COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU COLLECTIF "JAMAIS SANS TOIT"

POURSUITE DES OCCUPATIONS D'ECOLE ET DE LA MOBILSATION

Près de 2 semaines après le début des occupations d'école dans le cadre du 25 éme anniversaire de la convention des droits de l'enfant,celles-ci se poursuivent car à ce jour aucune solution n'a été proposée, les propos du préfet dans sa lettre du 21 novembre sont donc totalement faux et mensongers.Ainsi les écoles Jean Vilar (Vaulx-en-velin), Gilbert Dru (7ème), Giono (8ème), Painlevé (3ème) et Victor Hugo (1er) sont toujours occupées afin de permettre à des familles de ne pas dormir dehors.

Le préfet avait ainsi annoncé que les structures d'accueil n'étaient pas saturées, or une semaine après avoir déposé la liste de toutes les familles recensées par le collectif à M. May-Carles, directeur départemental de la cohésion sociale (service déconcentré de la Préfecture), les 194 enfants sont toujours sans solution de logement. Celui-ci nous a simplement annoncé que 4 travailleurs sociaux avaient été chargés de s'occuper des dossiers et avons appris que des places allaient être ouvertes jeudi 4 décembre. Or les premiers chiffres avancés (aucune information officielle) sont insuffisants, et nous rappelons que les familles doivent être hébergées près des lieux de scolarisation des enfants.

La position prise par les professionnels de l'urgence sociale est édifiante, confirment nos propos et met à mal le discours du préfet. (voir le communiqué ci-dessous) 

Pendant ce temps, M. May-Carles renvoie la balle sur les collectivités territoriales qui pourraient proposer mettre à disposition des locaux vides qu'ils auraient. Ce jeu de ping-pong ne vise rien qu'à dissoudre les responsabilités de chacun, mais il est aussi clair que M. Collomb est plus intéressé par sa fête des lumières que par les personnes dormant dans les rues de sa ville. Les locaux vides sur Lyon et son agglomération sont nombreux: collège Truffaut (1er, 5000m² chauffés, au moins 7 appartements de fonction), collège Maurice Scève (4ème), collège Jean Vilar (Villeurbanne, au moins 6 appartements de fonction en parfait état), immeuble rue Vendôme vide depuis 4 ans (Lyon 6ème) .... Nous rappelons que l'INSEE recensait 2400 logements vides sur Lyon en 2010. 

C'est pour cela que le collectif « Jamais sans toit » demande à être reçu au plus vite par M. Collomb, maire de Lyon et président du Grand Lyon. Pour toutes ces raisons, le collectif « Jamais Sans Toit » demande à ce qu'une réelle volonté politique de résolution de ce problème se dégage sur ce sujet en concertation entre la préfecture, la ville de Lyon et la métropole. Et l'éternel argument avancé que l'hébergement de ces personnes ferait un appel d'air est caduc et honteux, comment peut-on imaginer que des personnes souhaitent dormir à la rue? Nous rappelons au préfet, à M. Collomb que l'hébergement de toute personne est un droit inconditionnel.

NOUS, COLLECTIF « JAMAIS SANS TOIT », EXIGEONS :

 - Que soient appliqués l?ensemble des droits fondamentaux prévus par la Convention Internationale des Droits de l'Enfant ratifiée par la France en 1989.

- Que les élèves et leur famille bénéficient d?un logement décent et durable, à proximité de leurs lieux de vie sociale.

- Que soit délivré à leurs parents, si nécessaire, un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » permettant l'exercice d'une activité professionnelle.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE PROFESSIONNELS DE L'URGENCE SOCIALE: SOUTIEN AUX ECOLES OCCUPEES

Mercredi 3 décembre

En ce début d'hiver, les parents d'élèves et les enseignants de plusieurs écoles occupent des établissements scolaires pour y loger les familles d'élèves à la rue. Cette mobilisation citoyenne inédite par son ampleur est la conséquence de la crise dramatique que connaît actuellement le secteur de l'urgence sociale. En tant que professionnels de l'urgence sociale, témoins chaque jour des aberrations du système, nous soutenons ces occupations émanant de citoyens qui ne supportent plus que les camarades de leurs enfants rejoignent le trottoir chaque soir, à la sortie de l'école. Cette situation est indigne de notre République.

Chaque jour, plusieurs milliers de personnes appellent le 115 à Lyon sans obtenir de solution d'hébergement. Ce sont des hommes, des femmes, certains sont âgés, handicapés, malades ; tous sont exténués. Ce sont aussi des enfants, pour certains des nourrissons. Chaque jour, nous, professionnels de l'urgence sociale, la boule au ventre, rencontrons ces hommes, ces femmes, ces enfants désespérés auxquels nous sommes contraints d'expliquer qu'il n'y a pas de place disponible. Impuissants, nous assistons à leur dégradation physique et psychique? en se demandant si l'Etat attendra le premier mort dans la rue pour réagir. 

Le Code de l'Action Sociale et des Familles (art 3452-2) stipule que « toute personne en situation de détresse médicale psychique ou sociale a accès à tout moment au dispositif d'hébergement d'urgence ». La loi est pourtant claire : l'hébergement est un droit fondamental pour tous même si le Préfet tente d'arranger la loi à sa convenance en établissant des distinctions de droit entre les individus inventées par lui seul ! En laissant des milliers de personnes à la rue, l'Etat, à Lyon, piétine la loi et la République. Pour attribuer les quelques places d'hébergement qui se libèrent, ce même Etat nous demande à nous, travailleurs sociaux, de « trier » le plus faible parmi les plus fragiles, le distinguant de ceux qui peuvent « encore tenir ». On choisit une personne sous dialyse plutôt qu'un homme de 80 ans; on acte l'entrée d'une mère seule avec deux enfants de 5 et 4 ans plutôt que celle d'une famille avec un nouveau né? Dans la rue, on distribue les couvertures faute de place, par dizaine, par centaines. Machine infernale qui sélectionne et condamne à la fois, au nom de la saturation du dispositif d'hébergement. Mission impossible et hors la loi que nous ne pouvons plus continuer à mener en silence. C'en est trop ! Dans la lignée des parents d'élèves et des enseignants, nous demandons l'accès à l'hébergement immédiat de toutes les personnes à la rue: hommes, femmes, enfants, au nom de la République, au nom de ce à quoi ils ont droit, tout simplement!

Le réseau des professionnels de l'urgence social

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.