Emmanuel_Cattier
Citoyen actif pour le respect des citoyens de tous les pays par les responsables français, notamment comme webmestre et rédacteur du site de la commission d 'enquête citoyenne sur l'implication de la France dans le génocide des Tutsi.
Abonné·e de Mediapart

125 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 févr. 2020

Un licenciement à la BBC qui attire l'attention

Selon Jeune Afrique un interview d'un "journaliste" français a provoqué le licenciement d'un journaliste de la BBC. Je me permet de rappeler quelques éléments de contexte de ce qui est évoqué dans cet article.

Emmanuel_Cattier
Citoyen actif pour le respect des citoyens de tous les pays par les responsables français, notamment comme webmestre et rédacteur du site de la commission d 'enquête citoyenne sur l'implication de la France dans le génocide des Tutsi.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Selon un article de Mehdi Ba du 8 février 2020 dans Jeune Afrique, "le journaliste congolais Jacques Matand Diyambi a reçu de sa rédaction en chef [BBC Afrique] un courrier lui notifiant son « licenciement pour faute grave », avec effet immédiat. En cause : une interview qu’il avait réalisée en novembre avec l’écrivain Charles Onana, auteur du livre Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise : Quand les archives parlent (L’artilleur), publié un mois plus tôt."; [...] "Dans son courrier, que Jeune Afrique a pu consulter, Anne Look Thiam, la rédactrice en chef de BBC Afrique, à Dakar, reproche au journaliste d’avoir violé les règles internes de la chaîne en matière de traitement impartial de l’information, en s’abstenant de recueillir d’autres points de vue que celui de Charles Onana, notamment celui des autorités rwandaises."

Ensuite sont évoquées deux polémiques BBC-Rwanda, l'une selon laquelle les autorités rwandaises n'auraient rien demandé à BBC Afrique concernant cet article, contrairement à ce qu'affirme la rédactrice en chef, et l'autre rappelle que la BBC en kinyarwanda est interdite au Rwanda suite à la diffusion d'un "documentaire" particulièrement négationniste "The untold story". Enfin une polémique interne à BBC Afrique est évoquée car le licencié est aussi un secrétaire syndical.

Pour lire les propos de Mehdi Ba, il faut être abonné à Jeune Afrique :

Ma lecture de cet article soulève une autre question qui pourrait s'exprimer ainsi : Charles Onana et Pierre Péan seraient-ils à l'origine des dérapages de la BBC dans la publication du film "Rwanda, the untold story" ? Ce film essayait de démontrer les thèses révisionnistes françaises, comme on pourrait le dire élégamment. Mais soyons clair, ce film colportait ce qu'il faut bien appeler la propagande des autorités civiles et militaires françaises de l'époque. On parle de ce "documentaire" dans Wikipédia dans sa version anglaise dans l'article Rwandan genocide denial. Ce film sert surtout le négationnisme français dans la polémique franco française à propos du génocide des Tutsi, sur l'air de "même la BBC le dit".

En tous cas on voit dans cet article que les relations ambiguës entre ces deux sphères françaises et britanniques apparaissent au grand jour. La BBC, trop grosse organisation sans doute pour contrôler tous les "détails" de sa programmation, est peut-être, un peu tard, sur la piste des raisons de son bourbier rwandais.

Ce documentaire, Rwanda, the untold story, traitait essentiellement de l'attentat du 6 avril 1994 et du soi-disant "double génocide" si ma mémoire est bonne. Ce sont précisément les thèmes principaux des interventions systématiques de Charles Onana et de Pierre Péan (décédé l'été dernier). Cet attentat provoque en France une forte mobilisation polémique de militaires et de proches de l'Elysée de l'époque. Pour ma part j'observe que l'épicentre de la désinformation française s'y trouve. Il n'y a pas de fumée sans feu. Le lendemain de ce jour là, il y eut aussi à l’Élysée un acte aussi gravissime que rare : le "suicide" de François de Grossouvre, homme de l'ombre de François Mitterrand qui parait-il suivait de près les questions du Rwanda. Paul Barril affirme dans un livre qu'il fut assassiné. Barril sait probablement que si Barril le dit, personne n'y croira plus. Aucune enquête sur ce suicide. Coïncidence ?

