Propagande et forums français

Quand je lis les réactions des lecteurs aux articles des journaux sur internet, je mesure l'effet de 20 ans de propagande française. Car les articles des journaux sont de plus en plus critiques vis-à-vis de la politique française au Rwanda dans les années 90... et tous ceux qui vivaient sur les slogans français sont désorientés.

Ce qui me frappe aussi c'est cette attitude hostile à l'égard de Kagame. "Il est mal placé pour nous donner des leçons"... Mais le FPR n'a pas commis le dixième des crimes de la cinquième République française en Afrique. Il me semble que c'est la France qui est la plus mal placée pour donner des leçons sur le Rwanda à un Rwandais !

Les accusations sur les conséquences de la politique de Kagame au Zaïre/RDC sont très largement mal fondées. Elles ne servent qu'un but : masquer les conséquences de la mise en place au Zaïre/RDC d'une armées en exil, armée par la seule France, pour reprendre le contrôle du Rwanda. Car la stratégie diplomatique et militaire française dans les grands lacs est encore celle-ci jusqu'à plus amples informations. Il ne faut pas comprendre autrement les liens entre les FDLR et l'opposante Victoire Ingabire. Tout cela c'est l'effort, raté, d'une revanche de la France au Rwanda. Et Kagame s'y oppose par tous les moyens. Notre propagande et les ONG des Droits de l'Homme s'en étrangle. Notons que Victoire Ingabire est en train d'être remplacée par Faustin Twagiramungu qui vient de faire alliance avec les FDLR ...

Ce problème se déroule sur la toile de fond des imbrications multiples, en RDC, des jeux des multinationales concurrentes qui s'approvisionnent en matières premières essentielles aux hautes technologies dans l'Est de la RDC. Les groupes locaux violents, radicalisés par la propagande, sont instrumentalisés pour servir la concurrence des multinationales, c'est à dire leurs guerres économiques mutuelles, il s'agit de saper l'approvisionnement de l'autre. Ces matières premières sont acheminées dans les pays occidentaux naturellement, c'est la force de la géographie cette fois-ci, à travers l'Ouganda et le Rwanda jusqu'à l'océan Indien et au-delà vers ces multinationales. C'est la raison pour laquelle beaucoup de ces matières se retrouvent au Rwanda entre autre, qui bien sûr prélève sa dîme. Mais accuser le seul Rwanda de ce "pillage" international est le comble de l'hypocrisie.

 Le plus lourd dans cette propagande française, qui s'appuie d'ailleurs sur celles des gouvernements occidentaux, c'est le fantasme des millions de morts en RDC à cause des deux guerres du Congo. Cela vient d'une ONG, l'IRC, qui probablement pour obtenir des subventions a détourné littéralement les causes de mortalités naturelles. Ce fantasme, jamais étayé, permet aussi de justifier la présence de la Monusco, force de l'ONU - 25723 personnes au 31 janvier 2013 - civils compris - et 1 456 378 300 milliard de dollars de budget pour la période 1 juillet 2013 - 30 juin 2014, probablement la plus coûteuse de l'histoire, au nom "de millions de morts", mais en fait pour asseoir l'exploitations des richesses du Congo par les gouvernements occidentaux et asiatiques, donc du Nord, très soucieux de leur PIB et de la régulation de la concurrence internationale. Selon la seule étude sérieuse qui a été faite sur le sujet, par l'ADRASS, un cabinet démographique belge envoyé par l'Europe pour aider à la préparation les listes électorales en RDC, il n'y aurait eu en fait "que" 183 000 morts, cent quatre vingt trois mille morts, à cause de la deuxième guerre de RDC et non pas, 4 ou 6, voire 8 millions de morts. Une telle différence est incroyable, et, si elle est confirmée, on mesure l'ampleur de la manipulation.

Même le rapport Mapping a botté en touche sur ce dénombrement en affirmant dans une simple note de bas de page n°87 : "L’International Rescue Committee (IRC) a mené quatre études sur la mortalité en RDC entre 1998 et 2004. Selon l’IRC, depuis le début de la deuxième guerre en août 1998 jusqu’à la fin du mois d’avril 2004, environ 3,8 millions de personnes auraient péri, victimes directes ou indirectes de la guerre et des conflits armés. Il est à noter cependant que la méthodologie retenue par l’IRC pour déterminer le nombre de morts indirects repose sur des études épidémiologiques et des estimations de croissance démographique qui ont pu être contestées. Compte tenu de son mandat, il ne revenait pas au Projet Mapping de se prononcer sur le nombre total de personnes mortes ou tuées du fait de la situation en RDC au cours de la période considérée." Pourtant tous les propagandistes affirment que le rapport Mapping de l'ONU accuse le Rwanda de 6 millions de morts en RDC, dans un conflit qui engageait une dizaine de pays africains et les intérêts économiques occidentaux. C'est l'effet Pierre Péan, figure de proue de cette manipulation en France !

Il ne s'agit pas ici de contester les souffrances bien réelles des Congolais, mais l'explication de leurs causes qui sont hélas bien ancrées dans les têtes. En se trompant de causes dans les explications, on entretient ce malheur. Cela explique sans doute que cela perdure malgré de tels investissements internationaux.

Les grands médias français sont détenus par des multinationales qui vivent en partie de cette propagande, et l'Etat français les soutient financièrement. La boucle est bouclée. Voilà pourquoi la lecture de ces forums me donne un sentiment d'impuissance face à cette opinion française déstructurée ! Petit espoir qui porte ses fruits, des équipes de rédaction finissent par écrire contre ceux qui les payent ou s'organisent pour ne plus dépendre de ce circuit malsain.

Lire à propos du rapport "Mapping"

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.