France-Rwanda : rapport intermédiaire de la commission Duclert

La commission chargée d'examiner les archives de la France au Rwanda, présidée par l'historien Vincent Duclert et dite commission Duclert, à publié comme promis un rapport intermédiaire. Ce rapport ne dit rien des archives déjà examinées, mais rend compte essentiellement de son organisation et de ses méthodes de travail.

Ce que dit ce rapport des méthodes professionnelles de la commission ne choquera probablement personne. Ses membres sont pour la plupart des universitaires chevronnés ayant étudié d'autres génocides, mais on déplore bien sûr que les universitaires déjà spécialisés sur le Rwanda aient été écartés. Ils l'ont probablement été, parce que après avoir étudié les choses de plus près, ils ont été moralement obligés de reconnaitre le caractère partial et très compromettant de l'implication française au côté du régime génocidaire. Ils sont donc refusés par les responsables français qui sont impliqués, qui les accusent de polémiquer et qui ont toujours une grande influence dans l'appareil d'état français, dont ils considèrent qu'il leur appartient.

Emmanuel Macron a l'ambition de dépassionner le débat. Personne n'est maître des passions, surtout s'il est aussi le "chef des armées", armée très peu objective sur le sujet, juge et partie, qui se sent trop sure de son habitude de triompher facilement dans les prétoires à coups de violons idéologiques et d'astuces bonhommes.

Selon le journal Le Monde du 7 avril 2020, "La commission est « hébergée au ministère des armées » avec à sa disposition cinq bureaux dont une salle de réunion et une salle pour les postes informatiques du réseau interministériel sécurisé. A cause du contexte parfois tendu et des doutes qui persistent entre l’armée et certains médias, elle estime bon de préciser dans son rapport qu’elle « travaille de façon indépendante. »"

Ces conditions matérielles ne sont pas a priori un gage d'indépendance quand on sait à quel point l'armée française est violemment engagée dans la polémique, déplorée à juste raison  dans cette note intermédiaire. La défense nationale  dispose de moyens considérables de guerre psychologique, qui sont rarement d'une grande honnêteté et souvent utilisés contre ce qu'elle considère comme "l'anti-France", voire contre ceux qui pourraient lui apporter de l'eau à son moulin. Elle est capable en outre de moyens beaucoup plus terre à terre et avec un savoir-faire très affiné par l'expérience pour transformer quelques détails matériels insignifiants en grains de sable qui pourront polluer certaines analyses. Le hasard fait si bien les choses, il ne faut pas être paranoïaque, n'est-ce pas ?

Est-on vraiment en sécurité dans l’œil du cyclone ? N'en reste-t-on pas prisonnier par la force des éléments ? La tonalité de ce rapport intermédiaire laisse penser a priori que la voix de la raison serait nécessairement inscrite dans l'espace de la fonction publique. C'est une posture douteuse quand on suit les petits cailloux blancs de la politique française au Rwanda que nous avons ramassés.

Si Vincent Duclert et ses collègues sont capables de traverser le cyclone pour sortir de son œil sécurisant, on apprendra certainement des choses intéressantes. Sinon ils seront lessivés par le cyclone, malgré leurs excellentes méthodes universitaires, car les méthodes ne tiennent que par la rigueur et le courage de leurs artisans. Comment sortir d'un cyclone sans être anéanti par son lessivage ?

Leur petit résumé de présentation des cinq années de présence française dans l'espace de l’entreprise génocidaire rwandaise montre qu'ils ne sont pas encore sortis de l’œil du cyclone, comme le remarque l'association Survie. Certes la commission voit des éléments qui sont à l'extérieur du cyclone, mais seront-ils accessibles sans sortir de cet œil ?

Contrairement à l'association Survie, il me semble qu'il ne faut jamais désespérer des consciences honnêtes même lorsqu'elles sont dans des conditions environnementales périlleuses. Ce n'est pas faute d'avoir rencontré personnellement pas mal d'échecs dans ce genre d'espoir que je le dis encore. Il faut toujours espérer, c'est la seule façon d'ouvrir des dialogues qui tiennent compte des faits constatés, de tous les faits connus.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.