France-Rwanda, la politique des petits pas

La conférence de presse commune entre le président Paul Kagame et le Président Emmanuel Macron ouvre une lucarne sur l'avenir des relations entre la France et le Rwanda. Le chemin ouvert apparait à bien des égards très original.

Quand on écoute les deux présidents dans cette conférence de presse, dont on a l'impression bizarre que l’Élysée n'a pas rendu toutes les questions, dont on devine le dureté, qui auraient pu être posées, on est frappé par la gravité et la retenue du ton qu'ils emploient. Cela rappelle le climat de la conférence de presse à Kigali au moment où Sarkozy avait parlé "d'aveuglement" à propos de la France. Mais la grande différence est que Sarkozy pensait trouver la bonne formule qui réglerait tout, alors qu'Emmanuel Macron à Paris avance à petit pas et décrit le paysage dans les grandes lignes et, sans dénis de points de réflexion, en proposant de l’étudier ensemble.

Mais ce qu'Emmanuel Macron ne dit pas, qui est la conséquence de ses propos pour qu'ils prennent corps, c'est comment chaque "éléphant" de la classe politique des années 1990, chaque membre de la mission d'information parlementaire,  chaque conseiller de l’Élysée, chaque membre de l'état-major, chaque officier, chaque soldat, chaque membre des renseignements français, chaque fonctionnaire diplomatique, chaque banquier français, va accepter de laisser examiner tel ou tel aspect de ce que nous appelons la complicité française dans le génocide des Tutsi. Car si cela existe, cela n'a pas été fait par "Personne". "Personne" n'existe pas.

Mais ce que Paul Kagame ne dit pas, c'est jusqu'où ira sa patience devant l'extraordinaire lenteur française à reconnaître ses actes et la virulence de certains négationnistes de l’implication française dans le génocide des Tutsi qui, jusqu'ici, semblent soutenus en sous-main.

L'autre impression est que les deux présidents semblent avoir séparé le règlement du passé et l'action politique actuelle, avec l'idée sous-jacente que la confiance mutuelle serait la clé de la réussite des deux volets. En ce sens Paul Kagame et Emmanuel Macron ont exprimé par exemple qu'ils soutenaient la candidature de Louise Mushikiwabo, ministre des affaires étrangères du Rwanda, à la tête de l’OIF.

Mais il convient de souligner que le président français n'envisage pas de nommer un ambassadeur de France au Rwanda dans l'immédiat. Cela peut paraître paradoxal, mais cela signifie aussi que pour l'instant tout passe par le dialogue direct entre les deux présidents, comme s'ils voulaient que ce dialogue soit protégé des parasitages éventuels d'officines lobbyistes internes aux administrations.

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