L'histoire du pompier pyromane...

... c'est toujours la même histoire. Et cela me chagrine vraiment, mon vieil (très vieil) Emmanuel.

Dans la vie professionnelle, on en rencontre souvent. Le gars ou la fille qui te fait monter la mayonnaise, qui t'explique toute la semaine que, non, ils ne voteront pas le budget, qu'ils sont remontés comme des coucous, et que d'ailleurs, il ou elle a eu le président de l'agglo au téléphone, ou je ne sais qui ou la dame pipi, et que forcément ça va barder et que tu vas te retrouver les fesses à l'air, avec ta délibération qui sera forcément bloquée. Alors, on passe nous aussi des coups de téléphone dans tous les sens, on s'agite, on délibère, on fait des réunions off, et ne le dis à personne, on n'en dort pas la nuit, et si c'était vrai que j'allais me retrouver les fesses à l'air ?

À la fin, le conseil d'administration se passe comme sur des roulettes, personne ne pipe mot, tout le monde s'en fout à taper sur sa tablette ou son smartphone, et roule ma poule que la délibération elle est passée.

Ensuite, il ou elle s'emploie encore à repasser des coups de téléphone dans tous les sens, pour dire que "putain, on a eu chaud", mais que grâce à Dieu (et surtout à il ou elle) le budget a été voté sans dommage, et merci qui ?

C'est une histoire que j'ai souvent vécue pour de vrai, et dans un autre registre, celui des élections, je me dis que c'est un peu la même chose. J'adhère assez, et même tout à fait, à l'idée que tu as "rouvert les vannes de l'islamophobie", Emmanuel, comme l'écrit si justement Carine Fouteau dans Médiapart, tout le monde ayant par ailleurs entendu ici ou là que, non, ce n'est pas ce qui est principalement remonté du (grand) débat.

Pour autant, j'entends ce soir qu'avec ton petit air de Papi la sentence, tu nous mets en garde contre les "amalgames" qui pourraient conduire à la "guerre civile" ? Comme si tu n'y étais pour rien ?

J'hallucine, je rêve, ou tu nous prends pour des buses ?

Si j'en ai tant voulu à Sarkozy et à son quinquennat (en dehors de toute autre considération), c'est bien pour cette propension insupportable au clivage et au délitement de la société, comme si je devais en vouloir à mes parents de leur retraite à 60 ans et de me pomper la Sécu, comme si les Roms expliquaient tout mon malheur, comme si la Réaction avait jamais mené à autre chose qu'au désastre...

Et voilà que tu recommences ? Voilà qu'en période préélectorale, nous nous mettons à discuter du voile ? Comme par magie, ça ressurgit ? C'est la préoccupation principale des Français, que de savoir comment s'habillent les filles ? Pour être très franche, sur toutes ces questions, je suis très partagée. Sur le voile comme sur la PMA, je suis partagée. Partagée entre mon féminisme, ma conscience de gauche, ma laïcité, mon souci de ne stigmatiser personne et l'idée qu'à l'heure actuelle, "croître et multiplier" n'est peut-être pas une bonne idée. C'est complexe, c'est intime, et cela ne peut pas se résoudre par "oui je suis pour" ou "non je suis contre", je ne sais pas.

Ce que je sais, en revanche, c'est que le nouveau monde, c'est une intox. C'est de la vieillitude, c'est ce que j'en pense : entre les théories fumeuses du ruissellement, l'idée que "trop d'impôt tue l"impôt", qu'un sou est un sou, que le travail doit payer plus et que pour s'intégrer il faut faire des efforts, j'ai l'impression d'entendre ma grand-mère. Rien de nouveau sous le soleil et que des platitudes, aucune vision. Alors, que ça ne devienne pas, en plus, des relents nauséabonds d'une vieille époque ou des tactiques politiques d'un autre âge.

J'ai du mal à finir cet article, parce que je suis vraiment en colère. Dis-le à Brigitte de ma part, mais Lagarde et Michard, c'est comme Bouvard et Pécuchet, ça n'a qu'un temps et ce n'est pas avec ça qu'on laisse sa trace dans l'Histoire.

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