Contribution du Professeur Tariq Ramadan à la nation mauricienne

À l’heure de ses 50 ans d’Indépendance, l’île Maurice  témoigne de l’accompagnement constructif qu’a apporté  le Professeur Tariq Ramadan à la construction d’une nation plurielle et moderne, plus  juste et  plus solidaire,  et surtout,  paisible.

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Contribution du Professeur Tariq Ramadan à la nation mauricienne

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve

Trouveront dans ce sol lavé comme une grève

Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

 Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,

Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur

Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

(Extrait de  L’ennemi, Les Fleurs du Mal, Charles Baudelaire, 1857).

À l’heure de ses 50 ans d’Indépendance, l’île Maurice  témoigne de l’accompagnement constructif qu’a apporté  le Professeur Tariq Ramadan à la construction d’une nation plurielle et moderne, plus  juste et  plus solidaire,  et surtout,  paisible.  

Être avec Dieu, servir l’humanité

Vingt-trois ans, onze visites, plus d’une centaine de conférences ouvertes à toutes et à tous,   d’innombrables ateliers de formation et une multitude de rencontres couvrant tous les horizons de notre pays arc-en-ciel.

C’est à Maurice qu’il lui a été demandé d’ajouter  des invocations spirituelles après ses conférences sur des thèmes allant de la citoyenneté à la réforme, de l’intégration à l’écologie, des droits de la femme à la lutte contre les injustices. Et  c’est  de là qu’il a été entendu en direct pour la première fois  via l’internet… jusqu’au Canada. Et de là, il s’est rendu en Afrique du sud, à Madagascar, à la Réunion.  

C’est ici qu’il a animé le  premier « live chat », ou encore  initié le jihad contre la pauvreté avec les travailleurs sociaux et éducateurs de notre pays.

Le Professeur Ramadan a  illuminé  notre vivre-ensemble en prônant  le pluralisme, le respect et le dialogue. Sauvegarder  la laïcité et  l’état de droit était un rappel constant lors de ses interventions.

Son rayonnement a  vite dépassé la communauté musulmane comme le prouvent  les multiples retransmissions  télévisées et il était très sollicité tant par  les journalistes que par les personnalités locales.

Du plus haut de l’État aux membres de  l’opposition, de la société civile aux   représentants  de diverses  confessions, des intellectuels aux jeunes en passant par le commun des mortels, il les a tous côtoyés. 

Il insistait sur les rencontres avec  les démunis que nous avions oubliés. Il se rendit au chevet des  premiers patients du sida, fut à l’écoute des toxicomanes qui luttaient pour s’en sortir et  soutenait ceux qui souffraient loin de tous les regards, y compris les détenus à Beau Bassin.

Avec sa famille

Et avec lui,  l’île Maurice accueillait aussi  une remarquable famille qu’elle a  appris à apprécier  au fil des visites. Il n’y eut qu’une seule visite où il avait  été sans eux, un voyage-éclair de deux jours pour honorer de sa présence un colloque inter-religieux. La famille était un thème qui revenait sans cesse, la sienne inspirant souvent  ceux qui l’entouraient.  Des liens amicaux se sont tissés naturellement entre des locaux et sa famille. Son épouse, Iman, est devenue   pour beaucoup une grande sœur. L’île Maurice a  vu grandir les aînés Mariam et Sami de l’enfance jusqu’à la maturité.

Le « petit » Moussa a été le copain de tous. Et la benjamine, Najma, toujours pleine d’énergie, ne pouvait passer inaperçue.

Ensuite,  les visites s’espaçaient un peu, son engagement prenant une envergure internationale toute autre. Mais, les Mauriciens étaient  fiers à chaque fois qu’il  faisait référence à leur île  dans les média, son pays d’adoption avec le Maroc.

Toutefois, le Professeur Ramadan n’était pas complaisant vis-à-vis de ses compatriotes d’adoption. 

Aux musulmans, mais pas uniquement, il  leur rappelait  un devoir d’engagement sans discrimination au nom de notre fraternité humaine. Bien avant le 11 septembre, il les avertissait  contre  l’extrémisme, le repli identitaire et la pensée victimaire. Son message était toujours empreint d’une dimension spirituelle.  

Cela ne l’empêchait nullement de prendre position sur des sujets de brûlante actualité comme la guerre contre le terrorisme, la violence domestique, la construction d’un incinérateur  ou la responsabilité sociale des entreprises. Il anima aussi plusieurs évènements en soutien à la cause palestinienne. Il invitait les différents corps professionnels à une éthique agissante. Ses livres s’écoulaient à chaque visite. Il se faisait un plaisir de les dédicacer et de converser avec les lecteurs.

Partout, il répondait incessamment aux questions sur ce qui se passait ailleurs dans le monde, la perte des valeurs morales,  les crises, les guerres, les révolutions, l’islamophobie ou encore le terrorisme.

Tariq Ramadan et l’île Maurice, c’est finalement une affaire de cœur.

Sa première visite devait avoir lieu en juillet-août  1995, mais survint le décès de son père. À chaque fois qu’il vient, ce souvenir demeure vivant. Ici, le Professeur  Ramadan n’est pas connu  comme fils ou petit-fils de…car il a forgé sa propre identité auprès de la nation mauricienne.  

Il n’y a pas de doute que ce qu’il subit actuellement en France est un ignoble lynchage médiatique venant d’un certain milieu. Sa présomption d’innocence est bafouée. Il n’a pas droit à un procès équitable.

La différence dans le traitement de cas similaires, où la présomption d’innocence a été respectée, démontre le dysfonctionnement organique du système politico-judiciaire français et ses desseins inavoués à détruire le Professeur Ramadan. Son état de santé inspire de vives inquiétudes et il ne lui est permis aucun contact avec son épouse et ses enfants.

Indépendance

L’île Maurice, alors connue comme Isle de France, fut pendant  près d’un  siècle une colonie française.  Dieu merci, elle ne l’est plus aujourd’hui ! C’est tout le mérite de notre Indépendance.  Même si à Maurice tout n’est pas parfait, ce qui se passe en France,  pays des Lumières et des droits de l’homme, ne peut que mettre en lumière notre bonheur d’être citoyens de la République de Maurice.

Au lendemain de la Révolution Française, l’assemblée coloniale de l’Isle de France montrait déjà la voie à ce qui deviendrait un jour notre Indépendance. En 1794, elle refusa de se soumettre au décret républicain stipulant la fin du paiement des frais et des salaires des cultes. Un an plus tard, elle récidiva en établissant, sans l’accord de la métropole, un tribunal de révision pour déterminer, entre autres,  si les « jugements ne représentent aucune contravention à la loi…lorsqu’il y a eu fausse application des lois pénales, lorsque les formes ou procédures prescrites par la loi…ont été violées ou omises, etc. »

Les temps ont changé, mais nous voyons que tant pour la neutralité de l’état vis-à-vis des religions que pour l’état de droit, certains, comme le Professeur Ramadan, continuent à subir des injustices.

Si l’île  Maurice est un arbre tropical en pleine floraison multicolore,  le frère Tariq  Ramadan est  cette abeille qui contribue à sa pollinisation à chacune de ses visites.  En France, pour certains  dont les cœurs sont rongés, il n’est rien que la plus dangereuse des bestioles.  Si seulement ils avaient compris ces vers de Baudelaire, ce grand poète qui a connu l’île Maurice, terre de diversité depuis toujours ? Et si seulement ils avaient  reconnu en  Tariq Ramadan ce « mystique aliment » qui leur fait tant défaut ?

 Comité de Coordination, île Maurice

 4 mars 2018

 

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