Les facteurs socio-politiques liés aux accusations contre le Dr Tariq Ramadan

Depuis près de 10 ans, les militants laïcs de la classe dirigeante française ont diabolisé l’éminent universitaire, M. Tariq Ramadan, pour sa position de principe sur l’Islam, en tant qu’acteur sociopolitique et les questions concernant les musulmans d’Europe.

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Depuis près de 10 ans, les militants laïcs de la classe dirigeante française ont diabolisé l’éminent universitaire, M. Tariq Ramadan, pour sa position de principe sur l’Islam, en tant qu’acteur sociopolitique et les questions concernant les musulmans d’Europe.

Ainsi, la dimension sociopolitique dans les accusations portées dans les tribunaux français contre M. Ramadan ne peut pas être ignorée.

Pendant des années, M. Ramadan a activement lutté contre la normalisation de l'islamophobie en France et en Europe.

En 2012, le Ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, et le Ministre de l'intérieur, Claude Guéant, ont dit dans une déclaration commune que les positions de M. Ramadan « sont contraires à l’esprit républicain et ne rendent pas service aux musulmans français ».

Ramadan a également eu plusieurs désaccords avec l’ancien Président français, Nicolas Sarkozy, qui est connu pour ses opinions xénophobes et islamophobes.

Il n'est pas étranger à la pression politique. En 2009, Erasmus University l’a congédié de son poste en prétextant que son émission « L’Islam & la vie » diffusée sur l’Iran’s Press TV est « inconciliable » avec ses fonctions à Rotterdam.

Ce qui est curieux au sujet des accusations contre M. Ramadan, c'est que les deux premières femmes qui l’ont accusé de viol ont porté leur affaire devant les tribunaux français et, au lieu d’attendre que la procédure se fasse et qu’un verdict clair soit prononcé, M. Ramadan a été publiquement jugé comme un « dangereux » radical par l'establishment politique et médiatique.

Son cas, soulève de graves préoccupations concernant l'impartialité de la justice française.

Il serait naïf de ne pas s’attendre à ce que les tribunaux dirigés par des bureaucrates n’aient pas de préjugés contre une figure musulmane aussi emblématique tant au niveau social que politique.

L'islamophobie est largement répandue en France et l’élite laïque au pouvoir contribue activement à sa propagation.

Qui peut garantir que la bureaucratie judiciaire française va prendre une distance objective, notamment sur les positions sociopolitiques de M. Ramadan qui sont en opposition avec les opinions du gouvernement en place ?

Ramadan n’a pas seulement de puissants adversaires politiques en France, il en a également à l'intérieur même de la communauté musulmane.

Il est un ardent défenseur de l’unité entre musulmans sunnites et chiites.

De nombreux régimes despotiques dans le monde musulman s’opposent donc à sa vision, régimes qui ont des connexions au niveau français.

À de nombreuses reprises, M. Ramadan s’est montré très critique à l’égard de savants musulmans qui défendent ces régimes despotiques.

En dehors des lacunes par rapport à sa bataille juridique en France, il existe également quelques incohérences concernant les allégations faites contre lui. M. Ramadan n’est pas un personnage puissant au niveau politique, mais c’est un universitaire très influent qui a de puissants adversaires de pouvoir dans le pays où les crimes auraient prétendument eu lieu.

Pourquoi donc une victime aurait eu peur de le dénoncer tout de suite ?

C’est une question à laquelle la cour devra répondre, mais que les gens doivent d’ores et déjà réfléchir.

Quand on lit des rumeurs d’accusations dans les médias à l’encontre d’une personne, et ce surtout si l’accusateur est un adversaire idéologique et social de l’accusé, il est crucial pour les musulmans de revenir à la finesse de la littérature coranique qui insiste sur ce fait :

« Ô vous qui avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, voyez bien clair [de crainte] que par inadvertance vous ne portiez atteinte à des gens et que vous ne regrettiez par la suite ce que vous avez fait. »

(Coran sourate 49, verset 6)

 Source: Crescent Newsmagazine: https://crescent.icit-digital.org/articles/socio-political-factors-behind-accusations-against-dr-tariq-ramadan

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