Je suis venu en France à quinze ans

Le Guinéen Falmarès, jeune prodige de la poésie, va être expulsé - Cette histoire ne se passe pas en Chine, en Irak, en Iran, au Brésil, en Russie ou on ne sait où : ça se passe en France, dans l'ouest, à Nantes, en 2021

Mise à jour 2 le 27 avril 2021

Ouest France - le 26 avril 2021

Nantes. Le préfet accorde six mois de plus à Falmarès

.../... Ce lundi 26 avril, la préfecture a décidé de lui accorder six mois supplémentaires afin de solliciter, auprès des autorités guinéennes en France, l’authentification de ses actes d’état civil et de pouvoir défendre son dossier.

En effet, la préfecture invoquait notamment un souci avec la date de naissance de ses parents, non indiquée sur son propre extrait de naissance.

Mise à jour avec l'ajout d'un de ses poèmes

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Falmarès, jeune prodige de la poésie

Falmarès évoque lui-même sa situation

interview : enregistrement audio - 24 avril 2021 - (10'58) - Arno Wajdzik


 Mohamed B.

ALMARÈS

de son nom de plume

est né en 2001 en Guinée.


« Réfugié poétique », il est toujours lycéen dans le Morbihan.

Soulagements de Falmarès
Amours et douleurs

1

Soulagements 2 de Falmarès
Tropiques printaniers

2

http://lesmandarines.free.fr/


Armel Mandart

23 avril, 22:08  ·

Il était une fois un petit Guinéen, né en 2001.

A 14 ans et demi, à la mort de sa maman, il quitte son pays. 14 ans et demi ! Il traverse le Mali, travaille en Algérie, subit mille misères en Libye et finit par traverser la Méditerranée sur un rafiot improbable. Il arrive à Catane, est envoyé au nord de l'Italie. Comme il ne parle pas italien mais français, il arrive à Paris, puis à Nantes.

Tout de suite, il se met à fréquenter les médiathèques, il lit un maximum, il se met à écrire pour se soulager, il montre à un poète reconnu ce qu'il écrit, le poète lui dit que c'est de la poésie, il découvre qu'il fait de la poésie sans le savoir.

Il atterrit en Bretagne, au Bono (56). Là, il continue à écrire. Il lit ses poèmes en public. Un jour, il est découvert par des éditeurs qui l'éditent. C'est le succès immédiat. Lui qui est en Première Pro (logistique), il est invité dans des lycées, il rencontre des Littéraires subjugués par la langue et la force de ce jeune homme noir. Un deuxième recueil de poésie est édité.

Le JDD (journal national) fait un bel article sur lui, le Canard Enchaîné aussi. Toutes les chaînes de télé téléphonent aux éditeurs.

La Préfecture du Morbihan les somment de tout annuler.

Le poète continue à écrire. On le contraint à changer de lycée, à passer le bac pro en alternance. Ce qu'il fait.

En pleine préparation du bac, on lui signifie qu'il doit quitter la France dans les 30 jours, sinon la police viendra le prendre à son domicile et le renverra en Guinée (qu'il a quittée il y a 5 ans).

Le poète a 19 ans. Il a une ambition : faire un BTS de Logistique et trouver vite un emploi (il est bien parti pour, puisqu'il est en alternance).

Parallèlement, il veut continuer à écrire : ses mots lui ont déjà valu d'être parrainé par Joseph PONTHUS, qui hélas, vient de nous quitter... Il a été nommé "Ambassadeur de la Paix" par une association franco-suisse. Il vient d'être sélectionné pour faire partie du jury du grand Festival des "Etonnants Voyageurs" à St-Malo...

Bref, cette administration inhumaine, ce recours à la police, cette politique évoquent vraiment les années sombres de la France.

J'AI HONTE.

Mon histoire ne se passe pas en Chine, en Irak, en Iran, au Brésil, en Russie ou je ne sais où : ça se passe en France, dans l'ouest, à Nantes, en 2021. D'un côté, un adolescent talentueux qui a su allier intelligence et sens pratique. De l'autre, un pouvoir irrespectueux de la condition humaine. J'ai 73 ans. J'ai rêvé d'un monde meilleur. J'ai été militant. Je crois de moins en moins à la politique. Et j'ai honte de notre pays.

On aura reconnu le poète, Falmarès,

Falmarès Bangs

... et les éditeurs, Joëlle et moi, les Editions Les Mandarines.


Il y a un an ...

Le JJD - marie Quenet, 29 janvier 2020

Falmarès, lycéen et réfugié poétique en attente d'un titre de séjour

Mohamed, un lycéen de Vannes originaire de Guinée, publie un deuxième recueil de poésie. Il espère obtenir un titre de séjour.

À la sortie des cours, une enseignante le félicite : "J'ai lu les ­articles sur ton prochain livre. Bravo, Mohamed!" Le jeune Guinéen compte déjà quelques fidèles lecteurs. Trois ans après son arrivée en France, l'ancien mineur isolé a fait un sacré bout de chemin. Les souffrances endurées, il les a déjà racontées dans un premier recueil de poèmes publié en 2018 (Soulagements, éditions Les Mandarines). La suite paraîtra dans les prochains jours. Au lycée Jean-Guéhenno de Vannes (Morbihan), où il est scolarisé en première, le "réfugié poétique" force l'admiration. Il a participé, avec une dizaine de lycéens, à l'atelier d'écriture. Et, toujours partant, dirige ­aujourd'hui le journal de l'établissement.

"C'est la première fois que je vois un jeune poète en lycée professionnel, s'enthousiasme un professeur de français. Ça fait pourtant vingt ans que j'enseigne!" "Il sort du lot, confirme une CPE (conseillère principale d'éducation), qui garde précieusement son premier livre dédicacé. Si l'on parle poésie à nos élèves, ils vont rigoler. Mais lui, il impose le respect."

.../...

Comité de soutien au poète Faldarès -(page facebook)

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