Emmanuel_Cattier
Citoyen actif pour le respect des citoyens de tous les pays par les responsables français, notamment comme webmestre et rédacteur du site de la commission d 'enquête citoyenne sur l'implication de la France dans le génocide des Tutsi.
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Billet de blog 18 avr. 2020

Sujet clé de propagande française : le nombre de Hutu morts au Congo en 1996-1997

Il est très difficile d'avoir des échanges constructifs dans les commentaires du club de Mediapart à propos du génocide des Tutsi et de ses conséquences. Exemple sur le nombre de morts Hutu dans le démantèlement des camps dominés par les génocidaires Hutu au Zaïre en 1996-1997.

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Un interlocuteur agacé avait commenté l'article de Jessica Gérondal, Génocide contre les Tutsi de 1994 au Rwanda: les mots sont importants en ces termes :

  • "15/04/2020 15:49 Par Latude
    Parlez nous donc plutôt des 200 000 Bahutu, hommes, femmes et enfants massacrés en 1996 par Kagame et ses soudards dans les forêts de l’est de la RDC où ces gens s’étaient réfugiés. Ça nous changera du sempiternel dénigrement de la France pour son action humanitaire au Rwanda, tel que le souhaite la vulgate du dictateur Kagame, premier responsable de la tragédie de 1994."

Je lui ai répondu que ce nombre de 200 000 Hutu tués par l'armée rwandaise en 1996 était très exagéré, en citant l'enquête d'un journaliste du journal allemand TAZ :

Début du message du 15 avril 2020 à 18h22 :"A propos des Hutus tués en 1996-1997 au Zaïre/RDC, lire cet article du journal allemand TAZ, écrit par un journaliste qui connait très bien le Kivu, il est membre du Pole Institut de Goma (RDC), et qui a enquêté au HCR et sur le terrain sur ce sujet et recoupé tous les décomptes des divers camps Hutu. Il arrive à la conclusion qu'il ne peut pas y avoir eu plus de quarante mille morts. Soit 5 fois moins que ce que vous dites. L'article est traduit en français par le Docteur Wolgang Blam, qui était au Rwanda pendant le génocide à l’hôpital de Kibuye.

Perdus dans la forêt (période 1996-1997)

A la fin de l'article, il conclut que ces quarante mille Hutu manquant dans le décompte ne sont pas tous morts et que seulement une partie d'entre eux furent victimes des massacres lors de l'attaque des camps, les autres des conditions humanitaires ou cachés dans les forêts et ayant constitué : in fine les FDLR "Front de libération du Rwanda".

  • "Ce nombre comprend aussi des réfugiés dispersés ainsi que les nombreuses victimes des conditions humanitaires catastrophiques. Par conséquent seule une fraction des environ 40.000 réfugiés manquants était bel et bien victimes des massacres. En outre, plusieurs dizaines de milliers des réfugiés du Rwanda vivent jusqu'aujourd'hui au Congo. Les éléments armés parmi eux combattent même aujourd'hui dans la milice FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda)."

Pour aller plus loin, quelque réflexions liées au rapport Mapping

Donc 200000 morts c'est de la pure propagande."

Fin du message

Ma réponse, qui renvoie à des sources consultables et liées dans le commentaire, déclencha une avalanche de 6 messages haineux, insultants et revanchards, dont certains très longs de deux interlocuteurs, "Porfirio" et "Latude" ... qui semblaient vouloir recouvrir mon information d'un tas de rochers pour qu'on ne la voit pas.

Parmi ce flot j'ai relevé ceci :

  •  "J'attends que l'on parle un jour, sur ce média, par exemple du massacre de la clairière de Tingi Tingi (1er mars 1997), l'un des lieux du massacre de ces 200 000 Bahutu dans l'est de la RDC qui a eu lieu entre février et mai 1997 (voir le rapport Mapping pour l'ONU, rendu en 2007" :

Je lui répondis :

début du message le 17 avril 2020 à 10h32 : Vous retournez sur mon message du 15 avril à 18h22, vous cliquez sur Rapport Mapping et sur le premier lien de la colonne bleue à gauche. Vous ouvrez ainsi la page du site du HCDH, Haut commissariat aux droits de l'homme,  où vous trouverez le lien de téléchargement du rapport en anglais et en français (rapport publié en août 2010 et pas en 2007)  et vous allez page 115 à 117 où l'on parle de Tingi-Tingi.

Les morts des personnes tuées à Tingi-Tingi font partie du décompte de Dominic Johnson dans le TAZ. Vos chiffres sont les premiers qui sont sortis à la louche sur certains sites bien intentionnés. Mais le journaliste que je cite a enquêté auprès du HCR et sur le terrain et il affirme, lisez l'article et son décompte très détaillé, qu'il ne peut pas y avoir eu plus 40 000 Hutu tués.

Relisez attentivement l'article du TAZ Perdus dans la forêt (période 1996-1997).

