Chômage en novembre, Noël en décembre


Ainsi ils veulent nous faire croire que l'augmentation du chômage est dans l'ordre des choses. Nous ne pouvons accepter cette banalisation qui occulte la réalité de la pauvreté et de la précarisation croissantes, avec tous les phénomènes qui les accompagnent

 

Le 23 décembre, invité d'Europe 1, Manuel Valls a par avance relativisé les chiffres du chômage pour novembre : "Malheureusement, je crains que ces chiffres ne soient pas bons, parce que nous avons encore connu au mois de novembre des destructions d'emplois, des faillites d'entreprises ». ET de nous prédire la croissance qui réglera tout. Le Monde va dans le même sens avec un titre, « Chômage : une légère hausse en novembre », qui vise à rassurer dans les chaumières. Pourtant cette hausse de 0,8 % représente une augmentation du nombre de chômeurs de près de 10 % l'an et la hausse sur 2014 est supérieure à celle de 2013 (181 000 contre 174 800).

 

Cette minoration de la hausse du chômage est significative : dans les priorités, la lutte contre le chômage passe au second plan derrière la « libération des contraintes qui pèsent sur les entreprises ».

Au delà des chiffres globaux qui sont en eux mêmes la marque de l'échec des politiques récessives suivies, il convient de s'intéresser à quelques données qui font l'objet d'un consensus des forces politiques.

 

Des chômeurs à la place des retraités


Wauquiez, au lieu des faire des effets de manche avec son « Waterloo de l'emploi », ferait bien de se rappeler la hausse semblable sous un gouvernement UMP et la présidence Sarkozy : pourtant ils avaient l'un et l'autre « la confiance » ce mot magique qui autorise toutes les soumissions au Capital. Plus particulièrement il ferait bien de lire les chiffres du chômage des + de 50 ans dont lui et ses amis sont responsables : depuis 2010 et la réforme des retraites cette catégorie ne cesse d'augmenter passant de moins de 500 000 à 810 000, 60 % d'augmentation. Il est vrai que la hausse a continué sous le quinquennat d'Hollande qui n'est pas revenu sur ces mesures. Ainsi combien de milliers de retraités sont devenus chômeurs ? Les chiffres ne le traduisent qu'imparfaitement car c'est probablement dans cette tranche d'âge (et encore plus dans la limite supérieure) que sévit le plus le découragement. On ne s'inscrit plus quand on ne touche plus d’indemnisation. Il y a de quoi être découragé et ne plus croire à un emploi possible quand on sait que la durée moyenne de chômage des plus de 50 ans est de 518 jours, et a augmenté de 65 jours en un an.

 

Malgré ces données accablantes, UMP et PS partagent encore la volonté de reculer l'âge de la retraite, avec une campagne alarmiste sur le déficit des retraites complémentaires. Si l'on recule l'age pour bénéficier des complémentaires dans quelle situation vont se retrouver celles et ceux que Pôle Emploi mettra d'office à la retraite à l'age légal ? Sans la moitié de leur retraite, ils vont se retrouver au minimum vieillesse.

On ne voit pas comment les politiques de l'emploi mises en œuvre ″en faveur″ de ces catégories pourraient modifier fondamentalement une dégradation généralisée des chômeurs dits âgés. Tout au plus comme cela s'est passé quand les jeunes étaient les cibles des « mesures pour l'emploi » une petite partie fera la douloureuse expérience des emplois aidés avec l'espoir de durer jusqu'à la retraite. La seule solution serait de baisser l'âge de départ mais cela ni le PS, ni l'UMP, ni le FN ne le veulent.

 

Durée du chômage, la voie royale vers l'exclusion


Il est utile de rappeler qu'aujourd'hui seuls 18,7 % des chômeurs qui sortent de la liste des demandeurs d'emploi le font grâce à une reprise d'emploi. Dans les statistiques de Pôle emploi plus de la moitié des sorties se font pour des raisons indéfinies (44 % pour « défaut d'actualisation » et 10 % « autres cas », deux catégories non renseignées par les agents qui recoupe à la fois des reprises d'emploi non déclarées et des découragements ou des erreurs.

