Schtroumpf rigolo nous fait le coup du choix entre la peste et le choléra

Un billet sur le second tour de l'élection présidentielle de 2017 et sur le front républicain.

L’histoire ne bégaye pas et je ne serais pas complice d’une pareille ignominie

Il y a des lendemains matins de soirées électorales qui donnent mal au moral comme d'autres donnent mal au crâne. Mais si ce lundi 24 avril 2017 a des faux airs de lundi 22 avril 2002, l'histoire ne bégaye pas. Et ceux qui veulent nous le faire croire sont des escrocs récidivistes.

Si nous nous retrouvons, cette fois encore, avec un second tour opposant un candidat estampillé républicain face au représentant de l'extrême droite, les causes n'ont aucun rapport avec celles de l’élection présidentielle d’il y a quinze ans. En 2002 l'événement revêtait un côté indéniable d'accident politique stupide. Pour ma part j'avais préféré voter NPA, avec l'intention de revenir au bercail PS au second tour, pour signifier que le côté politique économique libérale à la façon de la droite avec une bonne louchée de social pour faire passer la pilule commençait à m'exaspérer sérieusement. Je me retrouvais donc dépourvu de candidat de gauche au second tour, avec une alternative assez peu engageante : un "escroc" ou un "facho" et un sentiment de culpabilité assez tenace si ce n'est justifiée. Avec le temps, je me dis que ce résultat, loin d'être le fruit d'une bêtise collective de l'électorat de gauche, avait mis surtout en évidence un réel désarroi de cette portion de la population, qui n'a jamais été réglé depuis. J'avais donc à choisir, comme le montrait un dessin de presse de l'époque, entre « être baisé par Chirac ou violé par Le Pen ». Et que croyez-vous que je fis ? Bien évidemment ; je me dressais, bulletin de vote à la main prêt à faire barrage contre les hordes barbares fascistes sensées déferler sur Paris depuis Saint Cloud. Ce n'était plus le second tour de l'élection présidentielle ça devenait un remake de la bataille de Guadalajara ou de Madrid (Guerre d’Espagne – 1936/1939) ... en baskets et avec les manifestations en primes. Ce n'est que bien des années plus tard que je compris que l'ensemble des manifestants que nous étions avait en commun avec le candidat d'extrême droite de ne pas vouloir qu'il devienne président. Rétrospectivement je me senti bien con et tout autant manipulé. Je suppose que c'est ainsi qu'on opère pour envoyer la jeunesse d'un pays se faire massacrer en lui faisant croire qu’elle le sauve d’un ennemis monstrueux alors que ce n'est qu'une question de PIB ... Prenons garde, la recette peut toujours marcher, précisément pour ce type d’aventures ... Il n'y eut donc pas de hordes fascistes mais plutôt un score électoral de dictateur de république bananière. Et l'idée, pour le vainqueur, que tout lui était permis.

On veut nous faire rejouer la même comédie. Dans le rôle de l'épouvantail, la fille du père. Jusque là, rien de vraiment neuf. Et dans le rôle du républicain de service : Emmanuel Macron. De qui se moque-t-on ? C'est un homme de paille, le pantin de l'extrême finance, lancé sur orbite par François Hollande et son homme de confiance, Jean Pierre Jouyet, dans le but de poursuivre la politique de dérégulation économique engagée depuis plus de 15 ans, avec l'assentiment de l'ensemble de l'oligarchie, des élites financières et économiques, de plus en plus parasitaires et avares de leurs privilèges et pré-bandes. Hollande et Joyet, complices de très longue date, ont, de toute évidence, décidé qu'il était temps de se passer de la démocratie sous peine de laisser les « populismes renverser la table ». Emmanuel Todd nous avait prévenus en 2008 dans son ouvrage "après la démocratie". Le maintien du système éonomique au sein d'une europe ultralibérale nécessite la disparition de tout risque démocratique et l'installation d'une oligarchie innamovible. On aurait peut être du mieux le lire, mais le fait est que nous ne vimes pas le coup venir …. L'arrivée triomphale d'Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle n'est que le fruit d'une extraordinaire manipulation des institutions et des médias. Le resultat d'interventions à différents échelon de l'Etat et de ses institutions pour en fausser le fonctionnement et assurer son accession au pouvoir, associé à un véritable pilonnage d'artillerie médiatique. La présence souhaitée de Marine Le Pen, au second tour n'a que pour seul et unique fonction de déclencher un réflexe pavlovien de front républicain. Un pied de lampe se ferait élire face à elle. Alors, pourquoi pas un agité égocentrique, à moitié délirant, en queue de puberté et gérontophile.

