AAH & vie conjugale conjuguées par Sophie Cluzel

Voilà une cause qui n’intéresse personne sauf les intéressés dans le viseur coupe-allocations de Sophie Cluzel, Secrétaire d’État chargée des personnes handicapées au gouvernement d'Emmanuel Macron depuis 2017. Mais où vont-ils chercher leurs idées ? Dans l’infortune d’un biscuit chinois ?

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AAH & vie conjugale conjuguées par Sophie Cluzel

 Voilà une cause qui n’intéresse personne sauf les intéressés dans le viseur coupe-allocations de Sophie Cluzel, Secrétaire d’État chargée des personnes handicapées depuis 2017.

 Si le Sénat a « déconjugalisé » le versement de l’AAH (Allocation Adulte Handicapé) en mars 2021, Sophie Cluzel, elle, dans la logique régressiste du gouvernement Macron, entend bien remettre une couche en retirant aux allocataires une portion ou la totalité de leur allocation qui serait calculée en incluant les revenus du/de la partenaire. La proposition de loi doit être votée à l’Assemblée Nationale ce 17 juin. On s’attend à ce que le groupe majoritaire LREM « conjugalise » l’AAH.

Je conjugue, tu conjugues, il/elle/on conjugue « déconjugaliser ». Nouvelles scènes de la vie conjugale – après Bergman, voici la version Cluzel, sans chichis, mais avec beaucoup d’audace. En traversant la rue pour trouver un emploi à la mesure de ses ambitions, on peut piétiner, à pas valides, la dignité de quelques citoyens classés comme invalides qui auraient peut-être besoin de préserver leur indépendance économique.

Mais où vont-ils chercher leurs idées ? Dans une boîte à idées ? Dans une boîte de biscuits chinois assortis de citations philosophiques ? Dans l’infortune d’un biscuit chinois ? Souris à ton malheur, la vie te sourira. Un handicap, ça n’empêche pas de vivre. Vis ton handicap, on saura te le faire payer. Handicapé à vie, tu crois à la solidarité éternelle ?

 

Suite à une pétition déposée le 10 septembre 2020 sur la plateforme en ligne du Sénat, la proposition de loi avait été favorablement examinée le 9 mars 2021. Auparavant, Sophie Cluzel avait été auditionnée par le Sénat. Vidéo visible, à voir. Justice sociale, solidarité nationale, solidarité familiale, égalité des chances, contrat social, cohésion nationale, juste redistribution … Les lexèmes sont légion dans la bouche de la Secrétaire d’État et on ne saurait lui reprocher de répéter les mots qui font sens, ou pas. Pragmatisme et réalisme sont à l’ordre du jour  et tant pis si 44 000 foyers deviennent perdants. Sophie Cluzel énonce, insiste, compatit, nuance.  Elle reconnaît que c’est « un sujet de fond qui interroge » et propose d’avancer plus vite, etc. etc.

En commençant à lire son texte le 18 février 2021 devant le Sénat, Sophie Cluzel mentionne « 12 millions de personnes en situation de handicap ». Disons que l’émotion de l’oral lui a fait perdre le sens de la virgule et rétablissons qu’il s’agissait plutôt de 1,2 million de personnes. Plus loin dans le texte, la faute sera corrigée par l’auditionnée.

 

Voilà un gouvernement qui met son ambition au service des personnes en situation de handicap pour leur apporter un soutien, leur assurer l’autonomie, tout en sciant la branche de la politique du handicap. Du Marx Brothers, même pas drôle. Du Eugène Ionesco, même pas tonifiant. Ce qui manque au discours de Sophie Cluzel : une parole crue, vraie, celle de la politique des coupes budgétaires qui s’attaque à des citoyens économiquement vulnérables. 900 euros pour vivre, c’est Indiana Jones au temple du temps perdu.

À qui va-t-on faire avaler que les restrictions budgétaires mènent à la liberté de choix ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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