Il n’y a pas deux candidates de gauche à Strasbourg

À première vue, il y a deux candidates de gauche au deuxième tour des élections municipales à Strasbourg : Jeanne Barseghian (liste Strasbourg écologiste et citoyenne), arrivée en tête et Catherine Trautmann (liste PS). Si on regarde de plus près, il n’y a pas de candidate de gauche à Strasbourg.

Deux semaines. Cela fait deux semaines que George Floyd est mort, assassiné par la police de Minneapolis. Deux semaines que partout dans le monde, des foules protestent contre le racisme et contre les violences policières. Malgré le covid, malgré les interdictions, un mouvement populaire spontané s’est levé, de New York à Madrid, de Paris à Los Angeles. 

Les candidates socialiste et écologiste strasbourgeoises se sont-elles exprimées publiquement à ce sujet, durant ces deux semaines ? Non, pas un mot. En deux semaines, elles ont eu le temps de ne pas trouver d’accord de fusion, de regarder les deux listes de droite fusionner sous leur nez, de s’invectiver, de se traîner dans la boue, de visiter les marchés et d’aller voir un concert à la laiterie, mais sur le plus grand soulèvement populaire mondial antiraciste de la décennie, pas un traître mot. Vendredi, une manifestation contre les violences policières et le racisme institutionnel s’est tenue pacifiquement à Strasbourg. Y a-t-on croisé les deux hérauts de la gauche locale ? Non, nous sommes lundi et si l’on s’en tient à leur parole publique, rien ne se passe dans le monde ni à Strasbourg. Circulez. 

La gauche , depuis qu’elle est gauche, prend son point de départ dans la défense des opprimés. Tout le reste en découle. L’antirascisme, l’antisexisme, les luttes ouvrières, la notion de Progrès, tout découle de ce positionnement du côté de celui qui est exploité, opprimé. 

Tout le monde sait cela. Tout le monde sauf Catherine Trautmann et Jeanne Barseghian. Comment expliquer leur silence ? Tout silence sur une injustice est complice, dès lors comment l’excuser ?

Il n’y a qu’une façon de l’expliquer, et aucune raison de l’excuser. La gauche ne se rappelle pas qu’elle est antiraciste seulement quand il faut faire barrage au rassemblement national. Il n’y a pas de candidate de gauche à Strasbourg. 

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