Monsieur Larcher, vous êtes président du Sénat ...

Apporterez-vous votre pierre à ce qu'on a appelé "l'indifférence de la communauté internationale" ?

(dernières retouches le 9 mars 2020
et une correction de dates le 14 mars 2020)

Monsieur Larcher, vous êtes président du Sénat. Apporterez-vous votre pierre à ce qu'on a appelé "l'indifférence de la communauté internationale" en la prorogeant 25 ans après le génocide au sein d'une instance démocratique d'un pays qui a voté et ratifié la convention internationale pour la prévention et la répression du crime de génocide ?

Vous devez refuser la tenue dans les locaux du Sénat de toute réunion de propagande négationniste. En l’occurrence il s'agit cette semaine de propagande pour soutenir la thèse négationniste du double génocide au Rwanda dans le but de justifier la complicité française dans le génocide des Tutsi.

Le sujet du colloque est un alibi, un cheval de Troie : « L’Afrique des Grands Lacs, soixante ans de tragique instabilité ».

A propos de ce sujet alibi du colloque vous trouverez en bas de page un de mes articles précédents.

Les autorités françaises ont soutenu à bout de bras le régime politique des tueurs des Tutsi : le régime Habyarimana dans ses préparatifs du génocide, notamment le centre de renseignement de la gendarmerie rwandaise en livrant fin 1992 l'informatisation du "fichier central" rebaptisé "Centre de Recherche Criminelle et de Documentation" par les gendarmes français et plus particulièrement le fichier PRAS "des personnes à rechercher et à surveiller" alors que la chasse aux Tutsi était ouverte, ce que confirmera le général Varret devant les députés en 1998 ; l'état-major rwandais, étroitement lié aux officiers français qui selon nos députés ont pu aller en 1993 jusqu'à "commander indirectement l’armée rwandaise",  venait de préciser un mois plus tôt la définition de l'ennemi (ENI) : "l'ennemi principal est le Tutsi de l'intérieur et le Tutsi de l'extérieur ....". Les autorités françaises ont soutenu le gouvernement intérimaire rwandais dans son exécution du génocide, largement condamné pour génocide au Tribunal Pénal International pour le Rwanda, formé en partie dans notre ambassade, puis, quelques semaines plus tard, reçu par nos ministres et conseillers du Président à Paris en plein génocide.

Les autorités françaises ont également soutenu des acteurs de terrain du génocide comme la gendarmerie rwandaise formée depuis 1975 par la France et son élite la garde présidentielle, les chefs miliciens formés comme "défense civile", sur les conseils des coopérants militaires français et avec la participation formatrice de notre armée, selon plusieurs témoins dont un sous-officier français. Pendant toute cette période de 1991 à 1994, malgré trois embargos sur les armes des accords de cessez-le-feu de N'sélé en mars 1991, du premier des cinq accords d'Arusha en juillet 1992 et la résolution 918 du conseil de sécurité de l'ONU le 17 mai 1994 en plein génocide, nos autorités françaises n'ont jamais cessé de livrer des armes. Pire, au cours de l'opération Turquoise, présentée comme exclusivement humanitaire, et après le génocide, elles ont continué de livrer des armes et d’entraîner les génocidaires rwandais à partir du Zaïre pour reconquérir le pouvoir au Rwanda, comme en témoigne l'ancien officier Guillaume Ancel.

Enfin sur la question du signal de lancement du génocide, l'attentat du 6 avril 1994 contre le président Habyrimana, le comportement de plusieurs français est équivoque, certains étaient sur les lieux du crash dans le quart d'heure qui suivit et n'ont pas livré toutes leurs informations à la justice, d'autres, dont des interlocuteurs prévus au Sénat cette semaine, entretiennent des désinformations inexplicables ; enfin plusieurs indices, dont un dans la bouche d'Hubert Védrine relaté dans Politis de juillet 2009, laissent deviner que des français auraient pu participer à cet attentat. La justice française n'enquête pas sur ces faits et hypothèses, même après le rapport d'experts, notamment en balistique, ordonné par nos juges anti-terroristes qui se sont rendus sur place et qui détermine le camp des alliés génocidaires de la France comme lieu des tirs des missiles.

Un génocide est l’extrémisme du terrorisme. C'est le summum de la dictature et du refus de démocratie dans l'élimination des opposants.

Y-a-t-il deux sortes de terroristes ? Ceux qui tuent des Français, qui sont à juste titre fermement combattus, et d'autre-part ceux qui sont français et apportent des moyens et des solutions à la préparation d'un génocide, à son exécution ensuite, puis aux tentatives de reconquête du pouvoir des génocidaires après le génocide à partir du Zaïre/RDC. On dépasse de très loin l'aide à l'achat d'un scooter qui va servir à assassiner des enfants, car les autorités françaises connaissaient l'intention de génocide des tueurs rwandais depuis fin 1990 ! ("Ils [les Tutsi] sont très peu nombreux nous allons les liquider" chef d'état-major de la gendarmerie rwandaise dans le rapport de nos députés, "et cela ira très vite" complète sa citation parlementaire dans son livre en 2018 le général Varret qui précise, dans un interview de 2018, que c'était en décembre 1990. Français également qui s'en prennent par des mensonges et des exagérations vicieuses à ceux qui ont chassé les alliés génocidaires de la France. Français enfin qui prennent des décisions de justice qui méprisent les faits et condamnent même parfois les proches des victimes pour diffamation envers des "présumés" génocidaires rwandais, exerçant tranquillement leur métier en France, et dont la présomption d'innocence est protégée par l'extraordinaire lenteur de la justice et le refus négationniste de prendre en compte les décisions judiciaires rwandaises, ou diffamation envers des responsables français de missions ayant conduit à pourchasser les Tutsi.

Tout cela pour essayer de prouver que les victimes du génocide, et surtout ceux qui les soutiennent, seraient plus criminels que les génocidaires et leurs complices et pour justifier le glissement dictatorial et terroriste des autorités françaises au Rwanda à partir de 1991.

Monsieur Larcher, pensez-vous qu'il faille être indifférent vis-à-vis de personnes qui soutiennent des "présumés"  terroristes de la France coupable, "présumés" parce que la justice française se montre complice de ces Français en entretenant par ses décisions insensées un doute coupable ? De ce point de vue, sur les questions de nos autorités dans le génocide des Tutsi, la France, même en marche aujourd'hui, ce n'est pas mieux que la Turquie, la Russie, ou la Chine (précision du 28/03/2020 : ce n'est pas mieux en ce qui concerne l'attribution des culpabilités, même si les sentences sont moins excessives]. De plus, la jurisprudence de la loi sur la presse concernant la diffamation les protège abusivement. C'est contraire à l'esprit démocratique et républicain. Dans ces affaires la France est gravement "à côté de ses pompes" !

Il reste à espérer que la commission Duclert, nommée par Emmanuel Macron, aide à dissiper l'aveuglement français en ce qui concerne l'attitude des autorités françaises dans le génocide des Tutsi. ... Espérer ...

 

* Lire aussi son article sur le blog Médiapart de Jean Lingstein :

*A propos de l'Afrique des Grands lacs, sujet alibi du colloque :

Le Monde du 4 février 1964 Le Monde du 4 février 1964

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