L’Union Africaine à la croisée des chemins en 2016

Pour l’Union Africaine, l’année 2016 aura valeur de test pour sa crédibilité et surtout pour son avenir politique. Parmi les dossiers que l’organisation devra impérativement traiter durant l’année, celui de la situation au Burundi prendra une place particulière.

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En pleine période de vœux pour la nouvelle année, l’Union Africaine (UA) a dû en formuler plusieurs à propos de sa propre survie. Alors que le continent africain fait face à des défis majeurs pour son développement, terrorisme ou encore changements climatiques pour ne citer que les principaux, l’UA masque difficilement ses propres difficultés. Et le dossier explosif du Burundi pourrait bien être celui de trop.

Une organisation « plombée » par le désaccord entre ses États-membres

L’histoire de l’UA n’est pas un long fleuve tranquille depuis sa création en 2002, sur les cendres de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), elle même succédant à l’Union des États africains (UEA). Les désaccords entre ses États-membres sont d’ailleurs le lien commun entre ces trois organisations africaines. Et c’est aujourd’hui le principal point noir de l’organisation, auquel il faut ajouter des problèmes récurrents de trésorerie.

A titre d’exemple, le dernier sommet de l’organisation africaine en juin 2015 à Pretoria (Afrique du Sud) est particulièrement représentatif de cette situation. Ainsi, alors que la Cour pénale internationale (CPI) avait adressé une demande d’arrestation à son encontre, le président soudanais, Omar El-Béchir, s’est tranquillement rendu au sommet et en est reparti sans le moindre problème. Alors que les chefs d’inculpation n’étaient rien de moins que crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide…

Le Burundi, catalyseur des démons de l’Union Africaine

Mais c’est sans aucun doute sur le dossier du Burundi que l’Union Africaine joue une grande partie de son avenir. Depuis l’été 2015 les violences se multiplient et trouvent leur origine dans la modification de la constitution par le Président Pierre Nkurunziza. Face au problème, le Conseil de paix et sécurité de l’UA avait pourtant mis en garde le gouvernement, pour l’instant sans effet.

Une mission de stabilisation, pouvant aller jusqu’à 5 000 hommes, était alors évoquée en fin d’année pour empêcher les actions de répression sanglantes. La notion de «génocide » a même été employée pour justifier l’envoi de cette force armée. Mais depuis cette décision, rien n’a bougé et le Burundi continue de s’enfoncer dans la crise.

C’est tout d’abord le Burundi, membre de l’UA, qui empêche le déploiement des militaires de l’Union. Le Gouvernement, par la voix de son porte-parole adjoint, a menacé : « Si les troupes de l’UA venaient sans l’aval du gouvernement, il s’agirait alors d’une force d’invasion et d’occupation ». L’UA, qui n’est jamais intervenue sans l’aval des autorités locales, va donc devoir aller contre ses pratiques antérieures si elle souhaite résoudre le conflit au Burundi.

De plus, l’UA doit aussi compter sur la communauté internationale et particulièrement l’Organisation des Nations Unies (ONU), cette dernière ayant toujours soutenue les actions de l’Union. Or aujourd’hui, un mandat de l’ONU n’est que difficilement envisageable en raison des blocages probables venant notamment de la Russie.

Enfin, si l’Union africaine se décidait à passer outre toutes ces difficultés, elle se retrouverait tout de même face à des questions pratiques : quelle force envoyer ? Avec quels fonds ? A la première question, l’UA compte sur la Force africaine en attente (FAA) et sa composante régionale est-africaine. Sauf que celle-ci n’a jamais été déployée et les tractations avec les pays l’alimentant seront longues sachant que l’un des pays n’est autre que…le Burundi. A la seconde question, la situation même de l’UA permet d’y répondre.

La situation au Burundi est donc celle qui pourrait crédibiliser l’Union africaine, si cette dernière parvient à intervenir et empêcher le conflit de prendre des proportions encore plus dramatique. Au contraire, si l’organisation ne parvient pas à empêcher un nouveau génocide sur le continent africain, son existence ne tiendrait plus à grand chose.

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