David Hockney au Centre Pompidou ou l’itinéraire d’un gamin de Bradford

La rétrospective David Hockney au Centre Pompidou consacre le talent d’un gamin de Bradford (Yorkshire) que rien ne destinait à sortir du lot, sauf son talent.

David Hockney au Centre Pompidou ou l’itinéraire d’un gamin de Bradford

 

La rétrospective David Hockney au Centre Pompidou consacre le talent d’un gamin de Bradford (Yorkshire) que rien ne destinait à sortir du lot, sauf son talent. De l’École d’Art de Bradford (1953) à l’École de Peinture du Royal College de Londres (1959). L’artisan qui peint avec ses mains, aux dires du peintre lui-même, s’est propulsé et s’est maintenu au firmament de l’art contemporain. Soixante années de recherches et de productions en peinture, dessin, gravure, photographie, collage, installation vidéo.

 

Si A Bigger Splash, 1967 [Une gerbe d’eau encore plus grande], une piscine californienne au plongeoir jaune entre champ coloré et pop art, reste le tableau le plus célèbre de Hockney, la chronologie des œuvres nous raconte une ré-inventivité permanente, un style qui se diversifie au fil de ses inspirations (William Hogarth, Walter Sickert, Pablo Picasso, Francis Bacon, Larry Rivers…), de ses rencontres (dont Peter Schlesinger, le bel amant souvent dénudé : The Room, Tarzana, 1967 [La chambre, Tarzana]), et de ses voyages (New York, la Californie, le Grand Canyon, retour dans le Yorkshire, retour à Los Angeles).

 

Towpath at Apperley Road, Looking Towards Thackley, 1956 [Chemin de halage au croisement d’Apperley Road, en allant vers Thackley], un paysage aux couleurs sombres, dégage le réalisme d’une Angleterre qui se regarde sans s’admirer. Par ses affichettes, Hockney, dès son jeune âge, s’était insurgé contre les épreuves d’endurance à l’école. Il passe par la case Kitchen Sink (Évier de Cuisine), non loin des Angry Young Men (Jeunes Gens en Colère). On songe à la vie crue selon Alan Sillitoe dont la nouvelle « La Solitude du coureur de fond » (1959) sera adaptée par Tony Richardson. Mais Hockney s’en démarque par ses excentricités, son optimisme, son humour, comme en témoigne déjà Self-Portrait, 1957 [Auto-Portrait], un collage aux couleurs vives sur papier journal.

 

Avec Tyger Painting # 2, 1960 [Peinture au tigre n° 2], on entre dans l’abstraction ludique sur fond blanc cassé : taches d’un rouge cramoisi, lettres de l’alphabet, instrument de musique. Londres, les Swinging Sixties. « I love every moment » (J’adore chaque instant), dit l’inscription dans l’angle inférieur droit de The Cha Cha That Was Danced in the Early Hours of 24th March, 1961, 1961 [Le cha-cha-cha qui fut dansé dans les premières heures du 24 mars 1961]. L’époque est à la jouissance. Hockney fait œuvre de son homosexualité. Œuvre qu’il poursuit avec la série newyorkaise A Rake’s Progress, 1961-1962 [La carrière d’un libertin], d’après Hogarth : The Drinking Scene [La scène de beuverie] montre deux silhouettes enlacées au comptoir d’un bar, et en contrepoint deux visages dramatiques tournés vers le hors-champ, la palette grise à peine rehaussée de rouge.

 

Parmi les doubles portraits naturalistes, celui des parents, My Parents, 1977, est remarquable par sa pudeur et sa profondeur. L’empathie du fils est dans la douceur des poses. Elle, presque angélique, le sourire clément, les mains croisées, les pieds rapprochés. Lui, penché au-dessus d’un livre d’art qu’il tient des deux mains, le corps en tension par l’effort physique et intellectuel. Un statisme et une symétrie à la Edward Hopper. Un décor domestique dépouillé où le mur vert pâle semble s’estomper en absence et où la console sur roulettes, d’un vert plus joyeux, contient les mystères du temps terrestre et spirituel – Proust, Chardin, Piero della Francesca, un bouquet de tulipes. Aussi : une salle entière de portraits simples, à l’encre ou à la mine de plomb : un dénommé Chuck à Fire Island, le poète W. H. Auden vieillissant, Andy Warhol au faîte de sa gloire.

De la Californie du sud Hockney retient la luminosité, le miroitement, l’hédonisme. Une première période : aplat des couleurs, pureté des lignes. Les Paper Pools [Piscines de papier], sous l’influence de Frank Stella et de Kenneth Noland, proposent des tracés géométriques minimalistes avec pour centre le même plongeoir jaune, de jour, de nuit. L’hyperréalisme exacerbé de A Lawn Being Sprinkled, 1967 [Une pelouse arrosée] fait de Beverly Hills un espace mathématiquement rêvé – maison entre jets d’eau et palissade, arbustes et palmiers. Il y a tout de même une quiétude, un bien-être, un enfantillage dans ces représentations de Los Angeles que le Britannique démêle de son regard ironique. Plus récemment : la palette change, le dessin aussi. Pour faire éclore un primitivisme chatoyant. De quoi surprendre l’œil amoureux de A Bigger Splash. Par exemple, Pacific Coast Highway and Santa Monica, 1990 [Route de la Côte Pacifique et Santa Monica] déploie route sinueuse, collines et vallées, baie de Santa Monica, courbe de l’océan en un étagement de jaune, ocre, vert, bleu et pourpre. Hockney magicien. Avec Garden with Blue Terrace, 2015 [Jardin avec terrasse bleue], l’espace privé est enveloppé d’exubérance. Que la joie vous emporte ! semble dire Hockney, 80 ans depuis le 9 juillet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.