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Le Club de Mediapart jeu. 26 mai 2016 26/5/2016 Dernière édition

La vie est idiote

La vie est idiote.Ce n’est pas qu’elle soit imbécile: elle est idiote. Elle l’est au sens premier du mot idiot: elle est «simple», «sujette», elle est sans emprise sur soi.

La vie est idiote.

Ce n’est pas qu’elle soit imbécile: elle est idiote. Elle l’est au sens premier du mot idiot: elle est «simple», «sujette», elle est sans emprise sur soi.

Elle est irreproductible. Nulle idéation ne saurait en faire une construction formulable.

La vie ne peut se formuler : lors même qu’on la formule, elle produit son informulé. Lors même qu’on en produit un double, une image, une « transsubstance » constituée en matière à entendement, en « sens », elle se venge en tournant en dérision cette fiction d‘elle-même que machine la machine arrogante à idéation, cette machine que manipule en enfant la victime d'une inquiétude : celle qu’il n’y ait rien qui soit la vie, au sens où la vie serait un objet, une identité trônant au cœur de ce qui ne serait point la vie.

Une identité singulière, une « ipséité »

Lors même qu’on désespère qu’elle soit quelque chose, elle le devient comme pour rire, le temps de se refaire une beauté de sens, pour bifurquer à nouveau.

L’on ne saurait rien entendre à la vie sinon qu’elle est, comme un rire, une brutalité stupéfiante et communicative, quelque chose qui « faisant presque peur » (Bergson), libère de la peur.

Un « chat du Cheshire »…

Quelque chose qui, convoquant à la quête malade du sens, vomit cette quête, renvoie son sujet à ses chères études, sous goudron et sous plumes, le hochet du bouffon en main.

Elle est simple, la vie, elle ne se conçoit que depuis l’"inconception" : le jour y vient toujours après la peine, rien n’y change puisque tout y change...

L’Histoire retiendra que sont morts ce week-end Vaclav Havel et Kim Jong Il.

Elle avouera, l’Histoire, ce faisant, qu’elle a bien du mal à se constituer en histoire dès lors que la vie est simple et qu’elle daube celui qui, pour y trouver l’Histoire, y guette le sens.

Entendre quelque chose de la vie, à la vie, c’est s’aliéner à l’instant, c’est s’aliéner au fugitif, à cet instant, à ce fugitif qui ne sont pas même instant, pas même fugitif, puisque quelque chose en cet instant, en ce fugitif même, attestent qu’il ne sont rien qu’une fiction ourdie par la peur qu’il n’y ait rien hors l’invention du monde.

Qu’il n’y ait rien qui, en vérité, se nomme « vie ».

« Vie des hommes », par exemple.

Sinon ce qui, sur le néant de l’entendement de ce néant idiot qui est comme un rire, se constitue tel.

Le regard sidéré de celui en qui la contemplation a fait justice de l‘arrogance de l’entendement, par exemple.

Le regard sidéré du poète en qui s’est tue la nécessité de la rime et de l’articulation signifiante du monde.

Et qui est au lieu, du lieu, tranquille et muet sous les constellations.

La volonté improbable d’artisan du poète (ou du dramaturge) civique construisant le sens absent, faisant objet sur le néant d’être, inventant un sens dont il sait et dit (contrairement au tyran, à Kim Jong Il, par exemple) la consacrant, la superbe, l"indispensable vanité.

Laisser passer le sens absent ou lui substituer une machine qui soit l’objet fragile d’une volonté se sachant rêveuse et seule détentrice de la vie comme objet, ceci est vivre, sans doute, en homme.

Les deux morts annoncées aujourd’hui, celle du dramaturge de velours tchèque, celle du satrape carnavalesque coréen, enseignent au fond de la vie qu’elle ne cesse d’être idiote, qu’elle ne cesse d’être rien que quand, ayant renoncé à y voir un objet s’imposant à la raison, au jugement, au bon sens, en militant vaincu d’avance et généreux, en Vaclav Havel, par exemple, on en fait quelque chose.

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L'auteur

Emmanuel Tugny

Ecrivain, musicien, chroniqueur. Né en 1968.
Saint-Malo - France

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