Comment expliquer la promptitude avec laquelle la justice s'est saisie du cas Fillon et l'aimable indolence dont elle fait preuve avec Marine Le Pen ? Dans quel pays voit-on cela ; un(e) citoyen(e) ne répondant pas à une convocation des services de police, dans l'indifférence totale ? Comment expliquer le battage médiatique pour les « fillonades », qui n’eut surtout que pour effet de polluer et de phagocyter absolument l’ensemble du débat politique, et la discrétion de violette en ce qui concerne les affaires reprochées à la candidate ? Je ne plein nullement François Fillon que rien n'obligeait à de tels agissements. Mais je ne peux que constater une extraordinaire différence de traitement médiatique et institutionnel entre les deux candidats, qui sont tous les deux accusés d'emplois fictif et d'abus de bien sociaux. Quoiqu'on puisse dire ou imaginer c’est un coup d'état. Pour faire ça, nul besoin de promener des blindés dans les rues. Il suffit de faire ce qui a été faits ; manipuler les institutions et fausser leur fonctionnement, anesthésier et manipuler le pays et l’opinion publique par les médiats et les leaders d’opinion. Ils poussent le zèle jusqu'a se permetrent quelques irrégularités ; de la radiation sauvage d'électeurs à la fugue d'un responsable de bureau de votes avec les bulletins dans sa sacohe, en passant par la multiplition des cartes d'électeur comme autant de petit pains … Sûr de leurs fait et de leurs impunité, ils exhibent leurs intentions, tel Bruno Roger-Petit parlant d'un «18 Brumaire de la bienveillance» dans un article sur le site de challenge au sujet du programme d'en marche. Mais bienveillant ou non, un coup d'état reste un coup d'état. Schtroumpf Rigolo doit être heureux comme pape en ce moment, au château. Après le mensonge et la forfaiture, il passe au coup d'état. Après tout, rien que de très banal, c'est une escalade assez classique chez n’importe quel délinquant, tant que rien ne l’arrête. Son air d'éternel imbécile heureux, ses cravates de travers et ses aventures digne d'une mauvaise pièce de boulevard le classeront dans le panthéon populaire de l'histoire du côté des rigolos jute à côté de Félix Faure ou de Paul Deschanel, alors que sa vraie place est plutot entre Philipe Pétain, Ganelon le félon ou le généraux putschistes d'Alger.

Cependant la combine est éventée, cette fois-ci et si on est victime lorsqu'on se fait avoir la première fois, on devient complice à la seconde escroquerie. Je ne peux rien faire à mon niveau contre cela mais absolument rien ne m'oblige à me rendre complice d'une telle ignominie, d'un pareil crime contre la démocratie.

L'argument du Front républicain est littéralement débile et ne tient pas la route une demi-seconde. Comment imaginer contenir une invasion alors que les hordes ont déjà franchi les murs de la cité ?? Cela pourrait faire rigoler si la situation n'était effectivement pas aussi grave. Mais les scores du FN ne sont évidemment en rien inquiétants pour le cœur antique hurlant au front républicain à longueur d'ondes. Le Front national pourrait décrocher tous les leviers de pouvoir des conseils municipaux à la présidence de la république que l'élite et notamment le monde de la finance, de la haute bourgeoisie ne s'en porterait pas plus mal pour autant. C'est évidemment le peuple qui aurait à en pâtir et notamment les plus pauvres d'entre nous. Aucun régime d'extrême droite n'a jamais été favorable au peuple, de Franco à Pinochet en passant par Mussolini ou les colonels grecs. Pourquoi ne serait-ce pas le cas pour le FN ? Ce serait une innovation extraordinaire ; Domaine où ils n'ont jamais été trops doués. Souvenons du comportement de la grande majorité de l'élite économique de l'époque, des industriels aux financiers, lors du putsch de Philippe Pétain puis sous le régime de Vichy. Hitler, Mussolinni, Franco ou d'autre ont toujours su gouverner avec le soutien de la bourgeoisie. Pourquoi en serait-il autrement avec FN ?

Appeler au front républicain anti FN, maintenant ! Et pourquoi pas après l'élection de Marine Le Pen à la présidence tant qu'on y est ?! Si l'objectif est vraiment de faire barrage au FN c'est idiot et trop tard. C'est durant ces trentes dernières années qu'il aurait fallu appliquer des politiques économiques, institutionnelles et sociales qui ne laisse pas une part de la population toujours croissante au bord de la route et finalement ne la pousse dans les bras du FN, surfant sur la vague du mécontentement à coup d'arguments supposés de "gôche" et populaires ... Le FN n'est donc absolument pas un adversaire politique pour nos échevins ploutocrates mais bien un "fasciste utile" à glisser dans les pattes du candidat d'en face ou à agiter comme un épouvantail à électeur pour qu'il n'oublie pas de voter comme il faut. Ils ne s'inquiètent même pas du risque que leur créature échappe à leurs contrôle et décroche le pouvoir car ils savent qu'ils ne risquent absolument rien, eux.

