Génocide au Rwanda, Dr Denis Mukwege : un gynécologue congolais prix Nobel de la Paix

Ce médecin congolais, qui fait honneur à sa profession, doit d'une certaine manière sa récompense justifiée à sa lutte contre les conséquences au Kivu du génocide des Tutsi et de l'idéologie qui l'a sous-tendu. Voilà un sujet qui devrait intéresser Marlène Schiappa si son combat est sincère.

L'idéologie génocidaire du Hutu power a mis en œuvre le viol comme arme du génocide. La ministre de la famille du gouvernement rwandais pendant le génocide fut condamnée pour cela par le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Ce Tribunal a aussi fait reconnaître juridiquement le viol comme une arme du génocide.

Cette idéologie n'a pas été combattue par la France, mais au contraire renforcée par son action à partir de 1990 au Rwanda. Je ne dis pas que les autorités françaises souhaitaient développer le viol comme arme de guerre, mais qu'ils ont négligé l’intention de génocide du Hutu Power qu'ils soutenaient, aveuglés (c'est le mot du Président de la République française au Rwanda en 2010), par leur stratégie contre "les forces ougando-tutsies", pour reprendre l'expression lourde de conséquence du chef d’état-major de l'époque dans une note à François Mitterrand. On trouve aussi que la France se battait contre "les Tutsis" selon d'autres notes ou des expressions notées de François Mitterrand dans des conseils restreints de défense.

Ce que les tueurs rwandais du Hutu power ont fait subir aux femmes Tutsi, ils l'ont exporté dans leur fuite auprès des tueurs du Zaïre-Congo, transformant le Kivu en un terrain de haute pratique du viol de guerre. Au Kivu, on traquait aussi les Tutsi du Congo pendant le génocide au Rwanda. On trouve des Rwandais au Kivu par plusieurs événements historiques et notamment car avant la colonisation le territoire du Rwanda était plus grand que ce que le roi des Belges Léopold II avait décrété avec sa règle et son crayon sur une carte d'Afrique. Goma et Gisenyi, c'est Berlin Ouest et Berlin Est. Les "soviétiques" de ce partage sont les colonisateurs européens.

Le combat héroïque du docteur Mukwege, dont il importe de bien reconnaitre ce à quoi il a dû faire face, est un combat concret contre les conséquences d'une idéologie que la France, très présente au Rwanda lors de sa genèse, laxiste à cause de ses intérêts mal compris, a laissé prospérer au Rwanda en contradiction complète avec ses missions officielles qu'elle a mensongèrement développé dans les médias.

Malgré cette exportation criminelle et leur participation au génocide des Tutsi, l'armée française continua d'armer et d’entraîner au Kivu et dans d'autres régions limitrophes ces génocidaires violeurs pour reconquérir le Rwanda. C'est inacceptable, on ne souligne jamais assez cet entêtement français, criminel et criminogène, alors que le génocide des Tutsi était accompli et incontestable. Hubert Védrine, entre autres parce qu'il incarne pleinement cette posture en France, appelle cela le sens des réalités politiques !!! Le Docteur Mukwege connait ce réel un peu mieux que lui !

Depuis, un courant français, mené par Pierre Péan et Hubert Védrine, essaye de justifier cette lutte contre les Tutsi et le FPR, à postériori, pour tenter de dédouaner les autorités françaises de leurs responsabilités. "Les Tutsi sont menteurs", Kagame est le chef d'Etat en exercice le plus criminel de la planète, écrivait Péan pour justifier cette position. La dernière recrue de ce courant est une jeune canadienne, Judi Rever, qui ne fait que remettre à jour des accusations anciennes et connues qu'elle dit renforcées par des rapports confidentiels qu'elle ne publie pas, mais en n'oubliant pas de lustrer sans pudeur l'image de Péan et de ses comparses. J'ai la nette impression qu'elle est sincère mais que cette sincérité pourrait bien être le résultat d'une ruse dont elle est l'objet.

Aucun Français ne devrait ignorer qu'une petite dizaine de rwandaises (parmi combien d'autres qui se taisent ou en sont mortes ?) ont porté plainte en France pour viol par des membres de l’armée française pendant le génocide des Tutsi et alors qu'elles étaient sous la protection de l'opération Turquoise. Des viols qui ont eu parfois des conséquences graves sur la santé de ces femmes.

Ce que les français ne doivent pas ignorer non plus, c'est qu'aujourd'hui encore l'instruction de ces plaintes est bloquée et risque de déboucher sur un non-lieu, parce que l’armée refuse de communiquer à la justice française un trombinoscope des soldats et officiers de l'opération Turquoise pour identifier ces violeurs présumés.

Le combat du docteur Mukwege sera encore long si même les autorités françaises continuent de faire échapper à la justice des personnes suspectées d'être des violeurs de guerre, qui plus est de femme Tutsi pendant le génocide des Tutsi. Aucune femme Hutu ne s'est plainte d'avoir été violée par des militaires français. Cela ne veut pas dire qu'il n'y en a pas.

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