Le bilan morose de l’Afrique du Sud

Longtemps considéré comme un moteur pour son continent, l’Afrique du Sud vit aujourd’hui une période difficile tant sur le plan social qu’économique. Mouvements de contestation, ralentissement de la croissance, la situation est complexe. Et ce n’est pas en 2016 que la tendance devrait s’inverser.

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2016, année du renouveau en Afrique du Sud ? Aucun spécialiste ne risque à avancer une telle hypothèse tant la situation du pays paraît très difficile. L’un allant généralement avec l’autre, c’est à la fois sur les terrains économiques et sociaux que l’Afrique du Sud  apparaît en difficulté. Les tensions ne cessent de se propager dans tout le pays au point de créer de véritables cassures.

Une croissance économique qui tourne au ralenti

En 2015, la croissance de l’Afrique du Sud a été de 1,4 %, bien loin des 5 % de moyenne que le pays connaissait dans les années 2000. Première conséquence, le chômage reste toujours a un niveau incroyablement haut de 25 %. A cela s’ajoute une importante hausse des prix, en raison d’une période de sécheresse jamais vue depuis 30 ans.

Mais les difficultés sont également présentes dans des domaines stratégiques. Alors que la production d’électricité n’atteint pas la demande, le secteur minier vit un épisode de grèves à répétition. Et pour ne rien arranger, les États-Unis ont menacé d’exclure le pays de l’Agoa, le traité de libre échange entre les États Unis et l’Afrique en raison du blocage des importations des produits américains.

La situation politique dégradée

Face à tout cela, le président Jacob Zuma, au pouvoir depuis 2009, a, ni plus ni moins décidé au début du mois de décembre, 2015 de limoger son ministre des Finances Nhlanhla Nene, très respecté dans le pays. Son remplacement par l’un des proches du président a provoqué un véritable scandale dans l’opinion publique qui a fait ressortir tous les maux enfouis de la société sud-africaine.

Les manifestations se sont donc multipliées dans le pays pour demander la démission du chef de l’Etat, désormais considéré comme corrompu et égoïste. Si Jacob Zuma est depuis revenu sur sa décision avec la nomination de Pravin Gordhan, lui même ancien ministre des Finances entre 2009 et 2014, le mal est fait, avec une chute de la monnaie nationale, le rand, de près de 5 %.

Au delà des contestations sociales, c’est bien dans les urnes que le président devrait être sanctionné lors des prochaines élections locales au mois de mai. Son parti, le Congrès national africain (ANC), risque en effet de perdre plusieurs villes importantes comme Port Elizabeth. C’est en tout cas la position de Moeletsi Mbeki, de l ‘Institut Sud-Africain des Affaires Internationales, rappelant qu’une défaite à ces élections locales pourrait accentuer la pression sur Jacob Zuma avec même la possibilité d’un déplacement du pouvoir à l’intérieur de l’ANC.

Les prochains mois seront donc décisifs pour l’avenir de l’Afrique du Sud, avec de possibles changements, forcés, au plus haut sommet de l’État.

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