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Billet de blog 30 juin 2022

Nomination de Blanquer à l'université Paris 2 : un scandale peut en cacher un autre

Les déclarations du président de l'université Panthéon-Assas ont révélé au grand jour un secret de polichinelle (suivi d'une vidéo hilarante "Histoire de macronistes" par le génial réalisateur David Lynch).

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La création d'un poste sur mesure à l'Université Paris 2 pour Monsieur BLANQUER a provoqué, à juste titre, l'ire des professionnels de l'enseignement supérieur. Dans le contexte actuel où les postes, et plus généralement les moyens, manquent, c'est effectivement un scandale. Tout a été dit par d'autres, ne nous étendons pas davantage.

En revanche, il est un scandale dans le scandale qui est, à mon avis, passé largement inaperçu.

Ce scandale, c'est celui de l'acceptation résignée d'une situation consternante et de pratiques éhontées (tous les qualificatifs les plus dépréciatifs et les moins nuancés sont ici pertinents).

Ainsi, dès l'annonce de l'ouverture de ce poste spécialement créé pour le ministre battu aux élections législatives - un parachute doré pour hommes politiques désavoués donc -  le président de l'université Panthéon-Assas Stéphane Braconnier a tenté de désamorcer la fronde qui s'annonçait. Il a, dans un premier temps, souligné les états de service et la qualité de l'impétrant, agrégé de droit public (en 1996) et spécialiste de droit constitutionnel et de droit public comparé. Soit. On pourrait ergoter et remarquer que le susnommé JM Blanquer n'a pas exercé depuis une vingtaine d'années, mais en ces temps de "job-dating" où l'urgence et la désinvolture avec laquelle on recrute  les enseignants dans certaines académies abaissent les exigences sans que personne ne s'en émeuve, on n'est plus à ça près. "Plus c'est gros, plus ça passe", comme le disait naguère le philosophe corrézien Jacques Chirac.

Le second scandale réside dans le constat établi en creux par Stéphane Braconnier dans la suite de ses propos. Il se réjouit ainsi de la venue de M. Blanquer "à un moment où la concurrence entre les établissements d'enseignement supérieur devient plus vive que jamais". Attention, révélations: les dernières réformes de l'université visant une autonomie accrue ont instauré une concurrence préjudiciable à cette dernière! En lieu et place d'une saine émulation s'est donc installée une concurrence qui, apparemment, mettrait à mal le bon fonctionnement des universités, et qui, comme toute situation concurrentielle, laisserait certains sur le carreau. Au moins, c'est dit: la réforme de l'enseignement supérieur a anéanti l'idéal républicain  d'un système égalitaire, vestige du "monde d'avant". Pour promouvoir la venue de l'ancien ministre, Stéphane Braconnier poursuit dans une argumentation de la même veine, quoiqu'encore plus scandaleuse: l'université "pourrait bénéficier des contacts [de JM Blanquer] (...). Cela serait particulièrement précieux dans une période où plusieurs projets d'envergure sont lancés, qui nécessitent, pour certains, de nombreux appuis."

On reconnaît ici donc l'existence d'une université à 2 vitesses, la mise en place d'un système reposant sur le clientélisme, le favoritisme et les arrangements entre amis. Qu'on recrute un ministre pour qu'il active ses réseaux et favorise une université (au détriment d'autres, par définition) est non seulement acceptable mais finalement souhaitable et  "normal" . Normalement scandaleux. C'est doute cela que Jean-Michel Blanquer appelait "L'école de la confiance".

Une histoire de macroniste par David Lynch. © Chaîne youtube En Même Temps

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