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Billet de blog 1 déc. 2021

pôle emploi traque les dirigeants bénévoles associatifs

A quand un pôle emploi qui passe autant de temps à traquer les riches que les pauvres ? Les revenus du CAC 40 flambent grâce aux aides de l’État pendant que des structures associatives locales, rurales et leurs dirigeants sont traqués par pôle emploi.

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    Depuis le début d'année 2021, pour éviter une hécatombe sociale et économique dans ce contexte actuel de "pandémie", le gouvernement a mis en place des aides spécifiques sur des contrats aidés en milieu rural (Zone de Revitalisation Rurale), financés à 80% du SMIC sur un contrat de 20 heures hebdomadaire, au même titre que les quartiers prioritaires de la ville (QPV). Les salarié·e·s touchent 700€ par mois net pour un 20H semaine. Il serait intéressant de savoir ce que ces emplois coûtent en euros au niveau national comparé aux aides données aux grandes entreprises sur l'année 2021. 

    Ces emplois aidés, appelés Parcours Emploi Compétences (PEC), anciennement dénommés CUI-CAE, TUC, CES....permettent à des personnes éloignées de l'emploi de bénéficier d'un contrat aidé tout en étant accompagnées par la structure pour l'acquisition de compétences leur permettant de s'insérer durablement dans le marché du travail (ce sont les préconisations de pôle emploi).

   Mais il y a un "hic". Dans notre petit village de 400 habitants, à Verfeil sur Seye dans le Tarn et Garonne, à la limite du Tarn et de l’Aveyron, il y a peu de travail et les bassins d'emplois se situent à plus de 40km. Si vous voulez travailler localement, vous aller à l'ADMR du coin  (Aide à Domicile en Milieu Rural) ou dans le tourisme avec des horaires découpées sur la journée payées au SMIC ce qui est incompatible pour des femmes seules qui élèvent des enfants.

   Le "prisme" de pôle emploi sur devenir compétent pour être "vendable" sur le marché du travail ne fonctionne pas en milieu rural et isolé. Plutôt que d'investir sur la formation, nouveau "dada" du gouvernement, l'investissement devrait se faire sur la pérennisation de structures associatives en milieu rural qui au final assument les fonctions de l’État mais de façon précaire.

   Le paradoxe, c'est que souvent, dans nos échanges téléphoniques avec les personnels du Conseil Départementale, de l’État, de la CAF, des Communautés de Communes, des Pays ou autres, on se rend compte que même si on est mal payé·e·s, on ne subit pas leurs contraintes psychologiques, hiérarchiques, sanitaires, machistes. Et souvent on se retrouve dans une position d'écoute où ils nous parlent de leurs problèmes. 

   Dans notre village, ce sont les précaires qui s'occupent des précaires. Même si on a peu d'argent, on s'en sort, on est solidaire les uns des autres. Le café associatif local (dénigré par une mairie conservatrice, jalouse de notre capacité d'action) sert de support pour aider les personnes et les plus démuni·e·s à faire leurs papiers, avoir accès à internet et à leurs droits, bénéficier d'une photocopieuse tout en buvant un café ou un thé offert par l'association et aussi discuter avec des personnes qui passent, à l'improviste, sans pass sanitaire et sans aucun rendez vous.

   Nous sommes plusieurs associations a avoir profité de ce financement d’État à 80% pour développer le projet associatif de nos associations et aussi permettre à des personnes au RSA, souvent des femmes isolées avec enfants ou ayant plus de 55 ans d'avoir un travail salarié (700€ par mois) car à cette âge là, on est déjà considéré comme trop vieille. Ces emplois sont crées pour un café associatif local, une recyclerie, une association d'aide aux réfugiés, une association culturelle auprès d'enfants, des résidences culturelles. Au final des emplois axés sur le lien social, la solidarité, l'environnement, la culture et non le profit .... 

   Mais même si ces emplois sont porteurs de sens, de solidarité, de résilience et essaient de composer entre la vie personnelle et la vie professionnelle, l’État à travers pôle emploi considère cela comme très soupçonneux.

  Depuis une semaine, certaines de ces structures sont soumises à des visites de pôle emploi qui a pour "objectif de faire un suivi dans le cadre de l'accompagnement des demandeurs d'emploi en contrat PEC sur votre établissement". En même temps, les dirigeants associatifs de ces associations, également demandeurs d'emplois en attendant de créer leur poste, sont soumis à des contrôles personnels à travers un "questionnaire du contrôle de recherche d'emploi". On se demande si leur intérêt n'est pas d'étouffer toute initiative émancipatrice où les bénévoles et les salarié·e·s testent ensemble un idéal autogéré.

   Nous savons que le milieu associatif est une variable d'ajustement pour l’État en "temps de crise" et l'entretien de Dan Israel du 12 novembre 2021 avec Simon Cottin-Marx, sociologue du monde associatif et Frederic Amiel du syndicat Asso autour du thème "Travailler en association, un milieu incertain" vient confirmer cela.

  Par contre nous ne comprenons pas que pôle emploi vienne vérifier et contrôler nos petites structures précaires, qui tissent le lien social sur les territoires ruraux sachant qu'aucun contrôle n'est fait sur ceux qui abusent réellement de l'argent collectif généré par la force de travail de chacune et chacun...

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