Afrique : la société civile se mobilise pour faire de l'éducation une priorité

En Afrique subsaharienne, plus de 56 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans – soit un jeune sur trois – n’ont pas achevé leur scolarité primaire. Une situation critique dénoncée par de nombreuses ONG, en Europe, mais aussi directement sur place.

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Un tiers des enfants ne finissent pas l'école primaire

L'Afrique subsaharienne a le plus mauvais taux de scolarisation des enfants au monde. Et cette scolarisation va décroissante entre l'enseignement primaire, le premier cycle de secondaire (collège) et le deuxième cycle de secondaire (lycée). A peine deux tiers des enfants – quand ils sont scolarisés – finissent l'école primaire. On assiste à partir de là à une perte de plus de 15 % à chaque étape, pour finir avec seulement 20 % des enfants qui achèvent le second cycle du secondaire. Cette déscolarisation endémique a un impact indéniable, non seulement en termes de bien-être et de sécurité des populations, mais plus globalement sur le développement économique, social, sanitaire et environnemental du continent.

La scolarisation des filles est particulièrement critique. Après les pays arabes, l'Afrique subsaharienne est le territoire sur lequel les filles sont le moins scolarisées par rapport aux garçons. L'UNICEF a pourtant établi les effets positifs de la scolarisation féminine, notamment sur la réduction de la mortalité infantile. En Côte d'Ivoire, selon la moyenne nationale, 76 enfants de moins de cinq ans meurent sur 1000 naissances. Ce chiffre monte à 103 si la mère n'a pas été scolarisée, mais tombe à 53 si elle a achevé le cycle primaire. Il passe à 30 si elle a achevé le premier cycle secondaire et à 24 pour le second cycle secondaire. Les bénéfices de l'éducation des filles se retrouvent également sur la connaissance et le recours effectifs à des méthodes contraceptives, l'espacement des naissances, ou encore sur l'utilisation effective de moyens de prévention du VIH/SIDA.

La qualité de l'enseignement : nouvel enjeu

Les années de scolarisation ne se suffisent pas à elles-mêmes : la qualité de l'enseignement doit aussi être au cœur des préoccupations. Pour preuve, les données alarmantes du dixième Rapport mondial de suivi sur l’Education pour tous, L’éducation au travail, qui parle d'une réelle « crise de l'apprentissage ». En 2008, au Ghana, après avoir passé six années à l’école, environ la moitié des jeunes femmes et le tiers des jeunes hommes ne savaient pas lire une seule phrase.

« Nous voyons une jeune génération frustrée par la discordance chronique entre compétences et travail. La meilleure réponse au ralentissement économique et au chômage des jeunes est de faire en sorte que les jeunes acquièrent les compétences de base et la formation dont ils ont besoin pour entrer avec confiance dans le marché du travail » déclare Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO. « Beaucoup de jeunes, et de jeunes femmes en particulier, ont besoin qu’on leur offre des voies alternatives vers l’éducation, de façon qu’ils puissent se donner les compétences nécessaires pour gagner leur vie, vivre dans la dignité et contribuer à leur communauté et à leur société ».

La campagne de sensibilisation à la scolarisation de Dominique Nouvian

 

En France, les initiatives d'aide aux écoliers africains se sont multipliées ces dernières années, à l'image de l’École pour Tous, qui vient en aide à trois écoles au Mali. On estime ainsi que les initiatives d’organisations humanitaires basées en France et en Belgique permet chaque année à un million d’enfants africains, issus des couches sociales les plus défavorisées, d'aller à l'école.

Mais l'aide sur place demeure la plus importante pour être au contact des populations, répondre directement à leurs besoins et à leurs attentes, et s'assurer du bon usage des dons collectés et de l'aide fournie. Présente dans onze pays de l'Afrique de l'Ouest et centrale, l'association Children of Africa de Dominique Nouvian subventionne des établissements dans le domaine scolaire (écoles et cantines) mais aussi dans le domaine social et sanitaire, comme des centres d'accueil pour les orphelines. L'ONG a par exemple récemment subventionné la création d'une unité de kinésithérapie et de rééducation fonctionnelle, au sein de l’Association HAC, au Cameroun.

Lorsqu'ils ne sont pas à l'école, les enfants travaillent. L'Afrique détient ainsi le triste record du taux le plus élevé de travail des enfants dans le monde. Selon l’Unicef, plus d'un tiers des enfants âgés de 5 à 14 ans sont engagés dans les formes de travail les plus difficiles. Fait d'employeurs peu scrupuleux, mais aussi de familles que la grande précarité pousse à employer une paire de bras en plus. Une campagne de sensibilisation est d'ailleurs aujourd’hui menée en Côte d'Ivoire par l'association Children of Africa pour inciter les familles à scolariser leurs enfants.

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