Frais bancaires : la fin programmée de l’accalmie tarifaire

L’année 2019 s’est caractérisée par un gel des tarifs bancaires, notamment grâce à l’engagement pris par les banques de ne pas augmenter ces derniers. Toutefois, cette période bénie est sur le point de s’achever comme semble le confirmer l’analyse des grilles tarifaires des principales banques. Avec un constat amer à la clé : l’année 2020 s’annonce douloureuse pour les clients des banques.

Frais bancaires en 2019 : Une baisse après plusieurs années de hausse 

Après deux années 2014 et 2015 caractérisées par une baisse des frais bancaires due au plafonnement des commissions d’intervention imposé par le législateur, la tendance est repartie à la hausse dès 2016. Ainsi, ce premier « choc monétaire » durement ressenti par les clients s’est traduit par un accroissement significatif des frais de tenue de compte qui correspondent à la rémunération de la gestion du compte bancaire au quotidien. Ces derniers, rapidement généralisés parmi les grands acteurs bancaires, ont ainsi augmenté de 110 % en l’espace de 5 ans entre 2014 et 2019

Autre fait marquant, depuis 2015, le paysage bancaire a été profondément bouleversé avec l’avènement des banques en ligne telles que ING ou Boursorama Banque et l’arrivée progressive sur le marché des néobanques comme Revolut ou N26 qui, en proposant une offre quasiment gratuite à leurs clients, ont convaincu ces derniers que de lourds frais bancaires n’étaient en rien une fatalité et qu’il était possible de s’en affranchir. 

Un secteur bancaire sous pression pour 2020

Pour justifier la hausse des tarifs bancaires qui se profile à l’horizon 2020 et qui est relaté par de nombreux spécialistes et médias, les grands acteurs du secteur s’appuient sur deux faits majeurs que sont la modération tarifaire dont ces derniers ont fait preuve en 2019 et la persistance de taux d’intérêts historiquement bas.    

Les principales banques telles que BNP Paribas, la Société Générale ou encore le Crédit Mutuel affirment, avec la publication de leurs résultats semestriels à l’appui, que leurs engagements de 2019 ont directement impactés leurs performances financières. Toujours selon elles, c’est tout particulièrement le plafonnement des frais d’incident bancaire qui explique en grande partie la baisse significative de leurs commissions.  

La hausse des tarifs bancaires se révèle d’autant plus inéluctable que le contexte actuel met de plus en plus le modèle économique des banques en péril. En effet, les revenus directement tirés de leurs offres de crédit souffrent fortement de la persistance des taux bas et leurs produits d’épargne tels que les fonds euros ou le PEL affichent des rendements moins attractifs aux yeux des clients. 

Evolution des frais bancaires en 2020 : Ce qu’il faut retenir 

A travers l’étude des premières fiches tarifaires 2020 publiées, il apparaît que ce sont les tarifs des services ponctuels et de transfert de produit d’épargne qui vont principalement connaître des hausses significatives. 

Si les banques seront obligées de faire preuve de prudence sur le dégel de leurs tarifs du fait de la forte pression concurrentielle actuelle et du contexte de mobilité bancaire facilitée, elles concentreront leurs hausses sur les opérations moins courantes et qui sont moins soumises à la politique de gratuité pratiquée par les banques en ligne et les néobanques.  

A travers l’augmentation de certains tarifs en 2020 transparait la volonté des acteurs bancaires de diminuer l’usage des chèques et des opérations réalisées au sein de leurs agences. Ainsi, les frais d’opposition sur chèque, les frais pour chèques de banque ainsi que les virements réalisés en agence sont les postes qui connaitront les plus fortes hausses tarifaires. A titre d’illustration, les virements occasionnels en agence augmenteront en moyenne de 2,6 % et les virements permanents de 2,1 %. 

L’autre tendance qui ressort de l’analyse des grilles tarifaires de 2020 est le souhait des banques de pénaliser davantage leurs clients souhaitant changer d’établissement. Ainsi, les frais de transfert de produits d’épargne (PEA, PEL, compte-titres ou CEL) bondiront en 2020 avec une hausse moyenne de 5 %. 

Les clients « infidèles » ne seront pas les seules cibles des banques en 2020 puisque les clients négligents avec leur carte bancaire devront payer plus cher la réédition de leur code secret (+ 1,4 %) et la fabrication d’une nouvelle carte bancaire (+ 3,9 %). 

De façon moins généralisée, certaines banques appliqueront une hausse de quelques centimes pour l’abonnement annuel aux alertes par SMS sur la situation du compte et les cartes bancaires subiront également une augmentation de leurs tarifs de + 1,5 % en moyenne pour les cartes à débit immédiat (Visa et Mastercard) et de 1,7 % pour les cartes « haut de gamme » (Premier et Gold). 

Enfin, dernier domaine pour lequel les clients devront se montrer particulièrement attentifs en 2020, les frais de dossier liés à l’octroi d’un crédit immobilier et qui sont déterminés selon un pourcentage du montant emprunté seront également revus à la hausse l’année prochaine avec un montant minimum facturé augmentant de 6 % en moyenne.  

En guise de conclusion, si 2019 a été une année favorable pour les clients des banques au niveau tarifaire, le retour de bâton semblera bien avoir lieu en 2020 avec la fin du gel des tarifs. Plus que jamais, une vigilance accrue devra être de rigueur sur ce que coûte vraiment sa banque. La guerre des tarifs s’annonce plus que jamais d’actualité !

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