Le nombre d'offres d'emploi dit « durable » proposées par Pôle Emploi est ridiculement faible : pour 100 chômeurs, 1,9 offre de ce type ce qui laisse 98 chômeurs sans proposition. Si l'on ajoute les offres « temporaires » (moins de 6 mois) et « occasionnelles » (moins de 1 mois), les performances de reclassement sont doublées et seuls 96 chômeurs se retrouvent sans proposition. La DARES (Ministère du travail) nous dit qu'il faut rajouter les offres déposées auprès de partenaires de Pôle emploi mais il est douteux que l'efficacité de ces partenaires soit telle que cela puisse modifier significativement le chiffre.

 

Dans ces conditions il ne faut pas s'étonner que celles et ceux qui subissent le chômage passent rapidement de la précarité de l'emploi à l’enfermement dans le chômage de longue durée, 43 % sont au chômage depuis un an ou plus et près de 700 000 personnes depuis plus de 3 ans. C'est un phénomène qui s'aggrave : en un an le nombre des chômeurs de « plus de 3 ans » a augmenté de 18,9 % soit plus de 110 000 personnes (l’équivalent de la population de villes comme Caen ou Rouen). A ces chômeurs « recensés », il faut rajouter un certain nombre de bénéficiaires du RSA « socle » (sans activité) et/ou les chômeurs qui ont renoncé à s'inscrire faute de pouvoir percevoir des allocations.

 

Sur toutes ces catégories dites « le plus loin de l'emploi », ce ne sont pas les contrats aidés qui vont constituer une réponse d'autant plus que l'INSEE prévoir encore un hausse du chômage en général jusqu'au milieu de l’année prochaine. Ce ne sont pas non plus les mesures de ″travail forcé″ ou de limitation des droits pronées par le FN et l'UMP qui peuvent améliorer la situation de millions de personnes. Ce d'autant plus que la baisse des conditions d'indemnisation s'accentue, aggravant encore la situation de chômeurs de plus en plus nombreux.

 

« Toujours moins pour les fainéants » nous disent en cœur Rebsamen et Gattaz


Pour éviter que le chômage en augmentation ne créé plus des « contraintes aux entreprises », la dernière convention UNEDIC - avalisée par le gouvernement et appliquée avec zèle par la culture d'entreprise en vigueur à Pôle Emploi- se traduit par une dégradation de l'assurance chômage.

Il faut tout d'abord rappeler que seuls 48,3 % des chômeurs sont indemnisés dont une partie l'est par la solidarité nationale et non par l'assurance chômage.

Il faut rappeler aussi que les bénéficiaires du RSA représentent 17 % des demandeurs d'emploi (1/3 d'entre eux ils sont bénéficiaires d'allocations ou d'un petit sous-emploi, les autres bénéficiant du RSA dit « socle » versé par les conseils généraux).

 

Mais ce n'est pas assez pour le MEDEF et ses partenaires signataires de la convention, Ce que la CFDT présentait comme un avancée sociale – les droits rechargeables – est depuis le début destinée à faciliter la précarité en permettant une meilleure fluidité du parcours chômage/emploi précaire/chômage. Mais à l'usage les chômeurs découvrent aussi que ce progrès social peut se traduire par une baisse des allocations. (Lire http://cgtchomeursrebelles56.blogspot.fr/2014/07/assurance-chomage-et-droits.html).

C'est aussi le cas pour les intérimaires sacrifiés pour quelque embauches symboliques en CDI par les boites d'intérim : leurs droits ont reculé. (Lire http://cgtchomeursrebelles56.blogspot.fr/2014/08/les-interimaires-les-autres-grands.html).

 

On sait que les intermittents du spectacle sont la cible de nos libéraux de tout poil du MEDEF à la Cour des comptes et passant par le gouvernement. Certes les annexes 8 et 10 n'ont pas été supprimées mais la chasse aux intermittents est ouverte par Pole emploi services officine spécialisées dans la chasse aux intermittents. Les contrôles se multiplient entraînant suspension des allocations, demandes d'indus (avec menaces), et pour certains le retour au régime général qui se traduit par des allocations dérisoires et/ou le passage au RSA voir :. https://www.facebook.com/KoordinationIntermittentsCalvados/photos/a.629274443804929.1073741827.629272040471836/772775846121454/?type=1&theater

 

Et bien sur pour couronner le tout, la chasse aux fraudeurs : un rapport interne a ″fuité″ dans la presse et a fait l'objet d'un blog du journaliste Chastand dans Le Monde avec un titre racoleur : « La fraude détectée par Pôle emploi augmente encore ». Il s'agit encore là d'entretenir la suspicion vis à vis des chômeurs chère aux Sapin, Rebsamen et autre Valls pour le compte du MEDEF. L'auteur nous explique que la fraude en 2014 est déjà en 9 mois presqu'au même niveau qu'en 2013 et qu'à ce rythme nous allons atteindre une fraude de 120 millions d'euros soir quasiment le double de 2011. Il est vrai qu'il est mentionné que ce montant ne représente que 0,2 % des allocations versées.

