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Le Club de Mediapart jeu. 29 sept. 2016 29/9/2016 Édition du matin

François Hollande le converti

François Hollande n’est plus « à ce qu’il fait » : il est ce qu’il fait. La vacance tantôt séduisante tantôt accablante du sujet Hollande a perdu la partie étrange qui l’opposait depuis toujours à l’affirmation de son objet : l’action politique. Le retrait de l’intime, la pudeur, le signalement d’une autre dimension, d’un double fond de l’être au monde s’est faite exception, glissement, accident, lapsus. L’autorité de la personne, prélude à celle de la fonction, la créature, la sculpture, le mannequin habitant du forum, nourri à son essence, ce n’est plus ce qui cherche à transpirer d’ Hollande, c’est Hollande. Le candidat socialiste est enfin devenu son objet, il a brisé ses entraves, abandonné son boulet d’intimité, à tel point qu’il peut aujourd’hui,  avec distance, évoquer, par exemple, son enfance, urbi et orbi, en faire un "outil de campagne"…

Il est ce qu’il fait. Il est chose publique dans la chose publique et c’est bonheur que d’observer à quel point  cette conversion sidère le forum, l’espace public, que de voir ceux qui en procèdent et que la résistance au « devenir chose publique » n’a jamais étouffés, que la tentation de Venise n’a jamais semblé défigurer, s’exclamer en somme à l’envi : « Vous qui étiez si sympathique, vous qui étiez attestation d’un repli possible, d’un en-deçà, d’une île, d’un engrossement possible de la personne par le sujet, de la fonction par l’intériorité, du public par le pudique, voilà donc que vous êtes des nôtres, que la sympathie vous a été retirée avec l’écart, que vous êtes, comme nous, votre propre Golem, votre Moloch, que vous vous êtes dévoré le for intérieur pour appartenir tout entier au cours des choses ! »

Il y a comme un dépit chez ceux qui constatent la radicale conversion de François Hollande à la situation, son entrée de plain-pied dans l’actualité, dans l’actuel du grand théâtre du monde.  A leurs yeux il était l’autre, l’innocent errant, le flou, le fou, le schizé, le bon camarade de « buvette » (évoqué par de Villepin) dont l’on ne sait au juste ce qu’il « fait là », dont l’on sait qu’il est et n’est pas « là », dont l’on sent qu’il perd et gagne à n’être ni en soi ni hors soi, dont l’on goûte qu’il soit la vivante et apaisante image de la complétude et de l’inhibition qu’elle engendre en l’âme lorsque vient le moment du choix, de la détermination du souverain bien, de la réponse à cette question : "Doit-on être ce qu’on est ou bien être ce qu’on fait? Doit-on être de soi ou bien être du monde ?"

Il dépite, il stupéfie, il étonne, il déséquilibre, il met en crise.

Celui qui a choisi convoque au choix : « Suis-je bien à ce que je fais ? Ne me suis-je pas perdu ? Suis-je encore ? Ne suis-je bien pas ? Suffisamment pas ? » semblent dire ses adversaires, ses amis, aussi.

Hollande, c’est Juppé sans Venise, c’est Jospin sans Jospin.

C’est Mitterrand, bien entendu, mais un Mitterrand converti de frais, intensément, allègrement et comme purement Mitterrand…

Et puis c’est Delors qui embraye, Rocard et Mendès saisissant l’opportunité, le kairos

François Hollande ne prononce pas le nom de Nicolas Sarkozy : il dit ce faisant qu’il ne prononce pas non plus le sien, que le duel qui s’annonce, il le veut profondément sans sujet, sans identité subjectale, qu’il le veut tout instrumental, fonctionnel, objectal, de l’ordre digne de la personne, de la figure, du masque, du costume, du rite, du champ public.

Ce que vous voyez, c’est ce que je suis : ce que je suis, c’est ce que vous voyez…

L’exercice du pouvoir par Nicolas Sarkozy aura, à l’ère républicaine de France, marqué l’apogée de la soumission du politique à l’intime, à l’obscène, à l’identité d’un « sujet subjectif », l’apogée de la dissolution militante du bien commun, il s’achève d’ailleurs sur le mode de la confession intime, de cette confession indigne de Guyane, par exemple, dont l’auteur, le temps passé de la « remise au travail » aveugle, cruelle, anxiogène, culpabilisante, du pays, rêve tout haut pour lui-même à des semaines de trois jours…

 

François Hollande, pour sa part, depuis une farouche discipline, comme une mystique, une macération, depuis une transfiguration, une conversion qui forcent l’admiration,  semble annoncer le retour, mille fois délectable, du règne  du « sujet politique ».


Epilogue :


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L'auteur

Emmanuel Tugny

Ecrivain, musicien, chroniqueur. Né en 1968.
Saint-Malo - France

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