Humain, qui es-tu ?

Truman ou Neo, dont l'humanité attend le réveil, et si vous n’étiez que sous un plafond de verre qui lui aussi serait sous un autre plafond ? La libération ne conduirait qu'au palier suivant. Y aura-t-il une fin ? Sisyphe peut-il être autre qu'optimiste ?

urbi et orbi urbi et orbi

La vie que les hommes connaissent ressemble à une mascarade, ne trouvez-vous pas ?
Chaque être vivant ressemble à un personnage programmé, certains sur des voies tracées, d'autres aux comportements définis, tous contraints.

L'avènement de l'ordinateur et l'accélération du temps qui a suivi pourraient marquer la fin d'une ère. Le voile se lèverait enfin devant nos yeux à mesure que notre maîtrise des algorithmes s'élève. Il nous apparaîtrait alors que nous sommes à l'image des pantins que nous façonnons. Nous comprenons qu'il n'y a plus de propre de l'homme. Nous comprenons que même cette fameuse conscience se crée.

Pourquoi dieu existe

Dieu existe parce qu'il est évident que nous sommes des créatures, des êtres créés. En voici les preuves :

  • Notre monde est une création, car il est un assemblage, une combinaison de particules, composé de sous-ensembles qui interagissent. Et pour percevoir leur monde, les créatures doivent combiner plusieurs sens.
  • Notre monde est une création, car il est soumis à des cycles, il oscille et vibre, il croit et décroit, il compose et décompose.
  • Nous sommes des créatures, car nous ne possédons pas notre propre source d'énergie : nous devons nous nourrir du monde extérieur pour survivre.
  • Nous sommes des créatures, car nous ne pouvons décider de notre état de veille : nous passons la moitié de notre existence en sommeil.
  • Nous sommes des créatures, car nous devons tout apprendre à notre arrivée dans ce monde.
  • Nous sommes des créatures, car nous naissons et nous mourrons.

Dieu existe car notre monde est soumis à des règles. L'existence même de lois physiques (qu'elles soient macroscopiques, astronomiques, quantiques ou subatomiques) suppose un ordonnateur.

Dieu existe car nous avons commencé la partie avec pas mal d'informations "tombées du ciel".

Dieu existe car nous avons tout ce qu'il faut pour notre survie (des fruits qui nourrissent, des plantes qui soignent, de l'eau qui lave, du feu qui chauffe, des animaux qui accompagnent...).

Dieu existe car le libre-arbitre de l'humain n'a pu être inventé que pour amuser un observateur.

Dieu existe car ce monde comporte l'empreinte de son créateur. Regardez autour de vous.

Que pouvons-nous savoir de dieu

Ce que nous dit la nature

Notre monde est l'oeuvre d'un être plus grand que nous, qui s'ennuyait de toute évidence et qui a transmis cet ennui à sa création. Une sorte de mélancolie qui colle à tout ce qui existe. La nature est extraordinaire, oui, belle et subtile, complexe et intelligente, apaisante et ressourçante, grandiose et majestueuse. Mais diablement vide. Ce dieu a du se dire "c'est drôlement beau, mais qu'est-ce que je vais en faire maintenant", comme lorsque petit enfant vous avez construit vos plus beaux legos. Nous ne sommes qu'un divertissement. Et comme tous les jeux, celui-là est un peu cruel. Mais la pire cruauté ne réside pas au coeur de l'action des personnages, elle réside dans l'abandon du concepteur. Le plateau est posé, il est construit et fonctionne, le concepteur peut jouer, ce qu'il fait d'ailleurs probablement, mais l'ennui est revenu. Et c'est de cet abandon dont il est question. Tant que le monde était en création, dieu était à l'oeuvre, il poussait, lançait, échafaudait, il s'oubliait derrière ses mains à l'oeuvre. Une fois le monde créé, sûrement parfait, dieu se retrouve et la création est livrée à elle-même, dans la solitude de sa finitude, détachée du créateur qui la contemple alors. Vide de l'énergie créatrice.

Ce que nous dit l'humain

Dans les informations "tombées du ciel", celles qui ont connu une bonne popularité sur cette terre (qu'elles aient été réécrites et transformées n'a pas d'importance) donnent une indication intéressante, soit de la psychologie des personnages, soit de celle du créateur. Parmi celles-ci, on entend que l'homme n'est pas dieu, il est à son image. On entend aussi que chaque homme est dieu ou le porte en lui.

