Marc-Arthur Kohn : “On sous-estime l’art contemporain chinois”

Après une vente dédiée à l’art contemporain chinois le 12 juin dernier - dont les résultats ont atteint des sommets -, le commissaire-priseur parisien Marc-Arthur Kohn revient sur ces nouveaux venus sur la scène internationale dans la création artistique du XXIe siècle.

Une méconnaissance de l’art contemporain chinois

Selon Marc-Arthur Kohn, la connaissance globale de l'art contemporain chinois, avant 2006, était quelque peu limitée. Bien que la Chine ait été inscrite à la Biennale de Venise pour la première fois en 1993, l’influence était jusqu’alors restée très limitée. À une certaines époque, il était rare que l’on considère les expositions artistiques chinoises comme incontournables. Par ailleurs, la méconnaissance même de cette région du monde limitait la croissance du marché et l'empêchait de fonctionner à son niveau optimal. 

 

L’épanouissement tardif de l’art contemporain chinois

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Le processus d'accommodement et d'acceptation d'une culture de l'art contemporain a également été progressif en Chine. D’après Marc-Arthur Kohn, l’art n’a longtemps été utilisé qu’à des fins de propagande afin d’assurer la communication de Mao Zedong et pour promouvoir les valeurs de la République populaire de Chine. Durant la révolution culturelle de 1966-1976, le développement de l’art et de la culture en général n’a pas été encouragé un euphémisme dans la bouche cet esthète qui pèse savamment ses mots. Au contraire, toute expression créative qui ne répondait pas aux exigences du régime pouvait faire l’objet d’une condamnation. Après la mort de Mao en 1976, les artistes chinois de l'Avant-Garde se sont saisi de cette nouvelle liberté artistique et ont donné naissance à l'art contemporain chinois. 

L’influence des mécènes et des autorités publiques


Aujourd’hui, la scène artistique chinoise, qui s’est considérablement agrandie, compte environ 1 million d’artistes contemporains qui parviennent à vivre pleinement de leur travail. En Chine, Marc-Arthur Kohn a vu la pratique artistique s’enraciner partout. Chacune des province du pays possède une académie qui forme, durant deux ans, les futurs représentants des arts graphiques et calligraphiques chinois. 

Les autorités chinoises, après s’être montrées méfiantes vis-à-vis des artistes chinois et de l’art en général, ont pris conscience de l’influence de l’art dans le développement d’une politique de soft-power. C’est pourquoi elles achètent elles-mêmes beaucoup d’oeuvres d’art. En parallèle, les mécènes contribue largement à l’essor de l’art chinois. Chaque année, plus de 400 musées ouvrent leur porte en Chine.

 

Des collectionneurs de plus en plus nombreux

 

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Présente à Pékin ou à Shanghai, une nouvelle classe de collectionneurs commence à émerger dans des villes moyennes comme Shenzhen ou Nanjing. Progressivement des clubs d’amateurs d’art voient le jour comme à Shanghaï ou Hong Kong. Si s’agit pour ces collectionneurs de réaliser le meilleur investissement possible, ils souhaitent également soutenir le marché de l’art chinois.

Aujourd’hui, affirme Marc-Arthur Kohn, ce sont les investisseurs chinois continuent de faire avancer le marché, pourtant l’art contemporain chinois offre de belle opportunités. En 2011, une œuvre de l’artiste Zhang Xiaogang s’est par exemple vendu à plus de 10 millions de dollars. La même année, "Aigle suspendu sur un pin" de Qi Baishi a obtenu 65.5 millions de dollars. Alors que le nombre de milliardaires à explosé en Chine, la quantité de personne en capacité d’investir dans le domaine de l’art croît. Or, cette tendance contribue à augmenter les prix.  

 

Des artistes "bankables"


Les œuvres d'artistes chinois contribuent aujourd'hui plus que jamais à la croissance économique globale du marché de l'art. Aujourd'hui, cinq artistes chinois figurent dans le top 10 mondial des artistes contemporains. Zeng Fanzhi (39,2 M €), Zhang Xiaogang (30 M €), Chen Yifei (283 M €), Wang Yidong (16,2 M €) et Zhou Chunya (14,5 M €) figurent désormais tous devant les groupes de Damien Hirst et Takashi. Murakami. 
Pour les années à venir, il peut aussi être utile de surveiller l'évolution de certains noms comme Sun Yuan, Peng Yu, Wang Qingsong, Wang Guangle, Cao Fei, MadeIn, Liu Wei et Jia Aili. C’est artistes sont les valeurs les plus prometteuses pour le marché de l’art chinois. 

