L'idolâtrie criminelle de l'autorité de l'Etat

Combien de Français auront été condamnés en diffamation à cause de cet assassinat de Maurice Audin parce que la justice protège les militaires malgré les faits, les documents et les lois, nationales et internationales ?

Il aura fallu attendre 61 ans pour avoir une reconnaissance partielle des crimes d’État en Algérie, sur un point essentiel : le système institutionnel de la torture, ce qui n’est pas un scoop, mais c'est fait au nom des Français.

Après la reconnaissance par Jacques Chirac de la complicité de l’administration française et de sa police, dans le nazisme, par la poursuite et l’arrestation des Juifs en France, et, notons-le, avec la fourniture de moyens des chemins de fer français vers les camps de la mort, cette nouvelle étape aura permis à Madame Audin d’entendre de la bouche d’Emmanuel Macron une nouvelle partie de la vérité, déjà introduite par François Hollande.

Combien de Français qui cherchaient la vérité auront été condamnés en diffamation à cause de cet assassinat de Maurice Audin, parce que la justice protège les militaires malgré les faits, les documents et les lois, nationales et internationales ? C’est lamentable. Ces méthodes militaires sont criminelles et leurs responsables devraient être jugés comme tels. Mais on n'a pas le droit de dire cela dans notre "démocratie". De plus ces méthodes ont montré leur inefficacité puisque aujourd’hui l’Algérie est indépendante. Un général a pourtant publié un roman qui évoque "une victoire sur le terrorisme" en 1957. Ils ne sont pas lucides. L'État devrait rembourser leurs frais à tous ces Français. Mais l'Etat est un ventre mou. Ses responsables se sont conduits comme des ennemis d'un peuple soucieux de démocratie et de respect des Droits de l'Homme. Et je ne parle même pas des Algériens massacrés comme Maurice Audin. Ça donne honte d'être citoyen français.

Il faut mettre un terme, dans la mentalité militaire, à la tentation de rêver des victoires stupides qui conduisent des peuples dans des drames immenses. On n’avait rien appris de l’Algérie quand on est intervenu au Rwanda et on y a recommencé le même type d’erreurs. "Aveuglement" disait Nicolas Sarkozy en 2010, juste avant de fabriquer une réserve de terroristes et d’esclavagistes en Libye, comme l'ont fait les américains en Irak, malgré la diplomatie française. Et clairement notre armée recommencera comme elle a continué en Côte d’Ivoire en 2004 avec Jacques Chirac, malgré l’expérience du Rwanda entre-temps, en massacrant directement en masse des civils en quelques minutes, comme des terroristes le feront au Bataclan. Et on ne sait probablement pas tout. La propagande française ensuite essaye de justifier ces erreurs en criminalisant à outrance au passage ceux qu’elle combattait. Nos militaires et leurs relais médiatiques, débordants "d'idiots utiles", sont très forts sur la question.

La justice française, très crédule, continuera de protéger les "dérapages" de nos militaires et de nos politiques qui veulent crâner naïvement devant eux en prétendant être plus militaires qu’eux malgré la pluie et le soleil. Pourtant ils donnent l’impression, quand on regarde le fond des choses, de se faire mener par le bout du nez. Notre démocratie est de ce fait entraînée dans une vaste hypocrisie. Trop de Français sont de fait au-dessus des lois, ne serait-ce qu’à cause des coûts des procès, et de tous les recoins des conflits d’intérêts. C’est le fruit de l’impunité et de la déraison d’État.

Emmanuel Macron, à qui le mérite de cette nouvelle étape revient, en tirera-t-il toutes les conséquences ? Ou se contentera-t-il de traiter les affaires d’un passé trop lointain et donc plus faciles à assumer ?

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