Guerre civile au Soudan du Sud, les dérives d'un conflit interethnique

Le Soudan du Sud est dans l'impasse Le Soudan du Sud est dans l'impasse

Depuis qu’il est devenu un Etat indépendant le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud (officiellement la République du Soudan du Sud) a été marqué par la guerre, d'abord avec son voisin du nord, puis par une guerre tribale d'une violence inouïe. Ce conflit oppose les partisans du président Salva Kiir et ceux de son ancien vice-président - limogé en juillet 2013 - Riek Machar. Le premier avait accusé le second d'avoir tenté de prendre le pouvoir lors d'un coup d'Etat le 15 décembre de la même année, mettant le feu aux poudres.

Partis de violences opposant deux factions de l'armée à Juba, les affrontements se sont très vite étendus à tout le pays et ont dégénéré en massacres inter-ethniques entre les partisans le président étant membre de la tribu Dinka - la plus importante du pays - et son rival, membre de la tribu Nuer. Avec Riek Machar en fuite, les deux forces s'affrontent désormais sans merci pour prendre le contrôle des villes pétrolières.

Hommes, femmes et enfants sont pris pour cible en raison de leur origine ethnique. Aucun bilan global n'existe sur l'ensemble du conflit sud-soudanais mais l'International Crisis Group estime qu'au moins 50. 000 personnes ont trouvé la mort. Selon le journal britannique the Guardian, certains analystes estiment que ces chiffres pourraient être doublés - des estimations d'autant plus alarmantes que ce conflit n'a pas plus d'un an.

Depuis le début des hostilités, deux millions de personnes ont été déplacées et la moitié de la population est aujourd'hui soutenue par l'humanitaire. Plus de 479 000 personnes ont fui vers les pays voisins dans des conditions révoltantes. De plus, le pays a est au bord de la famine et l'ONG Oxfam tire la sonnette d'alarme : le Soudan du Sud fait face à une grave crise alimentaire avec près de 2,5 millions de personnes qui pourraient subir la faim.  Ce conflit risque également de laisser une profonde cicatrice démographique dans la population sud-soudanaise, avec un recours important aux enfants soldats. L'Unicef estime que 12.000 ont été enrôlés de force. 

La Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss) multiplie les rapports accablants faisant état de véritables opérations de purification ethnique. Le dernier en date concerne une attaque le 15 avril contre la ville pétrolière de Bientu (nord). Des hommes fidèles à l'ancien vice-président Riek Machar ont tué au moins 287 civils réfugiés dans une mosquée, avant de tuer 19 civiles dans l'hôpital de la ville. Les rebelles ont également pris le contrôle d'une station de radio, d'où ils ont appelé les hommes à violer les femmes des tribus rivales et à bouter les autres groupes armés hors de la ville. «Les victimes ont été délibérément visées sur la base de leur ethnie, nationalité ou soutien résumé pour l'une ou l'autre partie au conflit», écrivent les enquêteurs de la Minuss.

Alors que les observateurs abandonnaient tout espoir de voir se conflit se régler dans un futur proche, le gouvernement de Salva  Kiir a annoncé l’organisation d’élections  présidentielle et  législatives entre le 1er mai et le mois de juillet 2015. Cette évolution dans la crise intervient alors le gouvernement organise une amnistie pour les personnes qui ont commis des crimes contre la République du Soudan du sud, mais également  dans un contexte où les  belligérants ont renouvelé leur engagement à mettre en œuvre de bonne foi  l’accord conclu l’année dernière à  Addis-Abeba  en  Ethiopie. Cet accord prévoyait notamment la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Pour la première fois, une issue crédible au conflit est possible. Reste à voir si les parties joueront le jeu…

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