Une baisse de croissance du marché

 

La baisse de la croissance chinoise et la campagne du président Xi Jinping contre la corruption ont des répercussions non négligeables sur le marché de l'art. Actuellement le marché chinois est condamné à décroître. Mais cela n'est que provisoire...

Dans un contexte de prix élevé mais de valeur incertaine, beaucoup de personnes se demandent si continuer à investir dans le marché de l’art contemporain chinois est avisé. Cette méfiance est d’ailleurs justifiée car il est devenu de plus en plus périlleux d'investir sur le marché de l’art. Les cotes des artistes évoluent très rapidement. Parfois, tout change en quelques mois. Cela d’autant plus que la cote d’un artiste peut être poussée artificiellement. 

Le conseil de Marc-Arthur Kohn pour éviter toute erreur est de se tourner vers des professionnels du marché de l’art. Grâce à une connaissance approfondie du marché et de l’évolution de la cote des artistes, ils sont capables d’apporter à l’acheteur certaines informations qui garantiront la valeur de son investissement. D’autant plus que la scènes artistique chinoise à encore beaucoup à offrir.

 

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Marc-Arthur Kohn, l’art pour passion.

Né le 24 mai 1946 à Paris, Marc-Arthur Kohn n'en est pas à son coup d'essai. Condamné à réussir dans le marché de l'art, il a en effet été élevé dans le monde de la peinture grâce à sa mère, une turinoise spécialisée dans le vente d’art moderne. De par son père, qui est d’origine anversoise, le commissaire-priseur, appartient à une prestigieuse famille du monde de la finance.

Une thèse saluée à l’École du Louvre. 

Après avoir étudié au lycée Jean-Baptiste Say du XVIè  arrondissement de Paris, Marc Arthur Kohn, qui se passionne pour l’art et rêve de devenir conservateur, s’inscrit à la prestigieuse École du Louvre. Cette école historique a formé, depuis la fin du XIXè siècle, les les professionnels du patrimoine (conservateurs de musée, historiens de l’art etc.) les plus renommés. 

Il passera trois années (1964-1967) à étudier la muséologie au sein de cette institution et préparera une thèse (1968-1973) sous la direction des professeurs Michel Laclotte (ancien directeur du Musée du Louvre) et Maurice Serullaz (ancien inspecteur général des musées), deux hautes figures de l’École du Louvre. A l’issue de cinq longues années de travail, Marc-Arthur Kohn s'apprête à passer en soutenance sur le thème des  « Peintres lyonnais du XIXè - Essai de catalogue raisonné ». Malheureusement, à quelques jours de passer devant le jury, il se rend compte que toutes les bases sur lesquelles reposent sa thèse sont fausses. Grâce au travail d’un autre spécialiste de l’art, il réalise il réalise que l’ensemble des descriptions de dessins, pourtant soigneusement consignées, sur lesquelles il s’était basé sont erronées. Trop superficielles, ces descriptions ne font pas mention du type de mine utilisé dans la réalisation des œuvres. 

Grâce aux observations faites par Marc-Arthur Kohn, tous les catalogues ont depuis été corrigés. Petite révolution, l’intégration de ces détails reste encore aujourd’hui l’un des moyens les plus fiables d’éviter la diffusion de copies et des imitations d’œuvres d’art. Son honnêteté et son travail permettent à Marc-Arthur Kohn d’obtenir une mention très très bien avec les éloges du public et de devenir major de promotion.

Une passage par l’armée

Après ses premières trois premières années à l’École du Louvre, Marc-Arthur Kohn est contraint de passer son service militaire, obligatoire jusqu’à sa suppression le 28 mai 1996. Pour la petite histoire, les étudiants en Histoire de l’art bénéficiaient d’un sursis jusqu’à une dispute entre  André Malraux et Edgar Faure qui décide de le supprimer. Voisin d’Edgar Faure à l’époque, Marc-Arthur entend la dispute et apprend en direct connaissance du sort qui l’attend.

