Covid-19: déconfinement, de l'eau et du savon

Montez dans un TGV d’abord, respirez le bon air ambiant, pratiquez la distanciation en voyageant, faites un tour aux toilettes et préparez-vous à remettre l’économie de la France sur pied.

 

Covid-19 : déconfinement, de l’eau et du savon

 

Avez-vous déjà pris le TGV ?

 

À la Gare du Nord le soir, l’équipe technique, comme on dit pour ne pas dire les hommes et femmes recrutés pour nettoyer la merde des autres, est au rendez-vous pour monter à bord, s’impatiente même si les voyageurs tardent à descendre. Équipée d’outils et de produits basiques pour nettoyer les wagons, l’équipe, tantôt plaisantant tantôt morose, racle les fonds de poubelles, ramasse les magazines gisant sur les sièges, aspire miettes de pain ou de biscuits, veille à maintenir le confort dans les couloirs, les plateformes symétriques et bien entendu les toilettes cubiques.

Ah, les toilettes des TGV ! Parlons-en ! Car le lendemain matin, dans le premier TGV en partance pour les Hauts-de-France (appellation hautement poétique, vous en conviendrez), il n’y a ni savon, ni papier toilette, ni eau. C’est à se demander ce que les équipes techniques et leurs supérieurs hiérarchiques fabriquent du temps consenti au décrassage, époussetage et stockage avant la mise en circulation des trains dans la fraîcheur matinale. Alors, en tant que voyageur, que dis-je, en tant que "Grand Voyageur Plus" empruntant la ligne Paris-Arras régulièrement depuis 25 ans, on a beau se creuser les méninges on ne peut tout saisir de la logique, de la logistique, de la politique d’une entreprise tournée vers le profit (comme toutes les entreprises, et c’est normal) et qui transporte des milliers, des centaines de milliers, de voyageurs-travailleurs et de voyageurs-visiteurs (qui pousseront peut-être la porte des toilettes ce matin-là).

Alors, on s’accommode. Les Français sont râleurs mais aussi conciliants. Si l’on craint le manque de PQ, on apporte son paquet de Kleenex. C’est de la micro prévoyance, pour parler avec les mots du progrès. Ultime ressource au niveau individuel lorsque tout le reste a foutu le camp dans une société où les individus comptent si peu face aux princes et princesses des finances, multinationales, intérêts internationaux, forces médiatiques, manipulations doctrinaires et arrogances politiques. Attention, il ne s’agit pas de dire qu’avant c’était mieux. Il n’y a pas d’avant mythique. Les prêcheurs de tous bords qui rêvent de refonder un paradis perdu ne sont que des menteurs. L’individu aimerait juste tendre vers un avenir décent, digne de la (brève) vie humaine.

Suite des doléances et des non-solutions : Si l’on craint le manque de savon, on apporte son flacon de gel hydro-alcoolique ou ses lingettes désinfectantes, sauf que ces derniers temps, ces denrées sont devenues hyper rares. Des supérettes qui vendent « le geste sain au thé vert » à un prix exorbitant. Des pharmacies prises d’assaut, obligées de se défendre à coup d’affichettes et de haussements d’épaules. Qui l’aurait cru ? Et si dans un TGV, fleuron de l’industrie française comme on dit, un TGV bondé qui plus est, on constate le manque d’eau, tirez-en les conclusions pathétiques. Chasse d’eau vide, robinet d’eau du nano lavabo à sec. Inutile de vous faire un dessin, hein ? Parfois, il y a même la queue devant les toilettes. Au suivant !

Quel rapport avec le Covid-19 et l’éventuel déconfinement prévu pour le 11 mai 2020 ?

Montez dans un TGV d’abord, respirez le bon air ambiant, pratiquez la distanciation en voyageant, faites un tour aux toilettes et préparez-vous à remettre l’économie de la France sur pied. Ne trébuchez pas en descendant sur le quai. Pour ne pas encombrer les salles d’urgence. Civisme requis en cas de pandémie.

En échange d’un civisme qu’on souhaiterait acquis par tous (mais tout cela demande du temps et surtout un (ré)apprentissage des règles d’hygiène), pourrait-on espérer une démonstration probante de propreté de la part des services publics ? Oui, de propreté. Dans les rues, le métro, les trains, les commerces, les camps de réfugiés… Aux dernières nouvelles, on ne sait pas si le virus aura disparu le 10 mai au soir.

 

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