Les Féministes n'aident pas les Femmes Musulmanes en France en soutenant les Lois Racistes. (Christine Delphy)


Traduction (rapide) d'un article de Christine Delphy paru dans The Guardian daté du 20 Juillet 2015

http://www.theguardian.com/lifeandstyle/womens-blog/2015/jul/20/france-feminism-hijab-ban-muslim-women?utm_content=buffer3340a&utm_medium=social&utm_source=facebook.com&utm_campaign=buffer&CMP=Share_AndroidApp_Add_to_Buffer

Les Féministes n'aident pas les Femmes Musulmanes en France en soutenant les Lois Racistes.

Le courant féministe majoritaire français est-il raciste? J'ai co-fondé Nouvelles Questions Féministes avec Simone de Beauvoir en 1977 et je participe depuis longtemps au Mouvement de Libération des Femmes (MLF), mais il est de plus en plus clair pour moi que l'attitude française envers le hijab et les femmes musulmanes n'est pas seulement incompréhensible, mais répréhensible.

 

La première loi ouvertement anti-musulmanes a été votée en 2004, interdisant aux écolières de porter le foulard. Elle est fondée sur la conviction que «les signes religieux" sont contraires à la laïcité - la laïcité politique. Mais la campagne idéologique contre l'Islam a commencé il y a plus de 40 ans. Le Journaliste Thomas Deltombe établi que, entre les années 1980 et le milieu des années 2000, pas une semaine ne passait sans que l'un ou l'autre des deux hebdomadaires principaux français ne demande: "Faut-il avoir peur de l'islam?» Ou «L'Islam est-il incompatible avec la démocratie?".

 

Les quotidiens, les programmes de radio ou de télévision ont présenté la même obsession. Cela c'est aggravé au cours du temps, et en mêm temps le public est devenu convaincu que la civilisation occidentale été menacée par l'Islam en général, et que ce danger été incarné en France par les 5 millions de fils et filles d'immigrés d'Afrique du Nord, qui peuvent être ou ne pas être musulmans, vivant en France.

 

Maintenant, la laïcité est utilisé comme argument contre les musulmans. Cette loi a subi une réinterprétation radicale par les politiciens, les journalistes et les lobbyistes, et a été falsifiée. Comme l'a écrit Saïd Bouamama en 2004, la version française de l'islamophobie, en essayant de passer pour une laïcité politique, est tout simplement une façon de rendre le racisme respectable. Même avant que la loi de 2004 n'exclue les adolescentes portant le voile dans les écoles - violant ainsi leur droit fondamental à l'éducation – des groupes de féministes françaises, ayant pignon sur rue, n'acceptés pas les femmes portant le voile dans leurs réunions.

 

Ces groupes ont décidé dès le début que ces femmes ne pouvaient pas être féministe, le hijab étant un symbole d'oppression, il était bien sur contre tout ce que le féminisme combat. Quelques-unes d'entre nous ce sont opposés à cette loi discriminatoire en commencant à discuter si les talons hauts, le rouge à lèvres et de multiples signaux de la féminité pourraient tout aussi bien être étiquetés symboles d'oppression.

 

C'est faire preuve d'ironie: on suppose que ces femmes sont obligés par leurs hommes de porter un foulard, et la solution à cette influence indue est de les expulser de l'école et de les renvoyer à ces mêmes familles oppressives. Si les féministes françaises ont vu les musulmanes voilées comme des femmes opprimées, c'est au contraire, une raison pour ne pas les expulser de l'école ou pour restreindre leurs mouvements, et pour les soutenirs. Dans tout le pays, les femmes musulmanes ne sont pas considérées comme «réellement» françaises.

 

Dans ces conditions, porter de façon ostensible un signe religieux, peut avoir l'une ou la totalité de ces nombreuses significations: cela peut signifier que les femmes musulmanes expriment leur solidarité avec des personnes du même groupe racial; cela peut signifier une tentative d'échapper à cela en se réfugiant dans la spiritualité qu'offre la religion, cela peut être une manière cachée de montrer sa défiance à l'égard du système. Les femmes qui portent un voile partagent l'oppression patriarcale, avec un handicap supplémentaire, celui de la discrimination raciale.

 

Les féministes blanches devraient accepter que ces femmes puissent développer, en fonction de leur situation, leur propre féminisme, et que ce féminisme prenne leur culture islamique en compte. Au lieu de cela, mes collègues féministes participent à l'élargissement d'une des pires déchirures au sein de la société française, alors que le temps est compté.

 

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