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Billet de blog 26 mai 2022

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Damien Abad: coup de boutoir contre la République

Le maintien de Damien Abad est un énième coup de boutoir contre les principes républicains et démocratiques (suivi d'une "Histoire de macronistes" par Marlon Brando / Colonel Kurtz)

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Damien Abad est accusé de viol. Le nouveau ministre des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes handicapées a annoncé qu'il ne quitterait pas le gouvernement.

Il garde, pour l’instant, « toute la confiance » de l’exécutif, selon la formule consacrée. On peut critiquer ce fait et jeter l'opprobre sur le président Macron et la nouvelle Première Ministre. Ils peuvent cependant arguer de la présomption d'innocence. C'est inconfortable et difficilement tenable mais pourquoi pas... On l'avait déjà expérimenté avec la nomination de Gérald Darmanin, accusé de faits similaires, en 2017.

Ce qui pose problème, et qui a très peu été repris par les médias, est sans doute la déclaration de Monsieur Abad sur les ondes radio au lendemain de la révélation: il s'en remet, dit-il, aux électeurs qui seront les "juges de paix" lors des législatives. Autrement dit, la justice se fait dans les urnes. En 2022.  Pas au 19ème siècle. En République française. Pas dans l'Amérique de Trump.

Comment un ministre en fonction peut-il piétiner ainsi l'Etat de droit?

Ce n'est malheureusement que le dernier exemple de la longue série d'incartades - c'est un euphémisme - qui ont émaillé la politique française sous le règne d'Emmanuel Macron.

 Le ton a été donné dès le sacre du monarque au soir de sa victoire en mai 2017. Sa longue marche solitaire et sa déclaration devant la pyramide du Louvre auraient dû nous mettre la puce à l'oreille. Ce n'était qu'un début ("continuons le combat" comme dirait l'autre...).

Dans la foulée, Monsieur Macron a convié son homologue russe, Vladimir Poutine, en grande pompe, dans le faste monarchique de Versailles (encore).

Deux mois plus tard, Monsieur Macron - je n'ose l'appeler "président" tant son mandat s'apparente à un règne monarchique - grillait la priorité à son Premier Ministre fraîchement nommé en s'adressant au Congrès (Assemblée Nationale et Sénat) à Versailles (toujours), avant le discours de politique générale d'Edouard Philippe, affichant son mépris pour le principe éminemment républicain de la séparation des pouvoirs. Une partie de l'opposition avait d'ailleurs, à juste titre, boycotté la "cérémonie".

Le mandat jupitérien (sans commentaires) pouvait commencer.

Tandis que le scandale de l'affaire Benalla commençait à enfler et à parasiter le début du quinquennat, Emmanuel Macron, face aux parlementaires de la majorité et face aux caméras, vociféra : "S'ils veulent un responsable, il est devant vous! Qu'ils viennent le chercher! Et ce responsable il répond au peuple français, au peuple souverain». Macron affichait crânement son impunité – je suis hors des lois et n’ai pas à rendre de comptes à le justice de mon pays. Il est vrai qu’il est constitutionnellement irresponsable de ses actes. Cette disposition est ancienne : elle est héritée de la monarchie (« le roi ne peut mal faire »). Néanmoins, il faut noter que peut être envisagée la destitution du chef de l’État par le Parlement constitué en Haute Cour en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat  (article 68 de la Constitution). À voir au prochain scandale...

La crise sanitaire liée au Covid-19 a révélé au grand jour cette propension à l’autocratie : les décisions ont été prises lors de « conseils de défense» dont la constitution s’est faite au bon vouloir du prince. Assemblée Nationale ignorée, contenu et prise de décision opaques : on a connu système plus démocratique.

On pourrait ajouter à ces coups portés au pacte républicain la présence d’un ministre de l’intérieur aux côtés des policiers manifestant devant l’Assemblée Nationale et remettant en cause la Justice, événement saisissant de 2021 dont le caractère "irrépublicain" n'avait ému personne si ce n'est la France Insoumise et quelques associations de gauche.

On pourrait ajouter la connivence avec des régimes autoritaires en échange de juteux contrats d’armements (une longue tradition).

On pourrait ajouter la non-reconnaissance de l’union de la gauche sous l’appellation NUPES lors du futur comptage des sièges de députés aux prochaines élections législatives.

On pourrait ajouter le non-respect de la promesse républicaine de prendre en compte la volonté des électeurs de gauche qui ont permis l'élection d'Emmanuel Macron, et ce pour empêcher l’extrême droite d'accéder au pouvoir.

On pourrait ajouter le pilotage des politiques publiques par les consultants du cabinet McKinsey.

La liste est longue.

 Monsieur Abad s'en remet donc aux électeurs qui sont les "juges de paix". Un ministre bafoue les principes républicains.

Malheureusement, c’est toute la république qui, sous la présidence d’Emmanuel Macron, s’émancipe de l’Etat de droit.

Histoire de macronistes par Marlon Brando (Colonel Kurtz, Apocalypse Now) © Chaîne youtube En Même Temps

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