On comprend aussi que le bien et le mal s'affrontent pour un seul enjeu : remporter l'âme de l'homme. Le bien veut l'élever vers dieu, le mal veut l'éloigner de dieu. De toute évidence, tous s'accordent pour reconnaître que nous ne sommes pas tout à fait dieu, ou alors nous sommes dieu projeté sur une scène où il n'est pas au mieux de sa forme. Si nous sommes dieu, alors il semble que nous soyons une forme handicapée de dieu.

Si en revanche, nous sommes juste à son image, serions-nous alors son reflet dans un miroir, prisonnier du tain pour l'éternité ? Ou sommes-nous la projection de sa pensée ? Dans tous les cas, une image qui existe hors du principe créateur, détachée, éjectée. Il n'est par ailleurs dit nulle part que nous soyons un dédoublement de dieu. Ce serait assez audacieux de le penser mais ne tiendrait pas non plus. Car dieu serait alors aussi une créature. Ce serait ma mère par exemple. Ce qui lui plairait comme idée, à ma mère, mais conviendrait moins à l'humanité.

Donc au mieux il semble que nous soyons un dieu handicapé et au pire une idée de dieu.

Que pouvons-nous attendre de notre existence

Si cette création porte en elle la mélancolie et l'ennui de son créateur, elle porte aussi en elle une perversion : elle est double, lumière et ombre, montée et descente, elle est oxydable. L'éternité est une invention de notre créateur, tout comme l'infini (qui sont d'ailleurs simple à créer, une répétition en boucle). Le temps aussi est son invention, il va avec l'oscillation. L'éternité nous perd et le temps nous enferme. L'homme évolue dans un décor normé où tout est loi. Mais son libre arbitre lui ouvre un champ des possibles. L'homme est doté de pouvoirs mais il est prisonnier d'une boîte.

Cette création porte aussi autre chose. Elle porte une intuition, celle d'être l'enfant d'un père malheureux, celle que quelque-chose cloche. Nous sommes nés perplexes sur ce monde. Nous souffrons beaucoup malgré un somptueux décor. Nous sentons dans notre poitrine une boule d'énergie qui rayonne et qui ne sait pas décroitre. Cette sorte de boule ne vibre pas, elle semble différente du fonctionnement de ce monde et nous la définissons le mieux en disant "elle est". Beaucoup s'accrochent à elle comme à un radeau, beaucoup la chevauchent comme une fusée supersonique qui perce les strates des dimensions autour, beaucoup s'y blottissent en refuge. Beaucoup y voient dieu. Tous, nous espérons, tous nous levons les yeux au ciel, tous nous prions. Mais qu'attendons-nous ? Pourquoi faut-il être heureux ? Pour mieux faire passer cette existence inutile et injuste ? Comment peut-on être heureux alors qu'on ne comprend pas son existence ?

Comment cette existence pourrait-elle nous rendre heureux alors que nous aspirons tous à une autre dimension ? Naviguer sur un beau voilier, se nourrir de bons fruits d'un potager qu'on a lentement amené à maturité, aimer et être aimé, partager la joie d'une naissance d'un enfant en bonne santé, rire avec cet enfant qui danse, applaudir avec 50.000 spectateurs dans un stade, être transporté par une musique ... et quand la foule se disperse, que le silence envahit la place et qu'il ne reste qu'un homme assis sur une pierre qui regarde le ciel, où s'en est allée la caresse du bonheur ? Elle est restée un moment autour de son coeur, il a cru son souvenir éternel. Elle l'a fait sourire puis elle aussi, elle s'est envolée vers le ciel.

Ce ciel nous semble une promesse. Serait-il lui aussi une aspiration programmée, la prochaine étape, le prochain monde à explorer, le prochain "level" du plateau de jeu ? Je m'imagine au ciel, je lévite sans forme, je sais tout, je suis partout. Je suis l'harmonie, la gloire et la beauté. Et que se passe-t-il ensuite ? Mon petit cerveau de robot ne parvient pas à se représenter la suite, tout est immaculé, c'est peut-être trop parfait pour moi. Je ne sais pas concevoir la félicité car je vois toutes mes projections s'inscrire sur le fil du temps, et tout se défait, se décompose et pourrit. Est-ce là la preuve que je ne suis rien qu'un objet temporel qui s'oubliera lui-même lorsqu'il mourra ? 

Conclusion

Pour moins souffrir, il faut peut-être ne rien attendre de son existence. J'ai décidé de respirer, manger, dormir et aimer en restant concentré sur ces tâches simples. Et si l'ennui me guette, il me reste la mélancolie de mon créateur que je contemple dans mon jardin. Et si la tristesse me gagne, je lève mes yeux vers le ciel. Je n'attends rien. Mes yeux de nouveau-né chercheront juste inlassablement derrière les nuages le visage de celle qui a créé dieu.

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