L’école et le processus créatif

par CAPITAINE publié sur le site web de EPISTAIME le 13 MARS 2019

L'école que nous connaissons tous est née d'un besoin d'industrialisation à une époque où l'Humain a commencé à développer son profit de manière ostentatoire. Le but de l'école est alors d'obtenir un diplôme en vue d'obtenir un travail. C'est un discours que longtemps nos parents nous ont tenu qui nous faisait croire que le travail aidait au bonheur et qu'on trouvait enfin la liberté une fois que l'on signait un CDI, une pensée qui a largement dominé le XXe siècle, mais celle-ci se retrouve en fin de course. Mais travail et emploi ne sont pas exactement la même chose. On peut alors être employé dans une banque ou on peut être artisan, l'un est employé, l'autre est un travailleur. À l'heure où les contrats de travail ne profitent qu'à l'employeur et à l'heure du processus d'inflation académique, c'est à dire que les diplômes connaissent un accroissement tel que la valeur de ces derniers disparaît. Nous percevons donc dès maintenant le besoin d'innovation de l'éducation et donc de l'école.

Dans tous les systèmes éducatifs connus les matières enseignées sont hiérarchisées: mathématiques, langues, sciences humaines et en bas de l'échelle les arts (arts qui sont eux mêmes hiérarchisés). Ce traitement implique une hiérarchisation de l'intelligence; il convient de repenser cette situation qui bloque et enferme le talents des enfants afin d'amener l'école publique à un nouveau fonctionnement. Car il est important de faire savoir aux jeunes qu'ils sont différents en intelligence et qu'ensemble ils contribueront à mettre en commun pour un avenir meilleur et que la standardisation nous fera échouer tous ensemble. D'après Sir Ken Robinson, expert en éducation, l'intelligence est composée en trois parties: elle est variée, elle est dynamique et elle est distincte. (1)

 

(1) : conférence de Sir Ken Robinson, expert en éducation. © TED

Tout le monde est un génie. Mais si on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu'il est stupide.

Albert Einstein

La multiplication des bullshit jobs (2) est un exemple concret de la nécessité de changer l'école. Les gens sont éloignés par l'école de leur talents naturels, quand bien même ils continuent d'aimer leurs passions. La conception même de l'éducation et de l'instruction est flouée par nombres de personnalités du milieu éducatif qui ne perçoivent pas l'utilité de changer de méthode ni même de programme, car considéré comme acquis. Alors que le changement doit s'inscrire pour les jeunes, par les éducateurs, par les enseignants, par les concepteur de technologies à but pédagogiques et évidemment par les parents. Cet héritage doit cesser. Il ne s'agit pas de réforme, ni de transformation, ni d'ordonnance, il s'agit ni de nous ni de vous, il s'agit d'être et avoir. Nous nous devons de remettre en question nos héritages et nos parents.

L'éducation et l'école doivent s'adapter aux enfants et non à l'industrialisation, valoriser les talents créatifs pour permettre à chacun de s'épanouir comme la nature devrait s’épanouir. Il s'agit de mettre en place une éducation et une instruction adaptées et évolutives en fonction de l'enfant et non des besoins des entreprises, replacer l'Humain et son indissociable environnement au centre des préoccupations car nul ne se ferait sans l'autre. Le rôle de l'éducation est d'éveiller la créativité, car elle est ce qui permet l'innovation, c'est pourquoi la hiérarchisation des matières ne doit être même pour tous, il est important d'être éveillé mais actuellement nous somnolons. La normalisation des élèves n'est pas la réponses. (3)

La France apparaît 27ème sur 72 pays au classement PISA (Programme International du Suivi des Acquis des élèves) de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique) de l'année 2015. Et elle pointé du doigt car le système français est l'un des plus inégalitaire du monde. Plus de 100 000 jeunes décrochent chaque année du système scolaire sans diplôme ni formation. Les milieux les plus favorisés réussissent le mieux alors que les milieux "défavoriser" sont laissés pour comptes. Dans l'ensemble des décrocheurs seul 5 % sont des enfants de cadres et 45 % sont des enfants d’ouvriers. Ainsi 90 % des enfants de cadres supérieurs obtiennent un baccalauréat, en comparatif ce n’est que 40 % des enfants d’ouvriers. Et il est une chose à noter c'est que les deux-tiers des écoliers actuels exerceront des métiers qui n'existent pas aujourd'hui et que la moitié des métiers existants seront habilités par des machines via l'informatique et les intelligences artificielles. (4)

