France-Rwanda : ENFIN ! Le débat éclate au parti socialiste

ENFIN ! Le débat éclate au parti socialiste sur la complicité politico-militaire mitterrandienne, et à partir de 1993 de cohabitation balladurienne et chiraquienne, dans le génocide des Tutsi

D'anciens ministres PS s'insurgent de propos de Glucksmann sur Mitterrand et le Rwanda
AFP/Justiceinfo 14 mai 2019

Les "éléphants du PS" font mine de découvrir les positions de Glücksmann sur le génocide des Tutsi. Raphaël Glücksmann est pourtant coauteur du film Tuez-les-tous qui est sans appel sur la politique de la France au Rwanda de 1990 à 1994. Vous compléterez utilement ce film par celui de Jean-Christophe Klotz, Retour à Kigali, une affaire française, accessible en bas de cette page de Télérama.

Ceux qui ont tenté d'infléchir la position du PS sur cette implication française savent que plusieurs de ces vieux éléphants font partie du bastion négationniste français le plus scandaleux. C'est condamnable au regard de la réputation des citoyens français. Ils vous disent qu'ils ne nient pas le génocide des Tutsi, c'est vrai, mais ils nient la complicité de la France dans ce génocide, avec l'alibi sibyllin qu'il n'est pas juridiquement établi, et pour cause, la justice ne se saisit pas de cette impunité gravissime, les procureurs français font la sourde oreille. Mais il est déjà établi historiquement avec les documents dont on dispose. Rappelons que la jurisprudence du TPIR n'implique pas que le complice ait partagé l'intention de génocide. Voir ce communiqué de la Commission d'enquête citoyenne (CEC) rédigé à l'époque par des professeurs de droit international de l'université française.

Précisons que le TPIR fut bridé temporellement, avec la participation de la France et son droit de veto au conseil de sécurité de l'ONU, aux exactions commises la seule année 1994. Cela protège les stratèges français de complicité dans la préparation du génocide de 1990 à 1994. On lira avec profit à ce sujet le livre de Rafaëlle Maison "Pouvoir et Génocide dans l’œuvre du tribunal pénal international pour le Rwanda" aux éditions Dalloz.

Je lis avec stupeur que Bernard Cazeneuve, qui fut l'un des rapporteurs de la mission parlementaire sur le Rwanda, aurait aussi signé cette lettre. Rappelons ce dialogue édifiant, retransmis dans les auditions de la mission d'information parlementaire sur le Rwanda, entre le général Varret et Bernard Cazeneuve :

 « …Le Général Jean Varret a souligné que l’ambassadeur souhaitait une redéfinition de la coopération militaire, notamment à l’égard de la gendarmerie rwandaise, qui se comportait en véritable armée, et la transformation de la garde présidentielle en garde républicaine, mais il a jugé que l’objectif souhaité par l’ambassadeur, d’en faire une gendarmerie à la française, n’avait pas été atteint. Il a rappelé qu’à la suite de divers attentats, la gendarmerie rwandaise avait demandé, avec l’appui de l’ambassadeur, une formation d’officier de police judiciaire (OPJ), afin de pouvoir mener efficacement des enquêtes intérieures. Il a précisé qu’il n’avait envoyé que deux gendarmes car il s’était vite rendu compte que ces enquêtes consistaient à pourchasser les Tutsis, ceux que le Colonel Rwagafilita appelait “ la cinquième colonne ”. Cette action de formation a donc échoué. M. Bernard Cazeneuve s’est demandé s’il fallait comprendre que le souhait du Gouvernement rwandais de former des officiers de police judiciaire était en fait motivé par le désir de ficher les Tutsis. Le Général Jean Varret a confirmé que c’était effectivement son sentiment et qu’il avait tout fait pour freiner cette coopération avec la gendarmerie rwandaise, qui est demeurée superficielle. »

Dans le corps du rapport on peut aussi lire une citation du général Jean Varret qui informa les députés de la façon dont le chef d'état-major de la gendarmerie rwandaise lui avait expliqué "la question Tutsie" : "Ils [les Tutsi] sont très peu nombreux nous allons les liquider". Dans son livre, édité en novembre 2018, il complète la citation ..."et cela ira très vite". C'était en décembre 1990, trois ans avant le génocide *.

On pourrait comprendre à première vue que l'attitude du général Varret disculperait les responsables français de complicité dans le génocide des Tutsi. Mais comme il le relate dans son livre, il fut écarté du circuit de commandement à cause de ses réserves sur l'engagement français au Rwanda. Et donc son témoignage accable les stratèges français et justifie les positions de Glücksmann.

Ce témoignage du général Varret n'est pas unique. Plusieurs militaires ont exprimé clairement cette complicité française, notamment Le sous-officier du GIGN Thierry Prungnaud et le lieutenant-colonel Guillaume Ancel. Regardez notamment ce débat à Science Po de Guillaume Ancel face à l'Amiral Lanxade, chef d'état-major de l'époque.

La résistance des éléphants du PS n'est pas nouvelle. Mais elle reste scandaleuse. Aucun débat public n'était possible jusqu'à maintenant au sein du PS sur ce sujet. Ils usent abondamment du téléphone pour faire pression contre toute tentative d'émancipation. Le Docteur Annie Faure, membre de la CEC et du PS, invita les socialistes à le faire le 8 avril dernier :

Les militants socialistes doivent ouvrir les yeux et cesser de mettre Mitterrand sur le piédestal des droits de l'homme. Avec ses conseillers, il a commis de gravissimes erreurs de jugement dans sa politique au Rwanda. Il fut d'une très grande inconséquence. Les jeunes socialistes avaient plusieurs fois exprimé leurs critiques dans le passé. Devenus "grands" ils doivent détrôner ceux qui accablent et accaparent la dignité socialiste et française.

E.C. 15 mai 2019

* Le général de division Jean Varret, chef de la mission militaire de coopération d’octobre 1990 à avril 1993. Audition de la mission d’information parlementaire sur le Rwanda Enquête sur la tragédie rwandaise (1990-1994), Tome III, Auditions, Volume 1, Assemblée nationale 1998  (MIPR). La citation du général Varret montre qu’une partie de cette audition n’a pas été publiée. Rapport des députés français de la mission d’information parlementaire sur le Rwanda Enquête sur la tragédie rwandaise (1990-1994), Tome I (MIPR), page 276 ou PDF page 292.

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