Il est dit que Pôle emploi a considérablement renforcé « ses outils de lutte contre la fraude […] et a également mis en place des processus d'analyse de données ("datamining") qui permettent de cibler les contrôles sur les populations les plus susceptibles de frauder », sans préciser que l’amélioration de la détection ne pouvait qu'avoir des effets sur la fraude détectée.

Mais ce que l'on peut surtout reprocher à Chastand, c'est d'accepter de qualifier ″fraude″ des actesqui sont liées à la précarité accrue des contrats qu'une étude de la DARES a mis en évidence récemment . (Lire http://blogs.mediapart.fr/blog/etienneadamanpagorg/081214/lani-le-retour-vers-la-precarite). Il écrit en effet « le plus gros mécanisme de fraude détectée (38,3 millions d'euros) était l'absence de déclaration des périodes d'emploi, pour cumuler salaire et allocation chômage ». Tout ceux qui ont un peu l'usage de Pôle emploi connaîssent la complexité des procédures pour les précaires, le danger d'oublier de déclarer un emploi qui n'a pas encore été payé ou donnée lieu à une délivrance de la fiche de paye. Tout chômeur n'a pas totalement intégré la logique de fonctionnement de Pôle emploi avec son système tellement étranger à la vie normale d'un salarié. Et puis quand on touche des allocations de misère peut-on prendre le risque de faire l'avance d'un somme non perçue d'un employeur qui tarde à payer au risque d'être sanctionné par sa banque ?

Dans nombre de cas ces pratiques ne devraient pas mériter l'appellation stigmatisante de ″fraude″ d'autant plus que Pôle emploi n'hésite pas à récupérer les indus quelquefois au delà de ce que la loi autorise. Mais la ″culture d’entreprise″ cultivée par les dirigeants de Pôle emploi fait du chômeur un fraudeur par essence dont il faut se méfier et qu'il faut dénoncer sur la place publique : voilà pourquoi des bilans destinés aux syndicats se retrouvent dans la presse.

 

L'année a commencé par un ministre, par la presse aux ordres montrant du doigt les chômeurs, elle finit de la même manière. Il ne s'agit pas seulement d'un bon moyen de vendre de la copie sur le dos des pauvres, il s'agit d'une vraie bataille idéologique de disqualification des chômeurs et autres « salauds de pauvres ».

Du coup les chômeurs s’enfoncent un peu plus dans le silence et la résignation. Le gouvernement et ses acteurs d'une démocratie sociale - réduite à l'entente CFDT-MEDEF (parfois avec la caution de FO) – pourront à nouveau réduire les droits des chômeurs et des précaires.

Il nous faut dénoncer ce qui se trame contre des millions de personnes. Aujourd'hui l'assurance chômage ne répond plus à l'objectif qui lui avait été donné à sa création sous de Gaulle en 1958 : libérer les chômeurs des contraintes de la survie au quotidien pour pouvoir se concentrer sur la recherche d'emploi.

La montée de la pauvreté est d'ores et déjà une réalité qui fait que survivre devient une tâche qui prend du temps entre les Restos du cœur, les démarches pour se soigner, celles pour récupérer les droits perdus, etc. Il faut se rappeler que beaucoup de personnes renoncent à leurs droits, que pour eux la protection sociale n'existe plus. (Voir les études de l'Observatoire des non-recours aux droits et serviceshttps://odenore.msh-alpes.fr/).

Depuis 30 ans les politiques de traitement social du chômage ont échoué. Il est temps de proposer d'autres solutions autour de la réduction du temps de travail et de la sécurisation des parcours professionnels ; et aussi faire de Pôle emploi un service public pour la mobilité professionnelle et la formation pour en finir avec le chômage et la précarité.

 

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