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Billet de blog 12 oct. 2015

Bouamatou, grain de sable dans les relations mauritano-marocaines ?

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La discorde entre le président mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz, et son cousin, le richissime homme d'affaires Mohamed Ould Bouamatou, est sans doute l'un des feuilletons politiques les plus célèbres de la région. En tentant de cristalliser les tensions entre le Maroc et la Mauritanie, Bouamatou chercherait à nuire à Abdelaziz. Mais dans quel but ?

Maroc-Mauritanie, des relations tendues

« La densité des relations entre le Maroc et la Mauritanie reste exceptionnelle. » Pour Alain Antil, directeur du programme Afrique subsaharienne à l'Institut français des relations internationales (IFRI) – et, par ailleurs, spécialiste de la Mauritanie –, inutile de s'inquiéter : « Il n'y pas de remise en cause durable de la position [de Nouakchott] vis-à-vis de Rabat. » Le pure player marocain Lakome n'est pourtant pas de cet avis. Juste avant d'être fermé par le gouvernement marocain en 2013, le site d'information titrait en effet : « Le Maroc est-il en train de perdre la Mauritanie ? » L'interrogation avait occupé la scène médiatique régionale, à l'époque, et venait clore une succession de couacs diplomatiques entre les deux pays.

En cause : le royaume chérifien reprochait au président mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz, sa tentative de rapprochement vis-à-vis du gouvernement algérien. Le Maroc et l'Algérie sont en effet opposés depuis plus de trente ans dans le conflit du Sahara occidental, Alger soutenant l'organisation d'un référendum sur l'autodétermination du peuple sahraoui, tandis que Rabat en revendique la souveraineté. A ce titre, la Mauritanie, au cœur d'une relation triangulaire très sensible, ne peut faire un geste à l'égard d'une partie sans agacer l'autre. « Les relations du président Abdelaziz avec chacun des deux pays sont en dents de scie : ni vraiment bonnes, ni vraiment mauvaises », résume un patron de presse mauritanien.

Aujourd'hui, pourtant, impossible de nier que l'entente entre Rabat et Nouakchott n'est pas au rendez-vous. Si, pour certains, la froideur des relations entre les deux capitales tient essentiellement à ces raisons géopolitiques, d’autres estiment que l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou y a largement ajouté son grain de sel, profitant de sa position stratégique pour discréditer Abdelaziz auprès du pouvoir Marocain.

Mohamed Ould Bouamatou, business et ambitions politiques

A 55 ans, le cousin de l'actuel président mauritanien, banquier et patron à la tête d'un groupe industriel et financier prospère, réside aujourd'hui à Marrakech, l'une des villes les plus importantes du royaume chérifien, depuis laquelle il gère ses affaires. Et d'où il doit faire face à des procédures fiscales lancées depuis la Mauritanie à l'encontre de plusieurs de ses sociétés. Certaines, comme Bouamatou Ciment, sont même menacées de fermeture pour cause de non paiement des impôts ou fraude fiscale : Nouakchott réclamerait ainsi quelque 4 milliards d'ouguiyas (un peu plus de 12 millions d'euros) au groupe Bouamatou SA. Une raison suffisante pour que le richissime homme d’affaires cherche à nuire au régime d’Abdelaziz en dégradant sa réputation auprès du Maroc, partenaire économique incontournable ? Peut-être. Ce n’est pourtant pas la seule grille de lecture possible.

Le 8 août dernier, Bouamatou lançait depuis la Belgique une Fondation pour l'égalité des chances en Afrique. S'il s'agit, officiellement, de développer la démocratie et de lutter contre la pauvreté, certaines voix s'élèvent à Nouakchott pour dénoncer une tentative de déstabilisation du pouvoir en vue de la présidentielle de 2019. La fondation servirait de cheval de Troie à l’homme d’affaires pour noyauter les réseaux d’influence mauritaniens, et « servir ses ambitions », selon Africa Intelligence.

Dans ses tentatives de déstabiliser le pouvoir, Bouamatou serait allé jusqu’à s’offrir l'appui d'un média influent dans la région : le pure player d'investigation Mondafrique, au capital duquel il est entré. Mondafrique qui, évidemment, ne se prive pas de taper sur le président Abdelaziz, lequel a d'ailleurs reproché à Nicolas Beau, le directeur du site d'information, de rouler pour son cousin. L'ancien journaliste du Monde et de Libération, en tentant de se défendre, a reconnu que son site vivait grâce à des mécènes... dont fait partie Bouamatou – actionnaire à hauteur de 10 %.

Que veut vraiment Bouamatou ? Les appuis dont il profite dans le milieu de la presse et ses activités associatives utilisées comme moyen d'influencer la vie publique et politique ne doivent probablement pas être perçus comme de simples façons de nuire à la réputation d’Abdelaziz. S’il s’est improvisé détracteur en chef de son cousin, Bouamatou a sans doute d’autres ambitions que de jouer au poil à gratter. Impossible de ne pas discerner dans ces manœuvres une stratégie politique. Bouamatou chercherait-il à accéder à la présidence du pays ? L’hypothèse n’est pas à écarter. Reste que les méthodes utilisées pour y parvenir apparaissent bien peu démocratiques.

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