France-Rwanda, après le rapport Duclert, quel horizon ?

Le Monde de ce jour, titre sur son site internet, "Pour le général Jean Varret, le rapport Duclert sur le Rwanda permet de « sortir de vingt-six ans de débats stériles »".

Le général Jean Varret fait partie de ces militaires qui ont sauvé l'honneur de la France dans cette criminalité de l'Etat français au Rwanda. Il importe de préciser les raisons de ce qu'il appelle un "débat stérile".

Ceux qui ont alimenté ce débat par du négationnisme sont la cause de cette stérilité. Globalement, les institutions françaises refusaient de croire les "anti-France" désignés par Pierre Péan et son ombre Charles Onana, puis sa fille idéologique Judi Rever et leurs commanditaires et associés : quelques politiques, hauts fonctionnaires et officiers arrogants.

La véritable histoire des génocides rwandais © Bernard Debré La véritable histoire des génocides rwandais © Bernard Debré

Ces commanditaires et associés ne sont autres que ceux que le rapport Duclert a plus ou moins désignés : le noyau Élyséen et militaire de l’État-major de l'époque et certaines de leurs ramifications transversales à la politique politicienne, voire à partir de mars 1993, cohabitantes et plus ou moins sous-traitantes de l’Élysée. Comme le répète à l'envi Alain Juppé, "Si c'était à refaire, je referai la même chose". Le dira-t-il encore ? Le parti socialiste, derrière son égérie Hubert Védrine, continuera-t-il à merdouiller à la soviétique dans sa débilité confondante sur ce sujet, malgré les efforts de quelques militants éclairés et compulsivement ridiculisés par le bureau politique ? Continuerons-nous à voir des politiciens parisiens soutenir la création d'une rue Bernard Debré à Paris, alors que, apôtre du "double-génocide" négationniste,  il a écrit un livre stérile titré de façon on ne peut plus claire : La véritable histoire des génocides rwandais ?

En combattant le négationnisme stérile de ce noyau, qui se dit républicain, nous, les "anti-France", avons provoqué, de fait et à la longue, l’Élysée à ouvrir les archives, après bien des hésitations stériles et hollandaises, dont les sabots ne décollaient pas de la Lorraine. Pardon aux Lorrains pour cette image de la chanson, notamment à l'auteur opiniâtre de cette remarquable base de données documentaire sur le Rwanda FrancegenocideTutsi. Nous, les "anti-France", sommes donc les inspirateurs de la création de cette commission pour clarifier ce qui avait  été enfumé. Sans notre combat cette commission, dont le général Varret se réjouit, n'aurait jamais existé.

La commission d'historiens présidée par Vincent Duclert refuse de reconnaître cette complicité, malgré ses constats "accablants", que nous ne pouvons que souligner. Cela rappelle malgré tout la conclusion stérile de Paul Quilès,  qui présidait la mission d'information parlementaire sur "la tragédie du Rwanda" et selon lequel la France n'avait rien à se reprocher, malgré certains contenus et annexes de son rapport, dont les propos rapportés du général Varret, qui nous montraient manifestement le contraire.

Deux juristes figuraient dans cette commission créée par Emmanuel Macron. L'un d'eux est un spécialiste du droit constitutionnel. Il a signé le rapport, et donc sa conclusion ! L'autre, M. Christian Vigouroux, précise le rapport parmi quelques motivations relativement secondaires, a quitté la commission "le 28 février 2021" après "un désaccord sur l’organisation de la phase finale de rédaction du rapport et d’élaboration de ses conclusions"1. Il serait intéressant que ce Monsieur précise son désaccord.

Pour ma part, je ne peux que remarquer que la loi française ne permet pas d'appuyer la conclusion du rapport Duclert d'absence de complicité des autorités françaises dans le génocide des Tutsi :

  • La loi française dit : " Est complice d'un crime ou d'un délit la personne qui sciemment, par aide ou assistance, en a facilité la préparation ou la consommation.
    Est également complice la personne qui par don, promesse, menace, ordre, abus d'autorité ou de pouvoir aura provoqué à une infraction ou donné des instructions pour la commettre." Article 121-7 du Code pénal français.
  • En ce qui concerne le droit international, la France est soumise à la jurisprudence du Tribunal pénal international pour le Rwanda qui affirme qu'il n'est pas nécessaire de partager l'intention génocidaire pour être complice dans le génocide des Tutsi. Se reporter à mon article précédent : France-Rwanda  : La complicité dans le génocide des Tutsi.

Il est donc clair que la conclusion de non-complicité dans le rapport Duclert est purement politicienne et non pas juridique. Maintenant, ceux qui ont mis la France dans cette situation de complicité dans le génocide des Tutsi, et refusent encore de le reconnaître, risquent de devenir les véritables anti-France. 

C'est donc désormais à la Justice de faire enfin son travail. Je le dis, bien que je n'ai aucune confiance dans la justice de mon pays. Elle a commis tellement d'injustices sur ce sujet comme sur d'autres. (Hier encore elle a réussi le tour de force malsain de prononcer une condamnation contre une entreprise pharmaceutique gravement frauduleuse, en ponctionnant un bonbon au chocolat dans sa cagnotte accumulée en jouant sur la vie de malades). Il est temps en France que la morale républicaine passe avant des calculs politiques, y compris dans la tête des magistrats. Les "affaires" dégringolent les unes après les autres.

Tous les historiens qui le souhaitent doivent continuer librement cette enquête hors du carcan d'une commission officielle. Ce rapport Duclert a remis à l'heure les pendules déréglées par les négationnistes français. Nous devons remercier la commission présidée par Vincent Duclert pour cela. Il reste à régler les minutes et les secondes qui recèleront des surprises encore plus accablantes. Nous le savons car nous connaissons des archives particulièrement compromettantes que cette commission n'a pas traitées. Il reste du boulot !


Notes
1- page 8 du rapport Duclert

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