Je ne suis certainement pas responsable de la monté du FN d'élection en élection ou de sa présence à ce second tour. Ce parti à l'idéologie en opposition chronique à mes principes pro-républicains n'a jamais eu ma voix ou mon soutient et ne l'aura jamais. Je ne comprend donc pas pourquoi je devrais voter pour n'importe qui, au programme politique opposé à toutes mes idées, au prix de ma propre estime, au prétexte bizaroïde que je dois réparer trentes années de politiques myopes et aussi optuses qu'autistes perpetuellement en faveur d'une nanoscopique caste parasitaire et finalement contre les intérets sociaux et économiques de la population, sacrifiant les conditions de vie de tous pour le confort de quelque uns.

 

Je ne voterais pas « contre », après avoir voté « pour »

Mon vote au premier tour de l’élection présidentielle fut un vote aussi réfléchi que d'adhésion. Je n'ai pas voté Jean Luc Mélenchon pour ses jolies dents ou sa belle cravate. Je n'ai pas voté juste pour l'homme mais bien pour son programme et les valeurs qu'il porte et qui ont été abandonnées par le PS depuis des années. Mon bulletin dans l'urne était pour :

  • la mise en place d’un mix énergétique 100 % renouvelable nous libérant enfin des énergies fossiles et préparant notre pays à leur raréfaction,

  • l’arrêt de l’industrie électrique nucléaire, avant qu’un accident nous prive d’un bout de notre pays pour le prochain millénaire ou que le grand carénage des réacteurs à venir nous coute 100 milliards d’Euros (Budget qui ne semble pas inquiéter notre médiacratie si prompt à s'effrayer de savoir la façon de trouver 100 autres milliards pour financer le programme de la France Insoumise),

  • que l'agriculture ne soit plus une source de pollution environnementale pour tous et de désespoir mortel pour les agriculteurs,

  • une économie enfin libérée de l’emprise folle de la finance, parasite et mortifère, relancée par la demande et une politique d’investissements publics, comme ce fut le cas pour tous grands essors de notre pays. A l’inverse des trentes dernières années de politiques obtuses, nous ayant donné 10 % de chômeurs, notre tissus industriel en ruine et une crise économique chronique,

  • une fiscalité enfin juste, répartissant l’effort sur l’ensemble de la population et plus seulement sur les classes moyennes et assurant enfin une juste répartition des richesses et luttant contre la confiscation opérée par les élites, sur le dos des vraies forces vives de la nation que sont les travailleurs, les employés, les artisans, etc. Bref ceux qui bossent !

  • une refondation de notre constitution pour qu’enfin démocratie ne soit plus un mot creux et redonner le pouvoir au peuple et arrêter avec la reconduction à l'infinie de notre oligarchie.

Pourquoi, en ce cas, voterai-je, au second tour pour Emmanuel Macron, dont le programme n'a strictement aucun rapport avec le celui de la France Insoumise ? L'écologie n'est pas une question intéressante pour le candidat d'En Marche. Il se propose de réformer le droit du travail pour le détricoter encore plus et flexibiliser encore plus nos emplois, réformer la fiscalité pour la faire peser encore plus sur les classes moyennes et alleger l'ISF. Il m'est donc impossible de voter pour un projet de société qui est totalement opposé à ce qui me semble nécessaire et bénifique pour mon pays et qui me parait être une source de souffrance supplémentaire pour les plus faibles d'entre nous.


Conclusion

Le second tour de l'élection présidentielle de 2017 n'est pas une redite de l'élection présidentielle de 2002 mais le résultats d'une manipulation de l'oligarchie pour s'assurer de l'élection d'un homme de paille à son service. Le second tour avec ce pantin face à la candidate du FN est le dernier acte de leur stratégie perverse pour assurer son élection. Il n'est pas question que je sois complice de cela comme il est impossible que j'adhère à ce qui me semble un programme socialement dangereux et économiquement stupide. Je ne peux donc pas voter pour le candidat d'En Marche même au nom d'un front républicain qui n'est qu'une manipulation supplémentaire pour m'escroquer. Le simple fait d'aller au bureau de votes, le 7 mai prochain même pour voter blanc ou nul, est déjà une manière d'avaliser cette manipulation qui m'est totalement insupportable. Il ne me reste donc que l'abstention.

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