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Billet de blog 27 nov. 2021

Tragédie au large de Calais : interview de Marie-Christine Vergiat

Tragédie au large de Calais : interview au micro de Radio Orient de Marie-Christine Vergiat, ancienne députée européenne, vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme.

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Radio Orient – LB, le journal de midi – 25 novembre 2021

Tragédie au large de Calais : interview Marie-Christine Vergiat

(de 1’ à 7’30)

On se dit que ce genre de drame devrait pouvoir être évité, la Manche est en train de devenir un cimetière comme la Méditerranée l’est déjà depuis des années.

Cela ne sert à rien de mettre en cause les passeurs et les associations, ce sont les états, les gouvernements qui sont responsables de cette tragédie.

Je crois qu’il faut le dire.

Qu’on entende enfin les associations qui demandent des politiques d’accueil, parce que si ces gens étaient bien accueillis, étaient mieux accueillis, ils n’auraient pas comme cela l’idée de prendre un bateau et de risquer leur vie pour traverser la Manche.

  • Mais vous ne niez pas la responsabilité des passeurs aujourd’hui.

Plus on ferme les frontières, plus les routes sont dangereuses et plus on fait le jeu des passeurs.

Les responsables, ce ne sont pas les passeurs, ce sont ceux qui permettent d’organiser ce trafic. Et sans ces routes fermées, les gens prendraient des routes légales. Or il n’y a pas de voies légales ... il n’y a pas de voies légales. Ils ne peuvent pas avoir ne serait-ce qu’un visa humanitaire.

Il suffit d’écouter les témoignages, leurs témoignages. Personne ne peut imaginer qu’ils font le choix de risquer leur vie !

Ils risquent leur vie, parce qu’ils n’ont pas la possibilité de venir légalement, parce qu’on ne leur donne pas de visa.

Oui, les passeurs … on peut toujours lutter contre les passeurs, tant qu’on n'aura pas réglé le problème en amont, on continuera à faire l’affaire des passeurs.

Ça fait vingt ans que ces politiques sont en œuvres, ça fait vingt ans qu’on voit les passages se déplacer et ça fait vingt ans qu’il y a des morts, de plus en plus de morts !

C’est à la frontière italienne, c’est dans le briançonnais, c’est à Saint-Jean-de-Luz maintenant … c’est entre le Maroc et l’Espagne, c’est tout au long de la méditerranée, c’est entre la Pologne et la Biélorussie. On nous explique qu’il y a une « crise migratoire » parce qu’il y a deux-mille-cinq-cents personnes qui sont coincées entre les deux frontières.

Quand j’ai vu le petit cercueil blanc de ce bébé de vingt-sept semaines qui a été enterré là-bas, j’ai repensé au petit Aylan Kurdi qui a ému le monde entier !

Combien d’enfants sont morts depuis Aylan Kurdi ?

Sur ces routes dangereuses, des centaines d’enfants sont morts !

  • Comment accueillez-vous cette demande du Chef de l’État qui demande le renforcement immédiat des moyens de l’agence Frontex aux frontières extérieures de l’Union Européenne ?

On peut toujours renforcer les moyens répressifs, que ce soit Frontex ou les gardes-frontières. L’agence Frontex, c’est une agence de coopération, les frontières ne sont pas « gardées » par l’agence Frontex, les frontières sont gardées par des gardes-frontières nationaux. Moi qui ai travaillé au niveau européen, ça m’agace de voir toujours mettre Frontex en avant. Il va y avoir à terme dix mille personnes à Frontex. Ce n’est pas Frontex qui garde les frontières ce sont les gardes-frontières nationaux.

  • Vous estimez qu’il faut changer aujourd’hui le regard porté sur ces personnes, sur ces candidats à l’exil ?

Exactement ! Moi, je dis : « il faut construire une nouvelle narration des politiques migratoires. »

Il faut regarder les réalités en face, sortir des fantasmes. Parce que dans le monde d’aujourd’hui il y a deux-cent-quatre-vingt millions de migrants internationaux. Sur ces deux-cent-quatre-vingt millions de migrants internationaux, il y a soixante-dix millions d’européens sur un continent de sept-cent millions. Il y a trente-sept millions d’africains sur un continent d’un milliard deux. Faites les proportions, dans les deux cas et vous dites qui migre le plus.

C’est hallucinant qu’on s’en prenne à quelques milliers de personnes alors que le monde est de plus en plus mobile. On peut aller venir … NOUS, on peut aller venir quand on a la chance d’être né dans le bon pays, du bon côté de la méditerranée, alors qu’il y a des pays dans lesquels on n'a pas le droit de bouger.

J’ai oublié de dire d’ailleurs que ces migrations Quel que soit le continent elles se font d’abord à l’intérieur des continents. [En afrique, 65 % des migrants africains reste sur leur continent]. Ils ne viennent pas tous en Europe !

Cet espèce de fantasme de croire qu’on est le centre du monde et que tous les gens rêvent de venir en Europe, mais c’est de la folie douce ! On alimente les peurs, les fantasmes, au lieu de dire les choses telles qu’elles sont aujourd’hui.

  • En cette journée internationale lutte contre les violences faites aux femmes, vous pensez également aux femmes exilées ?

Bien sûr. On oublie d’ailleurs qu’il y a de plus en plus de femmes parmi les migrants internationaux et parmi les exilés. Et les femmes d’ailleurs sont plus diplômées que les hommes en moyenne, comme les migrants sont des gens en moyenne très diplômés, beaucoup plus diplômés que la moyenne de nos pays.

Alors, bien sûr, oui,  parce que, qu’est-ce que c’est le parcours d’une femme qui prends ces voies dangereuses ?

C’est violences, viols à répétition ; une fois sur deux elles se mettent sous la coupe d’un homme pour être protégées des autres. Je lisais que dans le camp de Lesbos, les femmes payaient des hommes pour se retrouver enceintes pour sortir de ce camp fermé aux portes de l’Union Européenne.

Alors oui je pense aux femmes, bien sûr je pense aux femmes, parce qu’elles sont encore plus victimes que les autres. Elles sont vulnérables, comme les enfants.

NB: Il m'a paru important, du fait de leur clarté et précision, de reprendre par écrit le propos de Madame Vergiat sous le lien ci-dessus de l'interview qu'elle a donné à Radio Orient.

Je suis le rédacteur de ce verbatim écrit à l'audition du "podcast" de l'émission que je vous invite bien sûr à écouter.

De même la ponctuation et la mise en forme sont de mon fait.

e.p.

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