politiques de l’époque.

Pieds-Noirs sur le départ... Pieds-Noirs sur le départ...
Nous conservons aussi ce sentiment d’être semblables à des « sentinelles de l’Histoire », les vigies d’une l’Histoire qui est un éternel recommencement, comme je l’aborde dans mon dernier livre « l’Histoire se répète toujours deux fois » (Larousse). Nous sommes les témoins vivants de ce combat contre le terrorisme islamique qui a pour nous comme un goût de déjà-vu. Et nous ressentons plus que quiconque les malheurs qui s’annoncent… Ce qui explique aussi certainement un fatalisme mélancolique qui ne parvient pas toutefois à nous enlever notre optimisme forcené, notre enthousiasme et notre bonne humeur.

« On peut véritablement parler d’un creuset français qui a réussi, depuis toujours, à amalgamer en une création originale les migrations successives avec les populations les plus anciennes »

Est-ce une chance, comme vous, d'avoir des origines étrangères ?

Dimitri Casali : Oui, en effet, parce que cela m’a fait comprendre certaines évidences que mêmes les « Français de souche » ont oublié pour certains. C’est avant tout notre culture française qui est la base de notre vivre ensemble. Cette culture est fondée sur la connaissance de l’Histoire du pays où vous vivez, travaillez et dont vous possédez la nationalité - quelle que soit notre origine géographique. La bonne connaissance de l’Histoire du pays qui vous accueille est donc une garantie d’intégration car elle est un moyen d’accéder aux modes de compréhension de notre société. Et cela a particulièrement agi sur moi.

Joséphine Baker © DR Joséphine Baker © DR
L’intégration à la française fut longtemps une réussite. On peut véritablement parler d’un creuset français qui a réussi, depuis toujours, à amalgamer en une création originale les migrations successives avec les populations les plus anciennes. Mon combat est de réconcilier la France avec son Histoire puisque l’Histoire de la France, c’est aussi l’Histoire du monde : nous possédons, la plus grande communauté musulmane d’Europe, la plus grande communauté juive d’Europe et une communauté asiatique très importante dans notre pays. C'est la raison pour laquelle, il faut absolument créer une Histoire de France riche de toute sa diversité, mais une Histoire qui préserve les valeurs et repères fondamentaux de sa culture. L’Histoire de nos grands hommes a pendant longtemps facilité l’assimilation des populations immigrées avec le plus grand succès. Pourquoi ne pas s’inspirer de ce modèle en introduisant justement des personnages historiques issus de l’immigration ? C’est avant tout grâce au rayonnement culturel et historique de la France, grâce au pouvoir d’attraction et de fascination que – de Mazarin à Romain Gary en passant par Marie Curie, Manouchian, Rimbaud, Baudelaire (dont le correcteur de Charly hebdo voue un tel culte qu'il s'est lui-même surnommé Mustapha Baudelaire), Félix Eboué, Joséphine Baker le bachaga Boualam et Gaston Monnerville – tous ces hommes ont aimé la France. Ils ont même accepté de se sacrifier pour leur nouveau pays. Et comme aimait le rappeler Romain Gary (Roman Kacew de son vrai nom): «Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines…» Sa mère Nina Kacew lui apprenait, enfant à Vilnius, la Marseillaise, Jeanne d’Arc et Napoléon. Tout le contraire, hélas, de ce que prônent les nouvelles instructions officielles pour les programmes scolaires de collège...

« Il faudrait, avant tout, inverser notre rapport au passé pour y voir, non pas une source de lamentations, mais une source de confiance ».

Pourquoi aimez-vous la France ?
Dimitri Casali : Pour aimer un pays il faut sentir qu'il a un passé et une histoire. C’est la raison qui m’a fait aimer ma patrie : cette Histoire incomparable que le monde entier nous envie. Malheureusement ce n'est plus le cas. On ne sent plus battre le cœur de la France, elle est comme une belle malade, endormie, blessée, alitée. Ce qui m'importe c'est sa guérison, ce qui me taraude c’est la survie de ce pays que j’ai tant aimé, la France... Il faudrait, avant tout, inverser notre rapport au passé pour y voir, non pas une source de lamentations, mais une source de confiance. Pour pouvoir affronter l’avenir en face, il nous faut une société française sûre d’elle-même et de ses valeurs afin de créer une adhésion autour de l’idée commune d’être, tous, des citoyens français fiers de leur appartenance à la nation. Pourquoi ne pas enseigner à nos élèves notre émerveillement devant tous ces hommes et ces femmes qui ont forgé notre nation ? Il est impératif de créer un grand récit national, fédérateur, qui rassemble toutes les composantes de notre nouvelle société et lui redonne confiance. 

Donnons aux nouveaux venus l'amour et la passion de notre histoire et nous leur ferons aimer la France au lieu de la détester. Je le répète depuis quinze ans. Je combats pour essayer de répondre à ces questions afin de réconcilier les Français. Pour cela, il faut absolument créer une Histoire de France riche de toute cette diversité mais qui reste en même temps solide sur ses fondamentaux. Notre passé colonial est devenu le reflet d’une civilisation française, plurielle et métissée expliquant la réelle diversité de notre société. Dans le monde globalisé qui est le nôtre, la richesse de cette Histoire pourrait être une chance extraordinaire pour l’avenir de la France. Donc si nous voulons marcher vers le futur, retournons toujours à nos racines…

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