Rwanda, le renoncement préparé de la démocratie française à ses valeurs fondamentales

Comme toujours, quand il y a un crime, il n'a été exécuté par PERSONNE et PERSONNE est aussi son complice. Le génocide des Tutsi ne fait pas exception à la règle.

Dès que les faits ont lieu au Rwanda, ou en relation avec la politique française au Rwanda entre 1990 et 1994, la justice française est frappée de cécité, si des responsables français sont concernés. Ce qui est juridiquement inacceptable en France pour de simples affaires de droit commun, devient, si cela s'est produit au Rwanda, des faits "mal établis" présentés avec "mauvaise foi".

En France, on poursuit des complices de malfaiteurs  dès lors qu'ils ont fourni une arme, un plan, une liste de personnes à cibler, un scooter, une voiture, des renseignements utiles au crime.

Les autorités françaises connaissaient dès 1990 l'intention de génocide du régime rwandais qu'elles soutenaient, comme nous l'a appris le rapport parlementaire français. L’armée française a pourtant fait la même chose, mais  de façon exponentielle, que les petits complices de crimes de droit commun  : elle a fourni des tonnes d'armes et des véhicules militaires malgré les embargos des accords de cessez-le-feu, puis de l'ONU pendant le génocide, participé à l'élaboration des plans de batailles, informatisé le fichier central rwandais, (rebaptisé fichier des "personnes à rechercher et à surveiller") un mois après la publication d'une définition de "l'ennemi principal" précisé explicitement  comme étant "le Tutsi de l'intérieur et le Tutsi de l'extérieur" (alors que nos députés remarquèrent ensuite que l’armée rwandaise était "commandée indirectement" par les officiers français), tenu des barrières dès 1991 en faisant des contrôles "ethniques" suivis de mise à mort immédiate par des miliciens (selon mon épouse), entraîné des miliciens (selon le témoignage d'un gendarme du GIGN et de nombreux témoignages rwandais), soutenu une stratégie de retard d'action à Bisesero pour éviter de secourir des victimes de massacres génocidaires, ou voulu  conduire une stratégie offensive avec des moyens aériens contre ceux qui arrêtaient le génocide sur le terrain (projet de l'armée semble-t-il stoppé au dernier moment par L'Elysée), comme en témoigne le Lieutenant-colonel Guillaume Ancel, et un de ses collègues (selon La Croix), aidé dans sa fuite au Zaïre le gouvernement génocidaire et la plupart des petits bras du génocide. Le tout donc au bénéfice clair d'un régime génocidaire.

Qu'on articule les choses, ou qu'on les prenne en détail, cela révèle toujours une aide exponentielle par rapport aux contributions des complices poursuivis pour des crimes habituellement jugés en France. Mais les responsables militaires et politiques ne sont même pas mis en examen par la justice française. Soit elle n'est pas indépendante, soit elle manque d'envergure.

C'est tout simplement honteux. Dans ces conditions, se moquer des régimes totalitaires ou dictatoriaux devient proprement ridicule.

Cf. Article de Médiapart Massacre de Bisesero au Rwanda: fin de l'enquête, pas de mise en examen

Cf. Article de RFI : Massacre de Bisesero au Rwanda: Survie n'entend pas lâcher le morceau

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