Alors comment renouveler l'éducation et répondre aux problématiques d'aujourd'hui afin d'innover pour les métiers de demain ? Travail ou emploi, l'un n'est pas meilleur que l'autre, mais c'est aux jeunes de trouver la voie qui leur convient le mieux, de trouver le métier où ils seront créatifs. Et nous nous devons de mettre en pratique les moyens de les aider à accomplir le meilleur d'eux-mêmes, comme le fait si bien Young-Ha Kim, écrivain coréen. (5)

(5) : Soyez un artiste maintenant par Young-Ha Kim, écrivain Coréen. © TED


Choisissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie.

Confucius

Quelles sont les méthodes reconnues dans le monde qui font face à ce défi ?
À Singapour, la réussite scolaire passe par la discipline et la compétition, parfois au détriment de l'élève mais toujours pour le succès du pays. Cette méthode a fait ses preuves car elle termine numéro 1 du classement PISA de l'OCDE en 2015. Une position occupée autrefois par la Finlande qui porte son éducation sur la coopération. Un environnement serein et le "faire avec ses mains" (pédagogies Freinet et Montessorie) occupent aussi une place importante dans le programme d'enseignement de ce pays. L'apprentissage passe par la technologie en Californie avec le développement des MOOC (Massive Open Online Course) soit "formation en ligne ouverte à tous". La Silicon Valley fait se rencontrer éducateurs/trices et ingénieur/es afin de rechercher et de mettre en place des supports pédagogiques innovants. Ce qui donna l'idée à quelques professeurs et corps académiques du Golden State d'inclure les supports dématérialisées dans une école (en dur) pour une éducation qui passerait donc par des supports numériques et digitales "en heures libres" et un par le tutorat des professeurs "en heures fixes". (6)

Le progrès des neurosciences permet une meilleure compréhension du cerveau; ces études nous permettrons de mieux connaitre les difficultés du cerveau dans l'apprentissage, et ainsi d'initier des méthodes qui se voudront fructueuses. Mais les neurosciences ne sont pas la réponse absolue, il ne faut pas oublier l'environnement social et culturel de l'enfant, les sciences cognitives doivent être complémentaire d'une école équitable. Favoriser l'innovation sans volonté d'éliminer toutes les inégalités renforcerait le grand fossé actuel du système éducatif français.

Le succès des élèves ne pourra se faire sans le succès des enseignants et des éducateurs. Il est donc tout aussi important d'innover dans les méthodes de formations de ces derniers. Mais par quoi passe le succès ? D'après Idriss Aberkane (7) et l'enquête de Richar St John (8), l'amour et la passion peuvent être la clé du succès. Ce n'est pas une destination, ce n'est pas une mécanique. Le succès qui accompagnera l'éducation qui nous permettra de développer nos talents est organique, c'est une boule d'énergie !

(8) : Le succès d'après Richard St John. © TED

Pour qu'un enfant grandisse, il faut tout un village.

Proverbe africain


Sources :

(2) : https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2016/04/22/dans-l-enfer-des-jobs-a-la-con_4907069_4497916.html
(3) : voir les conférences de Sir Ken Robison :
https://www.ted.com/talks/sir_ken_robinson_bring_on_the_revolution/transcript
https://www.ted.com/talks/ken_robinson_how_to_escape_education_s_death_valley/transcript

(4) : https://www.inegalites.fr/Comment-l-elitisme-social-est-maquille-en-elitisme-republicain?

(6) : Un petit tour du monde des pédagogies reconnues dans le monde d'après Frédéric Castaignède : à découvrir en vidéo ou en livre :
Le modèle asiatique / La coopération de la Finlande / La tech de la Silicon Valley
Documentaire disponible sur Youtube :
Episode 1 : https://www.youtube.com/watch?v=453i3gPTgVM
Episode 2 : https://www.youtube.com/watch?v=f5hUm9GmjYQ
Le livre : https://boutique.arte.tv/detail/demain-lecole

(7) : https://www.youtube.com/watch?v=cSRXw8scDnY

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