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Billet de blog 31 mars 2015

Lettre d'Italie - Erri de Luca : "La doppia vita dei numeri"

Traduction par mes soins d'un petit billet  sur sa page facebook de mon amie Mariapia Metallo.(Les notes de bas de page sont de moi)   

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Traduction par mes soins d'un petit billet  sur sa page facebook de mon amie Mariapia Metallo.

(Les notes de bas de page sont de moi)

Erri De Luca(1)La doppia vita dei numeri(2)

© 

L'auteur napolitain ne réserve pas de surprise, ne déçoit pas, il a toujours quelque chose à raconter.

   Il le fait avec une écriture des plus agréables. De même sa capacité à créer des petits joyaux narratifs, sans s’étendre dans des fioritures rhétoriques, est assurément une qualité appréciable. Sa lecture est graduelle et nullement pesante, à mi-chemin entre narration et théâtre, entre Pirandello et le grand Eduardo De Filippo(3).

    Dès l'introduction De Luca ne cache pas ses « maîtres » et donne du théâtre une des plus belles définitions : le théâtre est un récit dans lequel disparaît l'écrivain. Il ne peut pas écrire : « c'était une belle nuit de lune ». C'est un des personnages qui doit le dire. Les événements sont racontés et se déroulent par leur voix.

   Le théâtre expulse le narrateur de la page , la parole est transmise exclusivement par qui la prononce.

    Après l'introduction, c'est un texte théâtral en trois parties qui prend forme avec seulement deux protagonistes : un homme et une femme, frère et sœur, entre lesquels prévaut la divergence de caractère, deux personnages qui dans le texte n'ont pas de nom mais sont simplement identifiés par un LUI et un ELLE. C'est la nuit de la nouvelle année et à la maison on prépare le repas, non pas un festin de réveillon mais plutôt un simple repas préparé par ELLE et consommé sans entrain par LUI.

   Dehors Naples est en fête et déjà on se prépare au lancer de pétards qui vont accueillir la nouvelle année.

   LUI, comme par hasard, est un écrivain d’un caractère réservé il se serait volontiers passé de ce repas et de la compagnie de la sœur. Il regarde dehors par la fenêtre mais ne laisse aucune possibilité à la fête d'entrer dans sa soirée de fin d'année.

   ELLE est assez pétulante, incapable d’apprécier le mauvais caractère du frère qui, effectivement, s'oppose à la gaieté napolitaine pourtant réputée dans le monde entier.

   Résignée à passer la nouvelle année avec un frère qui n'a rien de sociable, ELLE commence à préparer une partie de loto regardée avec stupeur par LUI qui se demande comment on peut imaginer jouer à deux au loto. Mais la vrai surprise ce sont justement les invités inattendus. Des numéros du loto naissent des histoires, certaines inventées et d'autres animées par des souvenirs et des personnages qui demandent à avoir un rôle dans ce récit de fin d'année.

    Issue de la magie toute napolitaine de la « smorfia »(4) se créent un récit extravagant et les prémices d'une soirée ennuyeuse, consécutives à l'incommunicabilité, s'éloignent pour toujours, accompagnées par les explosions des pétards qu'on entend dans le lointain.

   La soirée à deux bien vite s'anime de souvenirs et présences d'êtres aimés … sur la proposition de « ELLE : ne faisons pas la fête, passons la soirée à bavarder jusque minuit. La fête c'est la ville qui la fait. Elle restera dehors à l'extérieur de la fenêtre, moins présente du fait de la présence des autres invités.

C'est cela la double vie des nombres. Il n'y a presque jamais de rhétorique dans ce bref texte, dont la spontanéité rappelle l'étonnement tout « pascolinien »(5) (6) dans son regard du monde avec des yeux d'enfant.


1) Enrico De Luca detto Erri (Né à Naples le 20 maggio 1950) est un écrivain, traducteur et poète italien, dont de nombreux ouvrages ont été traduits en français

2) "La doppia Vita dei Numeri", Feltrinelli, 2012 -

3) http://www.mc93.com/fr/biographie/eduardo-de-filippo

4) la "smorfia" napolitaine est une série de nombres, donnés par la lecture des rêves, à jouer au loto. L'origine du terme "smorfia" est incertaine, mais l'explication la plus fréquente est qu'elle serait liée au nom de Morphée, le dieu du sommeil dans la Grèce antique."La smorphia" est traditionnellement liée à la ville de Naples qui a une longue tradition de la pratique du loto (mais il existe un grand nombre de "smorfie" locales attachées à d'autre villes. Chaque mot, nom, objet et même les mouvements correspondent toujours à des nombres (source it.wikipedia)

5) en référence à l’œuvre et au style du poète G PASCOLI (1855-1912)

6) http://circe.univ-paris3.fr/Pascoli_2009.pdf : « Giovanni PASCOLI et la modernité – questionnements poétiques » journée d’études organisée à l’Université de la Sorbonne Nouvelle -Paris 3, le 12 décembre 2009

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