IBUKA : LES RECETTES COMPLOTISTES DE JUDI REVER

Le livre de Judi Rever paru au Canada en langue anglaise tente de protéger les autorités françaises des années 1990 d'accusations de complicité dans le génocide des Tutsi. Ibuka passe ses propos d'un article de Marianne au tamis de l'idéologie génocidaire.

https://www.ibuka-france.org/les-recettes-complotistes-de-judi-rever/

Les articles d'Ibuka

Début du premier article :

  • "Le 21 décembre 2019, le magazine Marianne ouvrait ses colonnes à la Canadienne Judi Rever. Décrite comme journaliste freelance par le quotidien canadien anglophone Globe and Mail pour lequel on nous précise qu’elle a publié « de nombreux articles », Rever est aussi l’autrice du livre In Praise of Blood. The Crimes of the Rwandan Patriotic Front (paru en 2018), que les éditions Fayard renoncèrent à publier en France.[1]
  • Cet ouvrage, comme l’article qui fait l’objet de la présente étude, développe une thèse que résume complaisamment Alain Léauthier dans sa courte introduction : selon l’autrice, le Front Patriotique Rwandais, dont la branche armée était alors dirigée par l’actuel président Paul Kagame, aurait « pris part aux massacres des Tutsis, en infiltrant les milices du Hutu-Power. Avec un objectif politique conduit en tout cynisme : s’imposer comme le seul recours légitime face aux génocidaires. »
  • Autrement dit : pour prendre le pouvoir, M. Kagame avait besoin d’un génocide, qu’il aurait donc préparé, déclenché et auquel auraient participé des commandos FPR, dans le but d’y mettre un terme, afin de se poser en sauveur aux yeux du monde et d’asseoir sa domination sur le pays.
  • L’absurdité fondamentale de ce raisonnement devrait suffire à en invalider le potentiel de persuasion. De fait, l’article de Mme Rever prolonge l’œuvre engagée dès 1994 par les avocats des génocidaires visant à « inverser les rôles, à relativiser, à banaliser, à mentir sur la réalité des faits »[2]. Il conduit également à s’interroger sur l’opportunité de sa publication dans un hebdomadaire français bien installé dans le paysage médiatique.
  • Mais du relais donné à l’idée d’un « génocide des Hutus » dès 2000[3], jusqu’aux propos de sa rédactrice en chef actuelle, soutenant que le génocide de 1994 mettait en présence « des salauds face à d’autres salauds »[4], Marianne a depuis longtemps démontré son obsession pour la réécriture et la falsification de l’histoire du génocide commis contre les Tutsi au Rwanda.
  • Mme Rever creuse donc un sillon déjà labouré dans un sens et dans l’autre, tout en rejetant l’accusation de négationnisme que lui vaut sa thèse.
  • L’article de la journaliste canadienne, ainsi que sa présentation par Alain Léauthier représentent un cas d’école de la rhétorique fallacieuse employée par la nébuleuse négationniste, langue composite mêlant confusion conceptuelle, défaut de rigueur méthodologique et manipulation des faits.
  • Les erreurs factuelles – les mensonges ? – qui grèvent la trame de l’article de Mme Rever ont ainsi été exposés par Raphaël Doridant, dans un article récent, étayé et implacable.[5] La présente analyse se concentrera donc surtout sur les artifices formels mis en œuvre dans le but de rendre plausibles des propos absurdes, stratégie commune à tous les négationnismes, mais qui prend un tour spécifique dans le cas du génocide contre les Tutsi au Rwanda.
  • Il s’agira, dans un premier temps, d’exposer la falsification caractérisée de l’histoire des massacres commis à Bisesero, opérée par cet article ; on verra ensuite comment les outils qu’emploie la journaliste canadienne, par leur manque de pertinence et de rigueur, contribuent à brouiller la lecture générale de la planification et du déroulement du génocide contre les Tutsi au Rwanda ; enfin, un troisième moment exposera les ressorts complotistes qui font de cet article un modèle de discours conspirationniste, dont Marianne semble s’accommoder sans grand scrupule."

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  • [1] « Génocide des Tutsi au Rwanda : les éditions Fayard ne publieront pas le livre controversé de Judi Rever », Jeune Afrique, 22 mai 2019.  Les éditions Max Milo ont depuis annoncé la sortie de sa version française pour la fin août 2020, « Génocide des Tutsi au Rwanda : le livre controversé de Judi Rever paraîtra en France », Jeune Afrique, 9 juillet 2020.
  • [2] Assumpta Mugiraneza, « Négationnisme au Rwanda post-génocide », in Revue d’Histoire de la Shoah, n°190,2009, p.288. Sur ce sujet, voir dans le même volume « L’histoire des vaincus : Négationnisme du génocide des Tutsi au Rwanda », p.299-347.
  • [3] « Le Nouveau Scandale du Rwanda », Marianne, 15 mars 2000. La plume anonyme derrière cet encadré évoque tout de même « l’explosion de haine ethnique dont des centaines de Tutsis ont sans doute été victimes ». Tant de scrupules et d’équivoque en quinze mots confine au chef-d’œuvre.
  • [4] « Le Duel », France Inter, 18 mars 2018.
  • [5] Raphaël Doridant, « Négationnisme : Judi Rever au miroir de Bisesero », Billets d’Afrique, n°268, 06/2020. Consultable en ligne : https://survie.org/billets-d-afrique/2020/298-juin-2020/article/negationnisme-judi-rever-au-miroir-de-bisesero.

 

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