Dans ces quarante mille morts maxi, en faits disparus des radars du décompte du TAZ, il y a ceux qui ont constitué ensuite le groupe militaire  rwandais de l'ALIR qui se réclamèrent plus tard des FDLR et qui sont estimés à plusieurs milliers. :

  • [l'ALIR] compte quelque 10 000 hommes et porte un nom : l’Armée de libération du Rwanda (Alir). Fin 1998, l’Alir dispose, sur le terrain, d’une brigade à Kamina et à Lubumbashi (Katanga), une autre à Mbuji-Mayi (Kasaï oriental) et deux bataillons à Mbandaka et Ikela (Équateur). Ses actions militaires sont appuyées, selon International Crisis Group, par l’aviation et l’artillerie zimbabwéennes et angolaises. D’autres troupes, entre 10 000 et 15 000 hommes, après une déroute dans le nord-ouest du Rwanda, s’installent dans le Masisi (Nord-Kivu) sous le commandement du général Paul Rwarakabije.
    Jeune Afrique : Qui sont les FDLR ? 3 décembre 2007

Il ne vous échappera pas que 10000 + 10000 à 15000 de la déroute du Nord-ouest du Rwanda en 1994, feront 20 000 à 25 000 Hutu fin 1998 en RDC constituant les Hutu en arme issus des camps démantelés par l'APR et l'AFDL. Cela réduit les victimes du démantèlement des camps Hutu par l'APR à 15 000 à 20 000 morts au maximum après déduction sur les 40 000 sortis des comptes du HCR. Et encore parmi ces 15 000 à 20 000 morts, beaucoup sont morts des conditions environnementales de leur fuite, selon de nombreuses analyses.

Donc vos chiffres de deux cent mille morts sont extraordinairement exagérés dans le but de dénoncer un génocide des Hutu par Kagame.

Kagame est votre ennemi notable exécré, vos messages ne le démentiront pas, selon votre patron français impliqué dans les événements du génocide des Tutsi au Rwanda. Il est impliqué notamment en armant ces génocidaires comme l'a reconnu devant les députés français Hubert Védrine, à demi-mots, en 2014, et comme la plainte contre la BNP en cours d'instruction en France en porte l'accusation, et comme le Lieutenant-colonel Guillaume Ancel en a été témoin pendant l'opération Turquoise et l'affirme aussi. J'arrête là la liste, mais il y a d'autres témoignages que nous avons relevé dans notre rapport de la Commission d'enquête citoyenne en 2004-2005."

Fin du message

Nouvelle avalanche de quatre longs messages des deux compères avec des réponses qui n'ont rien à voir avec le nombre de Hutu disparus au Congo, mais qui se répandent en décrédibilisations de Kagame et évidemment en "charmenteries" contre moi. Encore un tas de rocher pour étouffer l'information donnée. Ils ne cherchent pas la vérité sur les faits, mais à étouffer toute objection à leur désinformation qui  instrumentalise le rapport Mapping pour ce qu'il ne dit pas.

Il en ressort donc que ces propagandistes français, de service sur Mediapart, n'ont rien à répondre de sérieux au décompte de Dominic Johnson publié dans le TAZ en Allemagne en octobre 2010.

Cela rappelle un autre dénombrement exagéré, celui des fameux quatre millions de morts en RDC à cause de Kagame, voire 6, 8 et même parfois 12 millions de morts, congolais cette fois et non Hutu rwandais. En réalité, selon deux démographes belges, les seuls démographes qui se soient penchés sur la question au cours d'une mission de constitution des listes électorales pour les présidentielles en RDC, la surmortalité des congolais dans la période 1998-2004  est de 183000 morts dus au conflit de la deuxième guerre du Congo, cent quatre vingt-trois mille morts. On ne peut pas dire que leur travail fut désapprouvé par les congolais, puisque les cartes d'électeurs qui en ont découlé furent déclarées carte nationale d'identité par le parlement congolais.

J'ai traité cette affaire dans cet article du Club de Mediapart :

Alors on me demandera qui est celui que j'appelle le patron français [de ces deux compères] impliqué dans les événements du génocide des Tutsi au Rwanda  ? Ce patron ce sont les personnes en charge de la stratégie française au Rwanda de 1990 à 1994, qui constituent selon le général Jean Varret dans son livre publié en novembre 1998 1 un lobby. Dans ce livre le général Varret raconte qu'il a donné sa démission de l’armée en 1993 à cause du Rwanda, au grand dam de Mitterrand.

Pourquoi une telle propagande, si ce n'est pour établir la théorie négationniste du "double génocide", le deuxième censé justifier le premier en banalisant le tout dans une soi-disant guerre interethnique (!),  dans le but de réfuter les accusations de génocide pour les uns et les accusations de complicité de génocide dans le génocide des Tutsi pour les autres ?

1 Génocide au Rwanda : le général Jean Varret parle d'une "faute" et d'une "responsabilité" de la France - France Culture 14 mars 2019

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