Le beau-frère du "cerveau du génocide" enfin mis en examen par la France

Isaac KAMALI a été mis en examen en France. Déjà le 10 décembre 2008, il y a 13 ans, la cour d'appel de Paris avait émis un avis défavorable à la demande d'extradition du Rwanda. Quelle lourdeur !
  • "Le CPCR se réjouit de cette décision tardive mais ne peut manquer de dénoncer une fois de plus les lenteurs de la justice française. Le courrier adressé au Président de la République après les promesses qu’il a faites à Kigali est resté sans réponse. Nous voulions savoir quelles mesures concrètes seraient prises pour que la France ne reste pas la terre d’asile privilégiée des génocidaires. Une lettre de relance vient de lui être adressée aujourd’hui même."[1]

Le 10 décembre 2008, la cour d'appel de Paris avait émis un avis défavorable à la demande d'extradition vers le Rwanda de ce ressortissant rwandais, réclamé par les autorités judiciaires de Kigali pour sa participation présumée au génocide de 1994[2]. Selon mes sources, ce professeur de mathématique aurait épousé la sœur de Théoneste Bagosora. Il serait donc le beau-frère du "cerveau du génocide". C'est d'ailleurs confirmé par un article en Kinyarwanda[3] dont le titre est selon le traducteur Google : "Paris : dossier du beau-frère du colonel Théoneste Bagosora est de nouveau porté disparu" (visiblement le traducteur de Google se plante sur la "disparition"). Cette proximité avec Bagosora expliquerait peut-être sa protection française, quand on sait qu'un autre "beau-frère", un gendre en fait, celui  du réputé "financier du génocide" arrêté en mai 2020 à Asnière-sur-Seine, fut embauché comme traducteur par le juge Bruguière dans l'affaire de l'attentat "déclencheur du génocide" sur suggestion de Paul Barril et intervint comme consultant dans des négociations d'Areva[4]. Il est devenu un familier des réseaux françafricain.

Par cette manière de traîner les pieds depuis plus de 25 ans, la justice française montre à quel point l'appareil d'état français doit avoir encore du mal, 6 mois après la sortie des rapports Duclert et Muse[5], à s'extraire de son drapé de "digne" complice des génocidaires. Certes, il y a eu quelques procès au bout de 20 ans... dont celui de Simbikangwa et la reconnaissance dans la décision finale de l'existence d'un plan génocidaire contre les Tutsi[6].

Le problème est encore plus aigu en ce qui concerne des responsables de la stratégie française qui sont susceptibles d'avoir été complices dans le génocide des Tutsi, et il y en a selon la définition juridique de la complicité dans ce génocide. Rappelons qu'il suffit d'apporter des moyens en toute connaissance de cause au régime génocidaire pour être complice, même si les suspects ne partageaient pas les intentions du régime. On répète à l'envie dans l'appareil d'état français, depuis 30 ans, que ce ne serait pas un sujet, et on continue malgré les preuves accumulées ! Le régalien français est-il pourri jusqu’à la moelle ?

Emmanuel Macron, le parquet, le parlement et les partis politiques français veulent-ils vraiment mettre leur énergie et leur intelligence pour décoincer l'appareil d'état français sur ces sujets particulièrement graves d'impunité coupable ? Il est permis d'en douter. Mais nous avons fait le choix d'espérer que la justice française s'assainisse !

[1] Isaac KAMALI enfin mis en examen CPCR 16 septembre 2021 (Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda)

[2] Isaac Kamali ne sera pas extradé : à la justice française de jouer ! CPCR 10 décembre 2008

[3] Paris : Dosiye ya muramu wa Col. Théoneste Bagosora yongeye kuburwa Imvaho Nshya 16 septembre 2021

[4] Fabien Singaye, le gendre du génocidaire rwandais Félicien Kabuga MondeAfrique 19 mai 2020

[5] Rapports d'une commission d'historiens français présidée par Vincent Duclert à la demande d'Emmanuel Macron et rapport d'un cabinet d'avocat américains, souvent sollicité dans des affaires d'Etat, le cabinet Cunningham Levy Muse, à la demande du Rwanda

[6] Les procès contre Pascal Simbikangwa CEC 

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