eric.gruaz
Abonné·e de Mediapart

9 Billets

0 Édition

Billet de blog 14 sept. 2022

eric.gruaz
Abonné·e de Mediapart

Comment la France prévoit de passer un hiver russe

Une partie du plan français pour passer l'hiver consiste à réduire la consommation d'énergie. Mais il en faudra plus pour que la France sorte de cet hiver relativement indemne.

eric.gruaz
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Si le président russe Vladimir Poutine met à exécution sa menace de couper l'approvisionnement en gaz de l'Europe avant l'hiver, les Européens peuvent s'attendre à quelques mois glacés. Près de 40 % de l'approvisionnement en gaz de l'Europe provient de la Russie, qui cherche maintenant à utiliser ce levier pour riposter contre les gouvernements européens qui ont pris des sanctions contre la Russie à la suite de son invasion non provoquée de l'Ukraine. La France, qui fait partie de l'Union européenne, dépend de la Russie pour environ 17 % de son gaz, ce qui signifie qu'elle est beaucoup moins dépendante de la Russie que certains de ses voisins européens. Quoi qu'il en soit, la France s'est employée à préparer des plans d'urgence.

La ministre française de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a déclaré que les réservoirs de stockage de gaz naturel du pays seront pleins et qu'il y aura suffisamment de gaz pour répondre aux besoins des citoyens français l'hiver prochain. Emmanuelle Wargon, l'autorité de régulation de l'énergie en France, a également promis un hiver normal, sans interruption de l'approvisionnement en énergie, mais a prévenu que les ménages pourraient être amenés à réduire leur consommation d'énergie pour l'éclairage et le chauffage, en particulier pendant les heures de pointe.

Mais cela reste à voir. L'Europe est confrontée à sa pire crise énergétique depuis 50 ans, car la Russie coupe les approvisionnements en gaz et les centrales nucléaires vieillissantes d'Électricité de France SA ne sont pas totalement disponibles. Plus de la moitié des 56 réacteurs atomiques d'EDF ne fonctionnent pas actuellement. Les citoyens se méfient des promesses du gouvernement et sont nerveux à l'idée de ne pas pouvoir se chauffer et chauffer leur maison cet hiver. 

Le président Emmanuel Macron a annoncé que la France et l'Allemagne s'entraideront dans le cadre de la crise énergétique pour passer l'hiver prochain. Lors d'une vidéoconférence avec le chancelier allemand Olaf Scholz, M. Macron a déclaré que la France était en mesure de livrer davantage de gaz à l'Allemagne en échange de davantage d'électricité à la France, si nécessaire.

Une partie du plan français pour passer l'hiver consiste à réduire la consommation d'énergie. À son crédit, Mme Wargon a précisé que si le pays n'était pas en mesure de répondre aux besoins énergétiques, les entreprises seraient les premières à réduire la demande d'énergie afin que les zones résidentielles puissent en bénéficier. Les lumières de la Tour Eiffel, normalement allumées jusqu'à 1 heure du matin, seront éteintes une heure plus tôt dans la nuit pour économiser de l'électricité à partir du 23 septembre. Toutefois, pour des raisons de sécurité, les lampadaires de Paris resteront allumés. Le plan, qui prévoit une réduction de 10 % de la consommation d'énergie, comprend également la réduction de l'éclairage des monuments nationaux et le report d'un mois du chauffage des bâtiments publics, de la mi-octobre à la mi-novembre. La température sera également abaissée d'un degré, passant de 19 à 18 degrés Celsius pendant les heures de bureau, et à 16 C en dehors des heures de bureau et le week-end, selon AP.

En outre, les exploitants de stations de ski craignent désormais que leurs sites soient limités dans leur fonctionnement, voire fermés. Les budgets de nombreuses villes françaises ont été affectés et, face à l'envolée des coûts, les responsables cherchent des moyens de réduire les dépenses, comme la fermeture des piscines publiques, des patinoires, des musées, des bibliothèques et même des écoles.

Mais il en faudra plus pour que la France sorte de cet hiver relativement indemne. 

L'Europe, y compris la France, ne dispose pas actuellement des mesures adéquates pour ramener les prix élevés du gaz et de l'électricité à des niveaux raisonnables. Alors que de nombreux experts soutiennent les énergies renouvelables, leur mise en œuvre n'est pas si simple et des arguments ont été avancés pour continuer à dépendre du gaz naturel - mais de sources autres que la Russie.

S'il est vrai que la France produit environ 20 % de son électricité à partir de sources renouvelables, dont 8 % d'énergie éolienne, il reste encore un long chemin à parcourir avant que la France puisse se sevrer complètement du gaz naturel.

D'ici là, les dirigeants français doivent continuer à faire preuve de créativité et à trouver des moyens novateurs de réduire les coûts tout en garantissant un approvisionnement énergétique régulier afin que les citoyens français n'aient pas à craindre l'hiver. Ou de la Russie.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Comment le gouvernement veut rattraper le retard français
Dans un contexte de risque élevé de tension sur le réseau électrique cet hiver, l’Assemblée nationale examine, à partir du lundi 5 décembre, le projet de loi visant à accélérer le déploiement de l’éolien et du solaire en France.
par Mickaël Correia
Journal — Santé
Dans les Cévennes, les femmes promises à la misère obstétricale
Le 20 décembre, la maternité de Ganges suspendra son activité jusqu’à nouvel ordre, faute de médecins en nombre suffisant. Une centaine de femmes enceintes, dont certaines résident à plus de deux heures de la prochaine maternité, se retrouvent sur le carreau.
par Prisca Borrel
Journal
Affaire Sarkozy-Bismuth : les enjeux d’un second procès à hauts risques
Nicolas Sarkozy, l’avocat Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert seront rejugés à partir de lundi devant la cour d’appel de Paris dans l’affaire de corruption dite « Paul Bismuth », et risquent la prison.
par Michel Deléan
Journal — Corruption
Pourquoi les politiques échappent (presque toujours) à l’incarcération
Plusieurs facteurs expliquent la relative mansuétude dont bénéficient les politiques aux prises avec la justice, qui ne sont que très rarement incarcérés, malgré les fortes peines de prison encourues dans les affaires de corruption.
par Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
L'électricité est-elle un bien commun ?
[Rediffusion] L'électricité est-elle un bien commun, comme Yannick Jadot l'a fait récemment ? La formule produit un effet électoraliste garanti. Mais cette opération rhétorique est sans intérêt s’il s’agit, à partir de la fonction sociale actuelle de l’électricité, de faire apparaître dans le système énergétique des options qui méritent un positionnement politique.
par oskar
Billet de blog
Les coupures d'électricité non ciblées, ce sont les inégalités aggravées
Le gouvernement prévoit de possibles coupures d'électricité cet hiver : j'ai vraiment hâte de voir comment seront justifiées l'annulation de trains et la fermeture d'écoles pendant que les remontées mécaniques de Megève ou Courchevel continueront à fonctionner. Non ciblées sur les activités « non essentielles », ces coupures d'électricité pourraient aggraver les inégalités.
par Maxime Combes
Billet de blog
Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?
Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.
par Bernard Drouère
Billet de blog
L’électricité, un bien commun dans les mains du marché
Le 29 août dernier, le sénateur communiste Fabien Gay laisse exploser sa colère sur la libéralisation du marché de l’électricité : « Ce sont des requins et dès qu’ils peuvent se goinfrer, ils le font sur notre dos ! ». Cette scène témoigne d’une colère partagée par bon nombre de citoyens. Comment un bien commun se retrouve aux mains du marché ?
par maxime.tallant