La question de la participation de Français à cet attentat n'a jamais été explorée, malgré des indices. Il a été établi par les députés français que des militaires français étaient sur place. L'un des officiers français affirme même qu'il a entendu le souffle de départ des missiles. Il habitait le camp militaire des génocidaires, comme d'autres témoins, belges, qui ont entendu la même chose. En tous cas ils n'étaient donc pas loin des tireurs. Sur son site internet quand il était encore en activité, le mercenaire Paul Barril, très lié à l'armée française, écrivait, sans doute goguenard comme quand il affirmait sur Antenne 2 avoir récupéré la "boite noire" de l'avion, que ce jour là il était quelque part sur une colline au centre de l'Afrique. L’utilisation du mot "colline" renvoie au pays des mille collines; pour sa part Hubert Védrine écrivit en juillet 2009 dans Politis : "Il est possible que des mercenaires français, ou autres, aient été mêlés à cet attentat". Comme toujours quand il évoque un indice contre la France il dit qu'il ne faut "pas ­sur­interpréter cela". D'ailleurs Hubert Védrine a dit tout et son contraire sur les auteurs de l'attentat depuis 25 ans. Cela s'appelle du brouillage ou de l'incompétence.

Dans le procès contre des responsables rwandais du FPR, en attente de délibéré (3 juillet 2020), la justice française semble se réfugier dans la perspective d'un non-lieu. Qu'aurait-elle à craindre de mettre en examen les auteurs du génocide des Tutsi, puisque les missiles auraient été tirés de leur principal camp militaire selon l'enquête balistique diligentée par les juges antiterroristes français qui succédèrent à Bruguière et qui contredit son ordonnance fumeuse ? La chape de plomb est particulièrement lourde ... Est-ce qu'aujourd'hui encore Emmanuel Macron protégerait la réputation de l'armée française contre la recherche de la vérité sur l'attentat du 6 avril 1994 ? Dans ce cas pourquoi ?

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Inflation : les salariés, éternels dindons de la farce
Avec la poussée inflationniste, les salariés sont sommés d’accepter un recul de leurs revenus réels pour éviter l’emballement des prix. Mais lorsque les prix étaient bas, les salariés devaient accepter la modération salariale au nom de l’emploi. Un jeu de dupes que seules les luttes pourront renverser. 
par Romaric Godin
Journal
Électricité et gaz : les salaires mettent le secteur sous haute tension
Appel à la grève dans le secteur des industries électriques et gazières, le 2 juin prochain, pour réclamer des revalorisations de salaires indexées à l’inflation. Chez RTE, gestionnaire du réseau électrique français, un mouvement social dure depuis déjà depuis treize semaines.
par Cécile Hautefeuille
Journal
Nouveau gouvernement : le débrief de Mediapart
Premier conseil des ministres du deuxième quinquennat Macron ce matin, marqué par l’affaire Damien Abad. Émission consacrée donc à notre nouveau gouvernement et à la campagne législative de ceux qui n’en font plus partie, comme Jean-Michel Blanquer, parachuté dans le Loiret.
par À l’air libre
Journal — Écologie
Planification écologique : le gouvernement à trous
Emmanuel Macron avait promis, pendant l’entre-deux-tours, un grand tournant écologique. Si une première ministre a été nommée pour mettre en œuvre une « planification écologique et énergétique », le nouvel organigramme fait apparaître de gros trous et quelques pedigrees étonnants.
par Mickaël Correia, Jade Lindgaard et Amélie Poinssot

La sélection du Club

Billet de blog
L’École et ses professeurs à bout de souffle : urgence vitale à l'école
Nous assistons aujourd’hui, dans un silence assourdissant, à une grave crise à l’Ecole. Le nombre des candidats aux concours de l’enseignement s’est effondré : ce qui annonce à court terme une pénurie de professeurs. Cette crise des « vocations », doit nous alerter sur une crise du métier et plus largement sur une crise de l’Ecole.
par Djéhanne GANI
Billet de blog
Lycéennes et lycéens en burn-out : redoutables effets de notre organisation scolaire
La pression scolaire, c’est celle d’une organisation conçue pour ne concerner qu’une minorité de la jeunesse Lycéennes et lycéens plus nombreux en burn-out : une invitation pressante à repenser le curriculum.
par Jean-Pierre Veran
Billet de blog
Ndiaye et Blanquer : l'un compatible avec l'autre
« Le ministre qui fait hurler l'extrême droite », « l'anti-Blanquer », « caution de gauche »... voilà ce qu'on a pu lire ou entendre en cette journée de nomination de Pap Ndiaye au ministère de la rue de Grenelle. Beaucoup de gens de gauche qui apprécient les travaux de M. Ndiaye se demandent ce qu'il vient faire là. Tentons d'y voir plus clair en déconstruisant le discours qu'on tente de nous imposer.
par Jadran Svrdlin
Billet de blog
Recrutement enseignant : une crise des plus inquiétantes pour l’avenir de l’école
La crise de recrutement enseignant atteint cette année un niveau largement plus inquiétant que les années précédentes dont les conséquences seront gravissimes pour le service public d’éducation. Elle témoigne, au-delà de ses dénis, de l’échec de la politique de Jean-Michel Blanquer.
par Paul DEVIN