La apologistes de la haine anti-Tutsi actifs en RDC et en France

La haine anti-Tutsi s'exprime largement au Congo et en France aujourd'hui

Après avoir écrit hier un article sur les apologistes de l'idéologie génocidaire contre les Tutsi à partir des calomnies qu'ils déversent sur l'une de leurs têtes de Turc, moi-même à cause de ce que je publie sur internet concernant le Rwanda et la RDC depuis presque vingt ans et que je rappelle dans l'article, les articles de JFD et notamment celui du 12 avril 2020, m'amène à vous livrer ce qui suit.

Je tiens d'abord à insister sur le caractère prégnant de cette haine, car mon épouse, Rwandaise, s'est fait plusieurs fois invectivée dans Strasbourg par des Congolais au nom de cette idéologie, depuis plusieurs années. Un jour une commerçante congolaise s'est même interposée pour protéger mon épouse d'un groupe de congolais agressifs dans son magasin. Il est très regrettable aussi que des sections locales d'Amnesty International, et d'autres ONG, soient aussi poreuses à la propagande contre le Rwanda exprimée par certains congolais, des personnes de la mouvance des génocidaires rwandais de 1994 et des thuriféraires des complices français dans le génocide des Tutsi.

Si vous avez le temps lisez plutôt la série de très longs articles que Jean François Dupaquier est en train de publier sur la RDC. Les trois premiers :

Cette haine anti-Tutsi s'est ouvertement exprimée dans une conférence jusque dans l'enceinte du Sénat français, récemment en mars 2020, devant Hubert Védrine, Gérard Longuet et quelques autres sénateurs français, qui de toute évidence ne désapprouvent pas ces propos puisqu'ils ne les ont pas désapprouvés. La même mécanique idéologique que dans la période 1990-1994 au Rwanda avec des responsables français qui s'en foutent. Les mêmes pour certains. Qui ne dit mot consent. Mais c'est sans doute plus grave et probablement, vu leur agencement des choses, s'imaginent-ils que cela sert leur stratégie de défense contre l'accusation de complicité dans le génocide des Tutsi dont l'un d'entre eux est impliqué dans une plainte contre la BNP devant la justice française au sujet de l'armement des génocidaires pendant l’opération Turquoise.

Il sera juste de rappeler que le Docteur Denis Mukwege, le médecin qui répare les femmes et prix Nobel de la Paix, dont les organisateurs avaient sollicité le haut patronage pour "honorer" leur lutte d'influence au Sénat et en France, a refusé de venir, car selon Laurent Larcher (à ne pas confondre avec le président du Sénat) dans le journal La Croix, l'entourage du Docteur a évoqué comme explication le fait que ce colloque serait détourné par les militaires français qui veulent remettre en cause les accusations du Rwanda contre la France.

Selon JFD dans Jeune Afrique, voici ce qui s'est dit au Sénat français en 2020 :

  • "[Martin Fayulu, ancien candidat aux présidentielles de RDC] "s’est lancé dans une violente diatribe anti-Tutsi : « Aujourd’hui, on tue à Beni. […] Aujourd’hui, il y a 300 officiers tutsi au sein des Forces armées congolaises (FARDC). Dans la force publique, l’armée congolaise d’avant l’indépendance, il n’y avait pas un seul Tutsi. Dans l’Armée nationale congolaise (ANC), après l’indépendance, pas un seul Tutsi. Dans les Forces armées zaïroises [FAZ, à l’époque de Mobutu], pas un seul Tutsi ! Et aujourd’hui, plus de 300 officiers et plus de cent généraux tutsi ! Qu’est-ce qui se passe réellement ? Tout est dirigé par Kagame ! […] »
    [...]Adolphe Muzito, coordonnateur de la plateforme d’opposition Lamuka [...]ne répétera pas au Sénat, comme en décembre dernier, à Kinshasa, qu’ « il faut faire la guerre au Rwanda pour rétablir la paix dans la région ». Des propos qui n’ont jamais été condamnés par Martin Fayulu et que chacun en RDC conserve en mémoire. [...]
    Éradiquer « les Tutsi » dans l’armée congolaise ? Et ailleurs dans la société ? Quelques minutes plus tôt, l’historien congolais Isidore Ndaywel avait longuement glosé sur la façon dont la « science historique » permettait d’identifier et de catégoriser les Banyamulenge (un groupe tutsi installé au Congo depuis le XVIIe siècle) des autres Tutsi. Pourtant, dans l’assistance, personne ne relèvera les propos nauséabonds de Martin Fayulu et de ses acolytes."

L'article qui suit, du 12 avril 2020, de la série de Jean-François Dupaquier, hélas très actuel, espérons qu'il ne soit pas prophétique, parle de la chasse aux sorcières contre le Tutsi aujourd'hui en RDC, contre un peuple, les Banyamulenge, rwandophones, qui vivent dans le Kivu depuis des siècles, et sont en ce moment victimes de haine anti-tutsi virulente qui s'exprime de façon aussi radicale que dans la période 1990-1994 contre les Tutsi au Rwanda. Ils sont assimilés à des Tutsi, comme les Bagogwe exterminés au Rwanda dès 1991. Ils n'ont pas envahit le Congo, c'est le roi de Belgique, Léopold II, qui avait déplacé la frontière de la zone objective des territoires rwandais, comme tant d'imbéciles l'ont fait dans les colonies, traçant les frontières en fonction de leurs désidératas. Quand on parle de ces faits historiques, des politiques congolais pensent qu'on veut "balkaniser" leur pays. C'est clairement une expression de la culture française ... comme si des Français étaient source de cette propagande ? En tous cas Pierre Péan est très populaire chez ces raciologues congolais.

Quand on mesure la virulence de cette idéologie en Afrique centrale, peut-être encore plus vive que l'extrême droite néo-nazie en Allemagne, on devrait comprendre la très grande vigilance des autorités rwandaises vis-à-vis de toute trace de l'idéologie génocidaire dans l’opposition rwandaise, au lieu de prendre cela systématiquement comme la volonté de museler cette opposition.

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