Edward O. Thorp, De Vegas à Wall Street

L'histoire extraordinaire de Edward O. Thorp, tricheur ou génie du blackjack, trader et mathématicien, l'homme qui a autrefois défié le casino.

Thorp expérimente dès le plus jeune âge. A 11 ans il essaie de s'envoler en utilisant de gros ballons gonflaient à l'hélium. Il s'emploie plus tard à fabriquer ses propres explosifs ce qui lui valu de se brûler une main. Il devient bientôt l'un des plus jeunes du pays à réussir un examen de compétence sur la théorie de la radio et le code Morse. Thorp explique dans son livre qu'il a commencé sa vie comme un enfant curieux et indépendant. 

 

C'est la curiosité de Thorp et sa volonté d'apprendre par lui-même, alliées à un intellect puissant, qui serviront plus tard de base à son incroyable succès.

 

Il est né en 1932  à Chicago dans les profondeurs de la Grande Dépression, d'un père qui travaillait de longues heures pour faire vivre sa famille et d'une mère qui se consacrait à prendre soin d'un frère cadet qui avait développé une pneumonie alors qu'il était bébé et  avait failli mourir. " Cela m'a laissé beaucoup plus seul et j'ai réagi en explorant des mondes infinis, réels et imaginaires, que l'on trouve dans les livres que mon père m'a donnés ", a-t-il écrit. C'est la curiosité de Thorp et sa volonté d'apprendre par lui-même, alliées à un intellect puissant, qui serviront plus tard de base à son incroyable succès, tant à Las Vegas qu'à Wall Street. "J'ai pris l'habitude de penser par moi-même", disait-il. "Si quelqu'un faisait une déclaration, je la vérifiais, la testais pour voir si elle était vraie ou fausse. »

 

"Je suis allé à Las Vegas en 1958 pour voir si je pouvais construire un ordinateur qui pourrait battre le jeu de la roulette"

 

L'amour de Thorp pour la science le pousse à étudier les mathématiques et la physique à l'université, finançant en partie son éducation grâce à une bourse qu'il reçue après avoir obtenu la meilleure note de l'État de Californie à un examen de physique.  Mais même si Thorp a ensuite obtenu un doctorat en mathématiques et une maîtrise en physique, c'est le jeu qui a retenu son attention et l'a d'abord catapulté sous les feux de la rampe. "Je suis allé à Las Vegas en 1958 pour voir si je pouvais construire un ordinateur qui pourrait battre le jeu de la roulette". Pendant son séjour, il joue également à d’autres jeux comme le blackjack, en utilisant une stratégie qu'il avait apprise et qui augmentait les probabilités de gagner contre le casino.

 

Battre le croupier

"J'ai réalisé que les gens qui jouaient au blackjack et qui dirigeaient le jeu ne le comprenaient pas ". Alors enseignant à l'UCLA, Thorp emploi son temps libre à lire des stratégies de blackjack. "J'ai commencé à lire pleins de documents et j'ai réalisé presque immédiatement que vous pouviez avoir un avantage sur le casino et comment le faire ".

Thorp développe et affine sa stratégie au cours des années suivantes avec un ordinateur central IBM. A l’aide de celui-ci, il développe un système pour compter les cartes, à la grande consternation des propriétaires de casino. En 1962, il dévoile sa stratégie dans son livre Beat the Dealer.

 

“Carl Cohen, gérant partenaire de The Sands, est entré avec un gigantesque garde de sécurité et nous a dit de partir."

 

Thorp retourne alors à Las Vegas et entame un fascinant jeu du chat et de la souris avec les casinos. Il porte des déguisements, emploie des compatriotes pour combattre les efforts des casinos pour tricher, et saute fréquemment de casino en casino. 

“J'étais assis à une table de baccarat et on m'a offert un café avec de la crème et du sucre. J'avais demandé du café les deux soirs précédents, mais ils ne voulaient pas l'apporter, me proposant plutôt des boissons alcoolisées. J'ai bu le café et peu de temps après, mes pupilles se sont dilatées et je ne pouvais plus compter les cartes.

Notre dernier soir, après avoir gagné 500 à 600 $ chacun des soirs précédents, nous sommes allés dans un autre casino, The Sands, où j'ai fixé le taux de gain à 1000 $ l'heure parce que je savais qu'ils ne me laisseraient pas gagner très longtemps. Après deux heures et demie, Carl Cohen, gérant partenaire de The Sands, est entré avec un gigantesque garde de sécurité et nous a dit de partir.”

 

De Vegas à Wall Street : Le plus grand casino sur terre

En rentrant de Las Vegas, Edward Thorp tourne son attention du jeu à l'investissement.

Deux choses ont incité Thorp à se concentrer sur Wall Street. La première est qu'il avait commencé à investir ses gains de jeu et ses royalties dans des actions. La seconde, c'est qu'il a réalisé qu'il n'était pas très doué pour ça. Cela l'a amené à se demander si ses méthodes pour battre les jeux de hasard lui donneraient un avantage similaire sur le marché boursier. 

Le jeu et l'investissement partagent un certain nombre de caractéristiques clés d’après lui. Pour réussir dans les deux cas, vous devez mesurer les probabilités de résultats et ensuite varier la taille de vos paris en fonction de ces probabilités. Si vous pariez trop alors que les probabilités sont contre vous, vous épuisez votre argent. Mais si vous pariez trop peu quand les probabilités sont en votre faveur, alors vous laisserez de l'argent sur la table. C'est de la même façon qu'il a gagné au blackjack, en misant lourdement quand les cartes restantes dans le paquet le favorisent par rapport au croupier, mais léger quand c'était l'inverse.

Après avoir lu des dizaines de livres et de périodiques sur l'investissement, Thorp a développé une stratégie quantitative de couverture des bons de souscription d'actions après avoir découvert qu'ils étaient régulièrement mal évalués. Il développe ensuite une méthode permettant d'estimer plus précisément les prix des produits dérivés. "J'ai commencé à l'utiliser pour mon propre compte et pour les investisseurs en 1967 ", écrit-il. 

Six ans plus tard, en 1973, Fischer Black et Myron Scholes, motivés en partie par le livre de Thorp intitulé Beat the Market, ont utilisé sa formule ainsi que des travaux d'autres mathématiciens pour créer le modèle Black-Scholes encore utilisé aujourd’hui dans la finance.

Le fonds de couverture de Thorp, Princeton Newport Partners, a obtenu un taux de rendement annuel moyen de 19,1% pendant deux décennies. Thorp a également investi dans Berkshire Hathaway, faisant son premier achat en 1983 à 982,50 $ l'action et continue à accumuler des actions par la suite. Depuis, ces actions valent 246 340 $ chacune. 

Au cours d'une vie passée dans le milieu universitaire et sur les marchés, Thorp a eu le don d'être à l'épicentre de bon nombre des tendances et des événements les plus importants de la finance au cours du dernier demi-siècle.

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