GCO: cessons l’aberration

Alors que plusieurs opposants au projet autoroutier de grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg ont entamé une grève de la faim depuis près d'un mois, Eva Joly, eurodéputée EELV et avocate, appelle à un moratoire immédiat pour suspendre les travaux.

Le projet autoroutier de grand contournement Ouest (GCO) de Strasbourg, comme tant d’autres grands projets inutiles, est une aberration écologique, juridique, et humaine. Un moratoire doit être prononcé d’urgence par le gouvernement.

Refuser un moratoire est d’abord une forme de manifestation de mépris pour la vie, car des vies sont en danger. Plusieurs opposants pacifiques à ce projet ont entamé une grève de la faim depuis le déclenchement des travaux. Cela va bientôt faire un mois, et les conséquences sur leur santé pourraient s’avérer tragiques si l’État ne réagit pas dès aujourd’hui.

La poursuite des travaux est aussi une contorsion juridique. Le recours d’Alsace Nature en annulation des arrêtés de janvier 2017 autorisant les travaux préparatoires est encore ouvert, et de forts soupçons d’illégalité pèsent déjà. Le rapporteur public vient d’abonder dans le sens des opposants à ce projet en recommandant l’annulation de ces arrêtés. Un avis que devraient vraisemblablement suivre les juges administratifs le 28 novembre prochain, à moins d’une contorsion juridique visant à faire primer les intérêts du gouvernement sur les droits de la nature.

Si tel était le cas, ce ne serait malheureusement pas la première fois que le droit administratif serait manipulé et détourné pour servir de vils intérêts politiques. Déjà en septembre, les juges des référés – qui statuent en urgence – se sont illustrés par une ordonnance qui ne peut que plonger dans un abîme de perplexité. Tout en reconnaissant « un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté » en raison du manque de compensation des impacts sur la nature, ils ont rejeté « à titre exceptionnel » la suspension des travaux, au prétexte que ceux-là avaient déjà débuté et qu’ils s’accompagnaient de « troubles à l’ordre public » - comprendre, de manifestations pacifiques. Le droit ne peut être ainsi mis de côté pour des raisons pratiques, et politiques. Il doit être le même pour tous, et partout.

Ce projet d’autoroute est enfin, et surtout, une aberration écologique. Détruire des terres agricoles parmi les plus fertiles d’Europe, anéantir plus de dix hectares de forêt, mettre en péril des espèces protégées comme le grand hamster d’Alsace, c’est aller à contre-sens de la marche que nous devons engager.

Vieille de plus de quarante ans, cette idée de tronçon autoroutier à péage censé désengorger le trafic via Strasbourg ne poursuit qu’un objectif économique : la création d’un couloir à camions pour le flux de marchandises. Au sacrifice d’un corridor naturel reliant des réserves de biodiversité permettant aujourd’hui aux animaux de se déplacer. Au détriment aussi de la santé des habitants qui verront la pollution atmosphérique augmenter. Plusieurs avis défavorables, de la commission d’enquête publique et du Conseil national de la protection de la nature notamment, ont d’ores-et-déjà souligné les conséquences dramatiques du GCO sur l’environnement.

De l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure à la construction du tunnel Lyon-Turin, en passant par l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes finalement avorté, le GCO n’est malheureusement pas le seul projet qui voit des intérêts privés forcer le pas à l’intérêt général. Le manque de résonance nationale de ces projets régionaux dévastateurs fait souvent le lie des intérêts des multinationales du BTP et des gouvernements. C’est pourquoi nous devons faire corps pour défendre nos communs.  Le gouvernement ne pourra alors plus continuer à faire la sourde oreille. 

L’annulation de ce grand projet inutile est une décision impérative. Le prononcé d’un moratoire est une exigence vitale.

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