A la fin de l’année 1967, Marc-Arthur Kohn fait donc une préparation militaire supérieure (PMS). A cette occasion, il gagne par deux fois le record de France du parcours du combattant. Très vite, le Général-Commandant de Fort de Vincennes lui propose de diriger quelques cours d’histoire sur l’évolution de l’armement. Le Général souhaite également qu’il rejoigne le domaine de la coopération. Or, Mark-Arthur Kohn, qui se destine à devenir conservateur,  estime que les délais de préparation du dossier (3 à 4 ans) sont trop contraignants. Un instant, il pense pouvoir occuper la Chaire d’Histoire de l’art de l’Université de Beyrouth que lui proposent le Louvre et le Ministère des Affaires étrangères, mais la Guerre des Six jours éclate.

Sans poste, et dans l’incapacité de rejoindre l’Armée, il collabore quelques mois avec les services des Affaires étrangères avant de s’envoler vers l’Éthiopie où il devient professeur de français. Malheureusement, il rentre très vite rapatrié en France afin de recevoir un traitement contre le paludisme. En parallèle, il réussit tout de même ses examens.

La découverte du métier de commissaire-priseur.

Alors qu’il travaille sur son projet de thèse, Marc-Arthur rencontre une commissaire-priseur qui lui propose une collaboration. D’abord réticent en raison de son peu d’intérêt pour les matières juridiques, elle parvient malgré tout à le convaincre. Cette décision détermine le reste de son avenir professionnel : sans en prendre conscience tout de suite, il renonce au métier de conservateur et entame une longue carrière de  commissaire-priseur. 

Après quelques mois d’étude à Lyon, la carrière de commissaire-priseur de Marc-Arthur Kohn prend un tournant. D’abord engagé comme clerc, Marc-Arthur est rapidement chargé par la Chancellerie d’administrer provisoirement une étude de Bourg-en-Bresse, tombée en déconfiture - ses propriétaires ont été condamnés pour vol et malversations graves. Il sera le premier, et l’une des rares personnes en France, a être nommé administrateur provisoire de l’étude de commissaire priseur du département de l’Ain.  Deux ans plus tard, en 1974, il remporte le concours national qui désignait le bénéficiaire d’un titre définitif d’administrateur.

Une expertise et une expérience appréciées. 

Bien qu'il pensait devenir conservateur de musées, Marc-Artur Kohn officie comme commissaire-priseur depuis maintenant 42 ans. Après avoir occupé l'étude de Bourg-en-Bresse jusqu'en 1994, il s'est installé dans le triangle d'or parisien où  la Chancellerie de Paris et la Compagnie de Paris lui proposent d’acquérir une autre étude.

Puisque la loi interdit l’administration de plus d’une charge, Marc-Arthur Kohn vend son étude de Bourg-en-Bresse et s'installe définitivement à Paris où il devient commissaire-priseur et opérateur de ventes volontaires de meubles aux enchères publiques (OVV) à Paris, où il poursuit depuis son activité. 

Commissaire-priseur extrêmement réputé, Marc-Arthur Kohn a participé à de nombreux événements  internationaux comme la biennale de Venise et les salons de Maastricht et de Bâle. Il a aussi travaillé à Divonne-les-Bains et en Suisse où il a organisé de nombreuses ventes (tableaux, sculptures, mobilier ancien, etc.). Il a également remis de nombreux prix aux meilleurs artisans français spécialisés dans les métiers de l’artisanat. 

Parmi les œuvres dont il a assuré la vente, les plus belles sont L'home blessé de Courbet, de nombreuses vues d'Etretat, des peintures de Pierre Bonnard et des pièces de mobilier exceptionnelles signées par Henry Dasson.

En raison de son excellente réputation de le métier des arts, Marc-Arthur Kohn a plusieurs été sollicité par de grands musées nationaux pour présenter certaines œuvres en sa possession. C’est ainsi qu’il a pu collaborer avec plusieurs musées comme ceux de Cluny et de Versailles. 

En raison de son expertise dan le domaine de l'art moderne, il a intégré un comité de cinq membres spécialisés sur l’étude des œuvres d’Utrillo non-référencées dans les catalogues. Ce comité, qui possède une aura internationale, permet à Marc-Arthur Kohn de travailler avec des collectionneurs du monde entier. 

Sa collaboration avec les plus grands marchands d'art témoignent de la qualité de son travail  et de sa connaissance de l'art. Bien qu'il eusse aimé intégrer l’École des Chartes, Marc-Arthur Kohn n'éprouve aucun regret et continue de se délecter des trésors qui passent sous son marteau...

 

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